I" partie, question XXXVIII
OPÉRAÏKUBS ET CHARLATANS. 257
frayait pas, jouait la verte Francisquine , les deux poings sur les hanches, ou la jeune et coquette Isabelle avec des airs penchés et la bouche en cœur. Quant à Lucas, c’était le plus connu parmi les acteurs secondaires de ce théâtre burlesque en plein vent. 11 a prêté son nom comme éditeur, ou on le lui a pris , lors de la publication des Arrêts admirables et authentiques du sieur Tabarin (Paris, chez Lucas JofFu, rue des Farces, à l’enseigne de la Bouteille), et des Eirennes admirables du sieur Tabarin (chez Lucas Joufflu, la même année). C’était l’usage d’indiquer ainsi des adresses plus ou moins bouffonnes de libraires fictifs au bas de ces facéties , et nous verrons encore la même chose se produire pour Trostole , un des acteurs du théâtre de Gratelard. Lucas était même devenu assez célèbre pour que les auteurs de livrets satiriques s’abritassent souvent derrière ce masque bouffon *. Dans la Descente de Tabarin aux enfers {IG2[), une des innombrables facéties inspirées par le grand farceur populaire, il est question de Lucas JofFu comme d’un des auxiliaires les plus célèbres de Tabarin.
C’était celui-ci qui composait lui-même ses parades et ses farces ; au besoin, quand l’imagination lui fai-
1. Plusieurs pièces qui font partie des Caquets de l’accouchée, espèce de satires en prose assez piquantes de la première moitié du xvii« siècle, ont paru sous la rubrique ; De l’imprimerie de Lucas Joffu, comédien ordinaire de Vüe du Palais.
sait défaut, il mettait sans façon au pillage le répertoire del’Hétel de Bourgogne, qu’il lui sulïisait de modifier bien peu pour le rendre digne de ses tréteaux. Ainsi, la seconde farce du Recueil tabarinique, où l’on voit Lucas, en partant pour les Indes, confier la garde de sa fille à Tabarin , est en grande partie une imitation de celle de Tnrlupin et de Gros- Guillaume ‘, dont nous donnerons des extraits en parlant des farceurs de la porte Saint-Jacques, — à moins toutefois que ce ne soit celle-ci qu’il faille prendre pour une imitation de celle-là : l’incertitude des dates de ces deux chefs-d’œuvre ne nous permet pas de résoudre nettement la question, et nous nous y résignons sans trop de peine. L’IIôtel de Bourgogne de Gros-Guillaume, et le petit théâtre de nie du Palais, c’est absolument la même chose, ou les différences sont tellement imperceptibles qu’il faut prendre un microscope pour les apercevoir. L’auditoire est le même, les acteurs ont étudié à la même école, ils sont de la même famille *. Gaultier-Garguille ne trouve rien de mieux à faire, quand il veut se marier, que de demander la fille de Tabarin , et quand parait le Recxieil général des rencontres el eiuestions de son beau-pére, lui el Gros-Guillaume, • docteurs régens en l’université de THostel de Bonrgon-