LX MENUE MONNAIE DES EMPIRIQUES ET CHARLATANS
Après ces rois de l’empirisme, ces orateurs et ces poètes de la médecine ou de la chirurgie en plein vent, il reste encore bien des noms moins célèbres à glaner dans la vaste galerie dont nous avons inscrit le titre en tête de ce chapitre. Il n’est pas donné à tous d’arriver à la gloire; d’ailleurs la postérité, qui, comme toute femme, a ses caprices, n’adopte pas toujours les renommées d’un jour ou d’un siècle. Puis, indépendamment de ces empiriques de la place publique, il en a existé en même temps d’autres, non moins populaires, quoiqu’ils ne montassent pas sur
OPÉRATKUKS ET CHARLATANS.
les planches, et dont il convient d’esquisser au moins la physionomie, afin de compléter l’historique de la question.
Parmi les victimes de ces caprices de la postérité, dont il convient du moins de sauver les noms d’un oubli définitif, nous citerons tout d’abord Martin Crocquesole, farceur et opérateur sans pair des premières années du grand siècle, « brave, et plaisant, et fort regretté, le plus renommé de son temps, • disent les Fantaisies du chapeau à Tabarin. Il me semble que voilà une oraison funèbre qui doit donner à réfléchir sur les injustes oublis de l’histoire. L’ombre de Crocquesole aura du moins été consolée par ce magnanime hommage, sorti d’une plume si compétente. C’était un ancien écorcheurde génisses, que son mérite, et son mérite seul, avait élevé sur le pinacle. Il mourut, au grand regret de l’humanité souffrante, sans avoir révélé à personne les secrets de son art.
Le Discoui's de l'origine des ciarlatans nous apprend le nom d’un autre grand opérateur, Denys l’Escot ou Lescot, « qui se vantoit qu’en dix ans qu’il faisoit le métier de ciarlatan , il avoit gaigné cinquante mil escus'. » En vrai médecin de la Faculté, l’auteur s’en indigne. S’il n’est pas mort trop tôt, il a pu s’indigner
1 . V. encore V Anticaquet de l'accouchée, 1622. — Le fameux orviétan Lescot, dont parle Palaprat dans son Discours sur les empiriques (édit, de ses œuvres en 2 vol. in-12, 1712), était tans doute un descendant de celui-là.
à plus juste litre, car beaucoup d’autres, plus célèbres, avaient bien dépassé ce chiffre, si respectable qu’il soit.
N’oublions pas non plus l’empirique l’Estoile, que PalmaCayet cite comme un athée déclaré, et comme l’auteur d’un pamphlet qu’on lui attribuait à luimême; ni l’opérateur du Pré, dont le fils est mis en scène d’une façon assez scandaleuse à la fin du livret satirique : les Amours de madame de Montespan*. Ces deux personnages ne nous sont pas autrement connus.
Cabotin, opérateùr ambulant de la première moitié du XVII* siècle, était aussi un fort habile homme, qui associait même l’art d’Apollon à celui « de son docte bâtard, » comme s’exprime Casimir Delavigne, car il s’entendait à tourner un vers burlesque aussi bien que Dassoucy en personne*. Ce personnage, qui promenait dans tous les coins de la France et autres lieux, ses tréteaux de farceur et de charlatan, a peut-être servi de patron aux comédiens nomades, baptisés du même nom que lui, et qu’on appelait aussi quelquefois alors des gandolins, du nom de guerre d’un acteur bouffon du Marais.
D’un bout à l’autre du xvii* siècle, on voit fourmiller les empiriques. Comme les sauterelles de