CHAPITRE m
ÉTVDB COVPARATff E DBS RACBÇ DB L*ANTIQUITÉ.
Les âDciens professaient unanimement la croyance aux Autochtnones .
Les Autocbthones étaient pour eux des génération^ spéciales, originaires de pays différents. L^ diversité des types était attribuée à la diversité des lieux. Or ce pricîpe A*indigénat , consacré pour les hommes comme pour les animaux et les plantes, équivalait entièrement, chez les Grecs , au principe qui consacre aujourd'hui la>p1uralité des races.
De plus, ce principe , à travers les formes symboliques qui enveloppent toutes les traditions de rOrient , occupe dans la Bible , cotïime dans tous les livres cosmogonfques de Tlnde et dé la Perse , une place aussi importante que dans la croyance profane. La division fondamentale des familles de Sem , de Gham et de Japhel correspond assez exactement à celle de la mytboloi:ie païenne. Dans Hésiode et dans Apollodore; la nymphe Asiô est la femme de Japet y Japet le père de Promethée, et Prortielhée t^\m de Deucalion , ancêtre de toutes les tribus helléniques. Dé la race d'Inachus descendent , d'une part, Agenor , Europa, Phénix, Cilix\ etc. , d'autre
part, Bélus, Egypius , Danaus, etc. Ces noms ne sont évidemmnent que des emblèmes , des persoDoifications de peuples. De même, dans la forme biblique , le nom de Japbet , si semblable au Japet des païens , représente en hébreu une race qui se dilate; Cham^ une race brûlée; Chus, un type noir ; Cbanaan , un peuple abaissé; Javan (les Ioniens, les Grecs), un peuple oppresseur; Sidon , la ville de «Sidon; Mezraïm , les Égyptiens ( puisque Mezré chez les Arabes désigne encore TEgypte ). Tous ces noms ont un sens, ils ont tous la valeur d'une distinction fondamentale de population ; ce sont des races proprement dites. Et cette interprétation est si peu contraire h. lortbodoxie , que saint Jérôme lui-même Ta consacrée de son imposante autorité.
Japhet représente ce groupe principal du genre humain qui comprend aujourd'hui tous les peuples d'Europe, dont les ancêtres occupaient primitivement les régions du Caucase et de TÂsie centrale. Ce sont, d'une part, les castes supérieures de Tlnde et de la Perse ; d'autre part, les Cimbres , les Teutons , les Goths , les Slaves , les tribus helléniques, etc. Ces mêmes peuples sont classés, par Tapalogie de leurs langues, dans ta famille indo- * germanique, comprenant à la fois le sanscrit^ le zend, le mède, l'arménien, les idiomes celtiques, slaves , gothiques y Tallemand , le danois , le suédois, en général tous les dialectes germaniques , et en même temps le grec, le latin et tous leurs dérivés.
Au second groupe , au groupe de Sem , appar-
tieoiieiit les Juifs , les Arabes , et en général les ha* bitants anciens et modernes de la Syrie et de la Babylonie. La classe des Sémites se distingue du groupe japhétique et du groupe chamite^ par une situation géographique, des traditions , un système de langue complètement à part. Les ic^iomes de cette famille, que caractérise la forme dite trilittérale, ne font pour ainsi dire aucun usage des voyelles: les mot^ sont formés par des redoublements de consonnes , entre lesquelles les voyelles sont en quelque sorte sous-entendues. Les peuples sémites ont aussi quelque chose de parfaitement original dans leurs caractères physiques: un teint brun, tirant sur le jaune, des cheveux très-noirs, le nez busqué» le front généralement fuyant. Au moral, on sait, d'après les traditions, de quel cachet indélé> bile sont empreints Jes Juifs et les Arabes.
