CHAPITRE IL
ÉT0DE GaMPARATIVE DES RAGES ACTUELLES SUR CHAQUE CONTINENT.
L'histoire générale des races hninaines n'est autre que rhistoire de l'oppression du faible et de la tyranniedu fort. En comparant les types des peuples épars sur tous les points du globe , on constate d'abord que, dans le monde, divers états de civilisation sont propres aux diverses races : les plus belles sont les plus influentes et les plus policées; les plus laides sont les plus misérables et les plus abruties. Mais en comparant les familles qui se trouvent jux-* taposées ou réunies sur chaque continent , dans les limites d'un même territoire, sous l'empire dés mêmes circonstances, on constate aussi des différences analogues , et dans les types et dans le rôle respectif des populations. L'homme, en un mot; dilière de Thomme, non-seulement sur les points opposés de la planète , mais dans les mêmes lieux , sous les mêmes climats.
On sait très-bien en quoi la population africaine diSire en général de la population d'Europe. Que l'Européen se transporte, chez les Chinois , chez les naturels de.Taïti, ou bien au sein des peuplades
errantes d'Amérique, il distingue parfaitement le caractère comparatif des habitants de ces contrées lointaines. Mais ce que Ton sait moins bien , ce que Ton perd le plus souvent de vue, c'est qu'en Afrique comme en Europe , dans le nouveau comme dans l'ancien monde , il y a parmi les pof ulMioos que rapprochent les distance , les guerres , les migrations , les formes politiques, il y a des races trèsdiverses. Ainsi en Afrique, il y a non-seulement das populations de type européen i mêlées aux populations nègres , mais il y a encore ptusieups clasaes de nègtes » dont chacune a des caractère» à part. Dads rOcéanieil y a paiteillement des variété» nom^ fareuses, parmi lesquelles éclatent surtoutdeux typ^ bian tranchés* Les Indiens d'Amérique eMx-tnénictt n0 sont pas , suivant rexpression d'Ulloa ^ tellement ressemblants entre eux ^ que celui qui eti a uu un les aii yu$ teus; non ^ loin de là : lea peuplades a«é« rioainei se divisent, comaie eelles des autres parties dil mende, en vaces très-distiaetés, les Unea fktu ou moins basanées» les autres de eookur plus on nloîns claire» ne méritant pas toutes indiflférem^ ment l'épithète de peaux^rouges. Inutile d'ajouter qu'en Asie , en Europe , il en est encore de même : il suffit de se rappeler combien le Chinois diffitoe de THindou, combien le Lapon difière du Novouod et le If ormand du Kosaqae.
Certes y ces appréciatîens sont plus difficiles « mais non moins importantes qise celles qui tendent siihplement h constater les grande» différences cjuv
séparent les peuples de Pun et de Vautre hémisphère, AprAs avoir montré les f apports généraux des grandes races • nous allons passer en revue les principales vai;ié tés de chaque partie du mon<ie, telles qu*ellesse trouvent en contact sur chaque continent.
• I. Afrique,
C'est à tort , disons^ubus , qu'on se re présenterai jt les populations africaines à peu près sous un type uniforme, C est là sans doute que réside surtout ce quenous appelons communément la race noire ; mais ne confondons pas sous ce nom générique. toutes les nuances foncées de la peau. Les nègres aux cheveux crépus- se subdivisent en une infinité de familles, ainsi que les populations de souches différentes, dont le teint est plutôt brun que noir. Les Cafres , p^r exemple » sont loin de ressembler à leurs voisins tes Hottentolé. Les Gallas n'ont rien de commun avec les nègres du Soudan. A côté des Abyssins , qui déjà sont en possession d'une sorte de civilisation, dont les traits physiques, les idiomes, les mœurs,. les arts, font un peuple bien difiérentdes nègres, s'agitent les sauvages Shangalias , tristes ilo1;es de l'Afrique, que les premiers capturent ou chassent impitoyablement comme des bétes fauves. Non loin des Ashantis de la côte occidentale, dont les traits ont quelques rapports avec ceux des Abyssins,, eique des voyageurs considèrent comme d'anciens émigrants de Méroê, errent les féroces Yeni-
