‹ Tableau du vieux ParisChapitre 87 sur 138 · Sauvai, Anliquites de Parie, i. II, p · texte numérisé non relu

Sauvai, Anliquites de Parie, i. II, p

OPERATEURS ET CHARLATANS. 285

de Secrets concernant la beauté et la santé, ouvrage destiné à faire concurrence aux Admirables secrets du grand et du petit Albert, et compilé, s’il vous plaît — c’est le titre qui le dit, — « par ordre de M. Daquin, » médecin du roi. C’est lui aussi qui publia, par ordre souverain, le remède anglais pour la guérison des fièvres (1682), à la suite de la guérison de Louis XIV par l’empirique anglais Talbot, dont le secret n’était autre qu’une teinture de quinquina.

Le chevalier Talbot, venu en France avec des lettres de recommandations de Saint-Évremond et de la duchesse de Mazarin, faisait alors grand bruit à Paris. La commodité de son système médical, qui, rejetait absolument la diète, la purgation, la saignée, lui valut bien vite la clientèle de tous les épicuriens, et ses fameuses gouttes contribuèrent moins encore à le mettre à la mode que le régime succulent qu’il recommandait. On trouve même, dans les auteurs comiques, ces mots : le remède du médecin anglais, pris pour synonymes de bon vin '.

Vers 1680 et les années suivantes, florissaient également à Paris Barbereau, qui fit fortune en vendant l’eau de la Seine en flacons, comme une eau minérale d’une vertu prodigieuse*; ce fameux prieur de Ca-

1. Palaprat, le Concert ridicule; Vera à la louange du chevalier Talbot, publiés par M. P. Lacroix, d’après les mss. de Trallage.

2, Caractères du La Bruyère, édit. Lefèvre, in-16, ]>. 349.

brières, que le roi voulut faire établir à Paris quand ü eut guéri madame de Fontanges, et que la marquise de Sévigné, qui en parle souvent, compare au Médecin malgré lui de Molière * ; le frère Ange, capucin, et plusieurs autres prêtres ou religieux renommés par quelque secret médical*; enfin le charlatan italien Caretti, dont on peut lire dans les Mémoires de Saint-Simon quelques-uns des exploits, et dont La Bruyère n’a pas dédaigné de s’occui)er à plusieurs reprises, en déguisant à peine son nom sous celui de Carro-Carri. Il profitait naturellement de sa vogue pour vendre ses drogues fort cher et se faire payer d’avance. Son remède, dit La Bruyère, « est un bien de famille, mais amélioré en ses mains. De spécifique qu’il étoit contre la colique, il guérit de la fièvre quarte, de la pleurésie, de l’hydropisie, de l’apoplexie, de l’épilepsie. Forcez un peu votre mémoire ; nommez une maladie, la première qui vous viendra en l’esprit ; l'hémorragie, dites-vous? il la guérit. Il ne ressuscite personne, il est vrai ; il ne rend pas la vie aux hommes, mais il les conduit nécessairement jusqu’à la décrépitude, et ce n’est que par hasard que son père et son aïeul, qui avoient d’ailleurs ce secret, sont morts fort jeunes. — Un autre charlatan, écrit-il encore ailleurs, et la clef désigne Caretti, arrive de delà les monts

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