Enfin, dans la postérité de Cham sont spécialement comprises les populations indigènes de la partie mériodionale de Tancien monde : c'est un type noirâtre, qu'on aurait tort de confondre avec le type nègre. Tout atteste, en eiiet. que les nègres ne sont point compris dans la généalogie de Moïse(l). Les Chami tes sont les ancêtres des peuples indigènes de TEgypte et de l'Ethiopie; c'est la souche des Abyssins modernes , sorte de noirs fuligineux , aux cheveux lisses et au nez aquilin , fort comparables à ces aventuriers qu'en Espagne on appelle
vi) Voy. Ch. Lcnormaiât. Unt* de l'Atit occident* , ch. VI.
Gitanos , et que ce nom ainsi que leuf figure , rapproche de ce qu'on appelait le type égyptien.
Voila les trois races du monde de la Genèse.
Quant aux traditions profanes sur le même su* jet, 1;» plus haute antiquité grecque ne connaissait que deux grandes classes de peuples , ceux du nord et ceux du midi , les races blanches et les races noires; d'une part, les Scythes et les Thraces; d'autre part, les Égyptiens et les Éthiopiens.
C'est là le système d'Homère , d'Hippocrâte , d'Hésiode , etc.
Éphore de Cumes, dont Strabon reproduit les judicieux fragments, classait les peuples par zones terrestres, sous la forme suivante r au nord les Scythes , au sud les Éthiopiens, à l'est les Indiens » à l'ouest les Celtes.
Mais Aristote, plus qu'aucun autre, attachait une «grande importance aux distinctions de races. Il rapporte que les physiognonionistes de l'antiquité ne se bornaient pas à distinguer les variétés physiques de l'espèce humaine , mais qu'à letirs yeux ces variétés entraînaient des différences corrélatives de mœurs et de propensions naturelles (1). Il reconnaît trois types principaux : les Scythes y les Êgyptiens et les Thraces , ceux-ci formant le type intermédiaire. Sa pensée semble avoir été de désigner sous ces trois noms ce que nous nommerions le type hlond^ le type noir et le type bruti^ tels, par exemple,
■\) Ari&t. PhysiognomonitfWy.X.
qu'iU sont représentés aujpurd'hui par les blonds Germains , les poirs Abyssins et les bruns Illvriens ou autres habitants de l'Europe méridionale. C'est ainsi qu'à nos yeux ces classifications correspondent jusqu'à un certain point à celles de la Bible.
Mais nous pensons qu'elles sont loin d'être les seules qu'ait consacrées l'antiquité. On peut trouver des notions analogues dans la science géographique des Mages et des Brahmanes. Sur les plus anciens monuments de la Perse sont figurés des types très-distincts : sur ceux de Persépolis, par exeftiple, nous remarquons un groupe de figures représentant quatorze nations différentes, et notamment, au premier rang , des Mèdes ; au dernier rang des nègres aux cheveux crépus (i); sur ceux de Behistun, nous voyons des vainqueurs au profil olympien , grands , au front développé , enchaînant des captifs à la petite taille , au front fuyant, au menton en retraite ( PI. XXVII ). Ne serait-ce point un emblème de la domination de la race Ariane sur des nations de race Sémitique? Les Assyriens aussi étaient frappés de ces diversités de types, et c'est ce qui nous apparaît par la reproduction des dessins de Ninive ou de la moderne Korsabad (PL XXVI).
Mais rien de plus saillant, sous ce rapport , que' les tableaux ethnographiques des monuments d'Egypte. Nous avons cité un bas -relief du temple d'Hàthor où Ton voit Sésostris frappant un nègre
(i) Voy. Heeren , Polit, et eom, , t. I , srct. i , c ii , d'après lliebtthr et ILer-Porter.
(PI. XXXI). Ceux du tombeau de Rhamsës-Meîamoun, reproduits par Rosellinî et par Beizoni, représentent aussi divers peuples sous les traits origi* naux les plus prononcés (I).