Yetn , que leurs traits et leurs uiœai^s rapprochent du dernier degré de barbarie. Sur ib côte seule de la Sénéfçambie , oo compte ud graifid nombre de races qui se distinguent à la fois par une couleur plus ou nioins foncée, depuis Te noir de jais du ToiofFjusqu'au teint bronzé du Mandingue , par un état social plus ou moins parfait» depuis la condition misérable des habitants des basses terres , servant d'esclaves à des conquérants nègres venus des bords supérieurs du Sénégal, jusqu'aux gouvernements et sociétés régulières des Bambarras et des Ejos. Ainsi l'Afrique oSre , dans les circonscriptions même les plus étroites, des variétés de peuples au moins .aussi nombreuses, au moins aussi tranchées que celles qu'on remarque in extenso entre les habitants des diverees contrées du globe,
En formant tout d'abord une même catégorie de toutes les peuplades qui appartiennent au vérital>le type nègre, on doit comprendre dans cette division des nègres de deux sortes : les uns moins doués de cette faculté d'initiative et de déplacement qui caractérise surtout les races blanches; les autres plus remuants, plus industrieux, opprimant les premiers, les refoulant , les soumettant à Tesclavage, les vendant aux étrangers ou les exterminant; les uns caractérisés par des traits plus grossiers, d'autant plus éloignés du type européen ; les autres par une physionomie plus délicate et par un ensemble de formes généralement plus rappi^ochées de celles dê.^ races bfahcbes/
Api*àt cet deux dasèes de nègret proprement diu, don^ l'une e^pipite l'autre « la zone supérieure de l'Afrique ea( occupée par d'autres races qui ooiht por(ept. pcie subdivision pareille , et qui dominent l^qua .les qègres ensemble. La lisière septentrionale du Soudan est occupée par la faipiUe des Fotilahs» ei^ qui rpn.a vpulu vOir des élrao^^ers » des émigranU orienftau}! Tenus en Afrique dan» des temps et par des chemins inoonmis , tant leur %urt est distincSe de ce^le du nègre ! tant leurs mosarls , leur état sooial, les séparent des indigènes noirs» aux mAcboires sailla^lji^s et au. nez épaté ! Au nord de ces Foulabs , aujiquels les voyageurs ont donné tour à tour les |i0ms de Fellalahs, Peuls, Poules, race fellàne, yif tinent les tribus berbères » en qui l'on croit retrouver les anciens Libyens de l'Afrique septentrionale : tous rattachés par des dialectes d'une même famille^ depuis le Maroc jusqu'aux confins de l'Egypte, ces Berbères, ces Kabyles que la France apprend à connaître, comme les Carthaginois et les Romains les connurent, sont aujourdbui tellement mêlés d'Arabes , leurs mmurs nomades (mt d'ailleurs tat)l de rapport avec celles de cette race, que souvent on classe parmi les Arabes les Berbères propremeill dits. Sur certains points aussi , leurs tribus semblent représenter les débris confusément amalgamés des races diverses qui ont tour à tour porté l'influence étrangère sur le sol africain.
Ainsi , nous divisons les populations d'Afrique en quatre grandes classes qui se fondent pour ainsi dire les unes dans les autres : i^ les nègres au type le
plui liiid , Tirant daus l'état le plus complet de barbarie; S* Ie$ nègres de type pluf beau , primant lea aulreset poMédantqUelqUes éléments deci viliaation; 3** les nations fellànes de l'Afrique centrale , au nord de Téquateur, qui déjà n'appartiennent plus au véritable type nègre ; k* enfin les populations berbères , plus ou moins niétées de sang maure, dans l'Afrique septentrionale , et se rattachant aux Touaricks et aux Tibbous qui entourent le Sahara.
