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Personnages célèbres dans les rues de Paris

quoi se montent sa pension et mes honoraires. > Ou conçoit qu’avec de pareils taux il ait pu gagner plus de cent mille écus et acheter une charge de magistrat à son fils

Mais la digression nous entraînerait trop loin, et nous abandonnons ce riche sujet à d'autres.

Que si nous voulions arriver jusqu’à nos jours, combien de noms ne pourrions-nous pas citer encore ! Il est dangereux de toucher aux gloires contemporaines, et nous nous abstenons, en nous contentant de faire observer que la plupart des opérateurs d’aujourd’hui sont bien déchus de leurs ancêtres, et, au lieu d'un théâtre et d’une troupe, n’ont plus guère à leur disposition qu’un cabriolet, un habit de Turc et un joueur d’orgue. A vrai dire le métier d’opérateur est mort : la civilisation Ta tué.

1. Outre Gouriet, voir surtout le Musée de la caricature, t. I et II, art. de MM. E. Jaimb et Brazier.

La grande tribu des arracheurs de dents ii’est qu’une branche de la famille plus vaste encore des opérateurs, mais par son importance toute spéciale elle mérite bien les honneurs d’un chapitre à part. Nulle autre n’occupe une plus belle place dans la glorieuse légende des charlatans historiques.

L’origine des arracheurs de dents, est-il besoin de le dire, « se perd dans la nuit des temps. » Les herbiers et les mires du moyen âge savaient, au besoin, faire sauter une molaire et guérir une bouche malade, tout comme ils étaient capables de mettre en fuite l’épilepsie, l’apoplexie et la paralysie. Mais ne nous sentant pas de force à débrouiller l’obscurité qui cache à tous les regards les débuts et les premiers progrès de ces utiles praticiens de la rue, nous ne

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remonterons point au delà du xvn' siècle. C’est à par» tir de cette époque seulement qu’on les voit avec netteté apparaître au grand jour et que Thistorien peut, sans trop de peine, les surprendre et les étudier dans l’exercice de leur noble fonction. Même à cette date pourtant, ils se confondent souvent encore avec les opérateurs proprement dits, dont il n’est pas toujours facile de les distinguer.

Ainsi, l’un des premiers et en même temps des plus illustres que nous connaissions, c’est le seigneur Hieronymo Ferranti , dit ÏOrviélan , que nous avons déjà présenté en règle à nos lecteurs. Ce mémorable empirique ne se bornait pas, en effet, pour écouler son précieux baume, à se brûler les mains avec un flambeau, et à se transpercer les muscles de l’épigastre à grands coups d’épée , comme nous l’avons vu : Gourval nous apprend encore que, pour mieux s’achalander et par pur amour de l’art, il arrachait aussi les dents de qui voulait, sans douleur, et sans employer d’autres instruments que le pouce et l’index. Mais auparavant, dit le sieur de Courval, jaloux à lui seul comme la Faculté tout entière, < il touchoit la dent de ses deux doigts, au bout de l’un desquels il mettoit subtilement, en babillant, un peu de poudre narcotique ou stupéfactoire, pour endormir ou engourdir la partie, afin de la rendre stupide et sans aucun sentiment ; et à l'autre doigt il mettoit une poudre merveilleusement caustique , laquelle

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ètoil d’opération si soudaine qu’en un moment elle faisoit escarre et ouverture en la gencive, déchaussant et déracinant tellement la dent qu’aussitôt qu’il la touchoit de ses deux doigts seulement, il l’arrachoit, et quelquefois tomboit sans y toucher. » Nous ne voyons pas en quoi cette merveilleuse poudre peut diminuer le mérite du signor Hieronymo, et il est permis de souhaiter que nos dentistes d’aujourd’hui en retrouvent la recette ; tout le monde y gagnerait.

Le charlatan dont il est question au dixième livre de V Histoire comique de Francion, par Ch. Sorel (1622) faisait quelque chose de plus prodigieux encore, nous l’avons vu, puisqu’il déracinait les dents (il s’en vantait du moins) non pas avec ses doigts, non pas même avec l’épée qu’il portait au côté droit, moyen déjà devenu banal ; mais avec la bride de son cheval.

D’autres arracheurs de dents florissaient également à la même époque. Nous citerons, en particulier, toujours sur le Pont-Neuf, l’Anglais à la fraise jaune, qui vendait aussi un onguent souverain contre les cors aux pieds, et maître Ai-naut qui, pour convaincre ses clients qu’il soignait les râteliers des potentats, et qu’il était en relations intimes avec les têtes les plus illustres de la chrétienté, avait fait peindre autour de son portrait, servant de montre à sa boutique, le Pape et le consistoire des cardi-

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naux, chacun avec un emplâtre noir sur la tempe Un peu plus lard, Jean Brioché, établi à la porte de Nesle, se distingua aussi dans la profession, s’il faut en croire Brossette *; mais il est certain du moins que ce ne fut jamais là pour lui qu’un accessoire, et il est surtout connu de la postérité par ses marionnettes, dont la gloire allait atteindre son apogée sous son fils Fanchon, l’enchanteur du Château-Gaillard.

On juge bien que les empiriques du temps passé, comme ceux de notre temps, n’avaient garde d’oublier les compères. L’un faisait marché avec un gueux, à qui il arrachait sans effort une demi-douzaine de dents qu’il avait eu soin de lui mettre préalablement lui-même dans la bouche. L’autre payait un pauvre diable sur lequel il opérait publiquement, afin qu’il protestât ne sentir aucun mal. Ce dernier cas est justement relaté tout au long dans un curieux petit livre de 1661, tableau fidèle de la littérature crottée d’alors : VHistoire du poète Sibus, qui met en scène Cormier, un des plus fameux charlatans du milieu du xvii* siècle ®.

Cormier était venu s’établir, vers 1630, sur le bout du Pont-Neuf qui regarde la rue Dauphine, et il sa-

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