D'autres tableaux sont plus curieux encore; il en est un où Ton distingue les types de dix peuples diOérents. On y voit trois figures entièrement noires, offrant chacune les traits d'un peuple particulier; on y reconnaît tout d'abord le portrait parfaitement fidèle d'un nègre, puis un Nubien et quelque autre type de la Libye septentrionale. On y voit , en outre, quatre têtes jaunes , plus ou moins foncées , au nez busqué et au profil fuyant. Il y a là , sans contredit, trois figures d'origine asiatique, assyriennes, persanes, peut-être même hindoues, plus une tête plus claire qui n est pas sans rapport avec le type turc. Enfin on y voit deux têtes d'un teint rouge foncé, et une dernière plus belle, au teint rose, sur le milieu du' groupe (PI. XXXII.). Ces figures sont peintes sur le grand spéos d'Ibsamboul en Nubie, dont Champollion disait avec enthousiasme : « Le monument seul d'Ibsamboul vaut le voyage de Nubie. »
Mais en ne considérant que les peuples compris dans ces groupes divers , on peut dire que ce n est point là , après tout , l'aspect général et complet du monde de l'antiquité. C'est l'aspect particulier d'un point brillant , siège des premiers empires , illustré par les premières cpnquétes. M»\s au dçlà de ce
(i) Rosellini. Atlas , pi. CLVets. ~ Belioni. PI. VT, VII , etc.
cercle » hors de iempirc de ces raeea demi la wrilïsatton primitive est Tcenvre glorieuse » s'étendait le domaine des populations innombrables dont les rôles confas ont échappé le plus souvent aux sou-* venirs traditionnels , mais qui méritent néanmoins d'être comptés pour leur part véritable dans l'histoire positive du monde , dans la géographie de Dieu.
Les formules généalogiques que l'antiquité em* ploya pour donner la mesure des différents degtés d'affinité des races , font nécessairement exclusion de celles dont l'existence n'était point encore révélée à la civilisation.
C'est ainsi que Moïse n'a pu parler des popola^ tions turques, mongoles et toungouses, que recelait encore de son temps la partie la plus orientale de l'Asie. ^
Les Chinois, en particulier, constituaient déjà it&e société fort ancienne , du temps où Ton peut reporter la date des livres hébreux ; mais à aucune époque» les traditions de l'Asie occidentale n'em-* brassent les événements relatifs aux Chinois.
Au delà des Tartares et des Chinois , il y avait à fest d'autres peuples encore plus ou moins affiliés à ceux-là : c'étaient les ancêtres des Coréens» des J^j ponais , etc.
Au sud » les Malais» qui sont aujourd'hui la race dominante de l'archipel indien, occupaient sans doute» dans les temps primitifs , une position oonlinentale.
Unéautre famille résidait dans les régions hyper-
t^oréennes» dont. Tanliquité assurément songeait peu
à ooB0laler l'éxisttiice : c'était la race des Lapcms , des Samofèdes , des Kamtchadales » des Tcbouktchi.
Plus loin enfiû , dans les Iles éparses du grand Océan qui était à peine entrevu par Tantiquité comme la limite hypothétique du monde , résidaient les ancêtres des Polynésiens au teint de cuivre , et plus bas des Papous , différant à la Ibis des Cbamites et des nègres.
Sur les terres d'Amérique auxquelles la fausseté àc nos idées a imposé le nom de Nouveau -Monde » et où nous trouvons enfouies, sous une poussière séculaire» les gigantesques ruines de Palenque et du Yucatan , il y avait encore des sociétés dont l'antique splendeur est couverte d'un voile , mais dont le secret quelque jour pourra sortir de la révélation de leurs hiéroglyphes. ^
Eêt les peuples d'Afrique , ces nègres infortunés , que nous trouvons représentés sur tous les monu** mentsde l'Orient, sur ceux de Ninive comme sur ceux de l'Egypte, où pouvons^nous recueillir leurs annales ? Hors des cadres généalogiques de Tantitiquité , ils s'agitaient confusément sur leur terre natale ou sous le joug de leurs oppresseurs étran-» gers ; mais l'histoire les dédaigna.
Il suit de tout cela que , pour nous faire une idée juste des populations primitives, nous devons élargir le cercle des traditions écrites par toutes les voies que la science moderne a ouvertes à nos explorations. Quels que soient les enseignements que nous puissions puiser aux sources ordinaires de l'histoire, nous devons aller plus loin ; nous devons , par un