Nous ne comptons ni les Afabes ni les Européens^ pour ne considérer en ce moment que les races qu'on peut considérer comme véritablement africaines. Ces types principaux , bien tranchés dans leurs sommités, sont d'ailleurs, par Tefiét des croisements, partagée en tj'pes intermédiaires! de sorte qu'il n'y a rien d'absolu dans cette classification, et que nous reproduisons seulement ici l'aspect général que pré; sente l'ensemble des populations de l'Afrique. ' Mais pour donner tout d abord la . mesure de la distance qui sépare , sous le rapport des traits pby-^ siques et sous le rapport de la ^civilisation, Içsprin-* ci pales races indigènes d'Afriq ue , nous nous bornons à opposer ici les Boschismans au% Abyssins ( PI. XX, et PI. XXI). -
Tous les. voyageurs et les ethnologues s'accordent à placer en quelque sorte au dernier rang derfau-' manité la famille des Uottentots, et spécialement celte race de Boschismans, «vivant, dit nn illlustre géographe, sans religion, sans lois , sans arts, ne connaissant, à proprement- parler, ni viees'iri ver^ tus. » Ces hommes sont petits ide- taille ^nwigres,
d'une constitulion très-gréle, d'un aspect repoultant, d'an caractère perfide. Les firéres Verreaùx-, qui ont dessiné sur les lieux l'esquisse que nous offrons ici / ont rapporté des observations curieuses sur la manière de vivre de ces sauvages. Tant que les premiers besoins de TeTListence ne les forcent pas à sortir de leur apatbîe , les Boscbismans demeurent accroupis derrière leurs buissons , se serrant Testomac, de manière à résister plus longtemps aux étreintes de la faim ; en cet état ils passent plusieurs jours, jusqu'à ce qu'enfin ils soient contraints à se mettre en campagne pour pourvoir à leur subsistance. Alors toiit leur est bon : tantôt ils se nourrissent de léàiards et de tous les animaux que le sol leur livre sans défense; tantôt ils vont à la chasse, armés de flèches empoisonnées qu'ils portent dans leurs cheveux; mais dès qu'ils sont abondamment pourvus , ils retombent encore dans l'état de torpeur qui semble leur être naturel. Telle est la triste condition de cette race qui semble le plus différer de' toutes les autres, et dont Cuvier, dans son Mémoire sur la f^énus hottentote , a décrit non-seulement les mœurs et les traits extérieurs, mais le système ostéologique lui-même, comme présentant le dernier degré d'imperfection de la conformation humaine. Mais leurs voisins , les Gafres , sont d'un type bien tlifférent. Dans notre premier chapitre , nous avons donné le portrait d'un Kozah dont les traits s'écartent sensiblement de ceux des nègres, et notamment desnègres de la côte de Mozambique. Il est certain
que « de même que la fainill^ l^ottentoU appariiei^i à uoecla/Me à part, à uzif dbsMcompl^teaient bf^vbf^re , de même lea Cafres com lituepl )iiie fac^ dçni les coutumef et les traits généraux déo^ljent up degr# «^ssez élevé de culture^ morale* Comm^ les .^Oliqué^ raots nomades de oot^e monde aotiq^ie» les Cafre^ font de la guerre leur occupation la plus coi^stant^; comme eux ils sont adonnés à la vie pastora)e , c^ qui ne les empêche point 4e demander des produit^ à la terre ^ à l'industrie et au trafic. Ils ont un gou*vernement régulier, quoique diBspotiqi^e* ipiusieurs de leurs tribus pratiquent la circoncision de tefi||^ immémorial ; plusieurs ont adopté Tislamisipe*
Or > sur tous les poiols du continent , on obsef:v^ un spectacle analogue } on voit pli^ûei^rs races juxr Imposées» les unes conquérantes et ^çs autres ponquir 8^. C'est le fait le plus saillant dont on puisse être jfrappé en considérant VétSL% intérieur de rAfirique.
H. Ûoéanie.
.Les premiers voyageurs qui visitèrent les npinr birç uses Ues du monde maritime furent frappés .df^ dilTérençes qui éclatent dans les types de leurs pppn^ latipns. Rendant .compte des ol^servationsdes grandi navigatj^urs , teisque BougainviUe , d'Eotrecasteaux^ Çook, etc.^ un puhliciste s écrie : « Là , comme danf tous les Etats d^Ëurope« avfint la destruction dg régime féodal, il existe deux peuples sur chaque terre : celui qui en fut le premier possesseur , q^i la
RACE NOIRE ET RACE BRUNE (OCÉANIE) , D'après Crawfurd. {Hial. of Ihe ind. archip. T. 1.
