‹ Tableau du vieux ParisChapitre 85 sur 138 · poéttgue de Viollel-le-Duc. I” partie · texte numérisé non relu

poéttgue de Viollel-le-Duc. I” partie

l’Égypte, ils croissent et se multiplient contre vents et marée. Et comment s’en étonner, quand on sait le nombre de fidèles que l’astrologie et l’alchimie gardaient encore à cette époque, même dans les classes les plus élevées et les plus intelligentes. On tira les horoscopes de Louis XIII et de Louis XIV. Mazarin croyait pleinement aux astrologues, que Richelieu même ne dédaignait pas, et l’on connaît, entre cent autres, le nom de J. -B. Morin, qui, sur les conseils même de Vautier, médecin de Louis XIV, faillit obtenir officiellement la charge d’astrologue de cour. Les alchimistes n’étaient pas moins nombreux : Sendivogius, Perrier, Dubois et le Provençal Delisle, pour ne parler que de ceux qui furent en relations directes ou indirectes avec Paris, passionnèrent l’opinion, des premières années du xvii« siècle aux premières années du xviiie *. Le 12 août 1664, un gouverneur de province écrit à Colbert une lettre naïvement empressée pour l’avertir de l’entrée à Paris du nommé Belbrune, chirurgien et opérateur, qui sait changer l’étain en argent et le cuivre en or; il décrit minutieusement son costume, sa mine, sa monture, et ajoute avec une bonne foi sans déguisement : • S’il y avoit moyen de le prendre, il enrichiroit Sa Majesté ’. » De Çoriolis, président à mortier du parlement d’Aiï,

1. Lenglet-Dufresnoj , Hist. de la philosophie hérmétiq'ue, t. I et II.

2. Correspondance administrative de Louis XIV, t. IV, p. 544.

OPBRATCUnS ET GHARLATAN8.

écrit encore à Ponchartrain, en 1707, qu'on a décidément trouvé le secret de la transmutation. Scarron, homme positif pourtant, passa la dernière partie de sa vie à chercher la pierre philosophale, et en 1657 il avait obtenu la permission d’établir un laboratoire de chimie spagyrique pour y préparer l’or potable et l’élixir de longue vie’. Le compositeur Colasse se consuma dans la même rechei'che, et mourut victime d’une de ses expériences.

Ce qu’il y a de plus fort, c’est que les opérateurs ont parfois l’audace de guérir leurs malades. Sous le règne de Henri IV, l’empirique Méhémet, fils d’un riche marchand d’Alger,qui avait été capturé en mer par les Espagnols, vient à Paris, et rend la santé à plusieurs personnes par ses simples*. La Rivière, le premier médecin du même roi, était un empirique. En 1622, l’empirique Semini guérit mademoiselle de Nevers *, qui, atteinte d’une maladie très-grave, n’avait pas craint de faire scandale en abandonnant la Faculté pour un de ses plus déterminés adversaires. Un nommé Lefèvre, maltre-d’hôtel du maréchal de Saint-Luc, dont parle La Mothe le Vayer dans une de ses lettres, somnambule extra-lucide, qui prédisait

1. Lettre de madame Scarron à Af. de Villette, publiée par H. Bonhomme ; BuUetin de la société de Vhist. de France, S< série, t. Iir, p. 316.

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