dëfricha et qui hi cultive encore , et celui qui , arrivé plus tard , s'empara du sot et des cultivateurs , et qui vit au moyen de ce qu'ils produisent. »
Crawfiird , entreprenant l'histoire de ràrchipèl indien, commence par ces mots : «Il y a dans les fies de l'océan Indien deux races aborigènes qui dif-* fèrent autant l'une de l'autre que les deux ensemble diffèrent du reste de l'espèce humaine. L'une peut être représentée comnie une race brune , aux cheveux plats, et l'autre comme une race noire, ou plufâl' couleur de suie, aux cheveux laineux et enroulés.' Cette race brune et cette race noire peuvent être considérées , quant à leurs caractères physiques et motaux , comme présentant ici le plus parfait paraN lèle qu'on puisse concevoir avec la race blancfae et la race noire de notre monde occidental. La pte^ mière a constamment fait preuve, par ra^pô^t à lia seconde, d'une supériorité aussi éminen te que celle des blancs sur les nègres. Toute là civilisation indigène de l'archipel a été créée par la première, tandis que la race noire y est constamment restée dans Tétai le plus sauvage. • ÎI n'est aucun voyageur plus ré^ cent qui n'ait confirmé la vérité de ces d^bservatioos, non-seulerhent dans les lies de larchipél Indien, mais dans toute l'étendue de cette cinquième pdfirtiè âtk monde qui embrasse toutes les lies de l'océan Pacifique , et dont les populations semblent avoir étendu leurs ramenux jusqu*à Madagascar (PI. XXII).
Or ces deux groupes principaux comportent: euxmêmes des subdivisions. Dans le premier groupe
sontoompria les Malais, peqpl^ pr^pondécanl d« rOcéanietout entière ; puis les Polynésiens , qui occupent l'espace le, plqs considérable et semblent s'être propagés de bonne heure sur toutes les fies du grand Océan ; puis les Carolins ; ou habitants des Iles Carolines et des autres archipels compris dans la Micronésie de d'Urville. — Au second groupe, au groupe mélanien ounégro-océaaien, appartiennent les indigènes de la Nouvelle-Hollande , ceux de la terre de Diémen, qui forment une variété à part» et ceux de la Nouvelle-Guinée, parmi lesquels nous distini^uons les Papous de la partie nord>ouest , que Ton appelle l;i Terre des Papous : ces Papous semblent une race hybride • distincte des Papouas, Pua- Pua, qualiCcatioD générique qui.s'applique surtout aux habitants de la partie inférieure de la Nouvelle- Guinée. Enfix^, dans ce; second groupe, spi^t comprises toutes les populations noires disséminées çà et là sur la plupart des lies de la Polynésie et de 1« Malaisie, que l'on appelle communémei^t dans les idiomes indigènes Al/burous, Arfours ^ Hara foras , etc« , c'est-à-dire sauvages , les mêmes que Lesson appela Endamènes^ du nom qui leur est donné à la NouveUe-Guinée. Ceux-ci sont évidemment les pr^emiers habitants dç ces iles, et ont été successivement refoulés par les émigrants polynésiens et malais : on ne les trouve désormais qu'à l'état de tribus isolées,. oppriméçi^» conQnées dans l'intérieur des terres ou réduits à Tétat d'esclaves par les conquérants étrangers qui occupent les cÀtes.
AïDsi, noas divisocfi d'aboi^d la popuittioii tout entière de cette cinquième partie du mo0de en deux groupes : l'un au teint clair , brun jaune; l'autre au teint noir et aux traita plus ou moins analogues à ceux des nègres africains ; ensuite , ces deux groupes, nous les subdivisons : le premier en Malais et en Polynésiens (les Garoiins, peuple intermédiaire entre les Japonais et les Polynésiens, méritant à peine ui^ie distinction spéciale), et le second en Australiens , «luxqueU nous rattachons les Papouas- Endnmènesou Alfourous ^ et en Papous , ces derniers paraissant nés du mélange des Malais et des Papouas proprement dits.
Si nous dévions exposer les conjectures les plus vraisemblables auxquelles donnent lieu les recherchas entreprises sur rbistoire, les langues, les relations et les coutumes de ces races, nous représenterions la population primilive de toutes ces régions comme généralement noire, caractérisée par une conformation aussi imparfaite que celle des races les plus imparfaites d^Afrique. Lès colonies polynésiennes , venant du continent américain, les auraient conquises sur presque tous les points ; les Malais seraient venus s'assimiler ensuite, surtout dans l'archipel Indien et dans toute la partie occidentale de rOcéanie, l'élément noir et Télément polynésien. Puis y dans l'archipel , à Java , par exemple , des colonies asiatiques, indiennes, chinoises, etc., seraient Venues se mêler aux précédentes. Enfin les Arabes y ont porté postérieurement l'islamisme , et
lel Ëuropéena y ont jelé les fondemeoU de leur universelle suprénialie.