Ledoux. Annales des Mineê^ 1S66, t. X
Ainsi, U0U8 voyons dans les anciens minéralogistes qu'en 4 193 le comte de Toulouse renonce aux droits qu'il avait sur les mines de Largentiëre (Vivarais). En 4498, accord entre lui et l'évéque de Viviers et autres... 4310, nouvelle confirmation de cet accord.
Le droit prélevé était de 6 deniers par marc d'argent.
Le prix de la livre, au commencement du douzième siècle, étant, poids pour poids, de 48^20 de notre monnaie actuelle, abstraction faile du pouvoir de l'argent, le prix du marc étant alors de 2 livres 43 sous, ou environ 48 fr. SO calculés de la même manière, on voit que, dans ce cas, lesévéques de Viviers prélevaient à peine 4 pour 400.
On ne connaît pas, je crois, les causes et l'époque de l'abandon des mines de Largentiëre, qui paraissent être restées oubliées et inactives pendant des siècles depuis le moyen Age ; mais, quand on voit la forme des travaux, quand on se rappelle que l'abatage se faisait au moyen du feu et nécessitait un aérage beaucoup plus parfait que ceux que réclament les travaux de nos jours, on peut croire que les difficultés s'accroissant avec le développement de l'exploitation, purent déterminer l'abandon de ces mines qui, dans tous les cas, durent être suspendues à l'époque des conflagrations religieuses, comme le furent, à ce moment, un grand nombre des exploitations de ces contrées du midi de la France» par suite des mêmes causes.
Gisement. — Il consiste principalement en deux couches métallifères de grès blanchâtre et bleu&tre très-siliceux, ayant quelquefois l'apparence du jaspe, et dans lesquelles est disséminé le minerai de plomb argentifère, consistant en galène à grains fins.
Ces couches ont une grande puissance, et la plus basse a généralement une épaisseur de 2 mètres. Elles appartiennent au trias qui s'appuie directement sur les roches schisteuses anciennes dont est formée la partie montagneuse qui domine le pays de Largentiëre.
La galène est plus ou moins répandue dans ces couches, en grains, en amas et en veines, et on y rencontre par conséquent des parties trèsriches, des parties pauvres et d'autres complètement stériles. D'après les observations de M. l'ingénieur Ledoux, elle semble se présenter plus particulièrement dans des veines dirigées sur l'h. 5. On y trouve aussi la blende, mais placée ordinairement au-dessus des couches de galène.
Ces minerais sont riches en argent. Leur teneur varie de 200 à 600 grammes aux 100 kilos de plomb d'œuvre.
Analysés au Bureau des mines d'Alais, ils ont donné 448, 378, 228 e^ 200 grammes aux 400 kilos de plomb.
Ces mines ont été reprises dans ces dernières années, et tout ce qu'on y voit tend à faire croire que le gisement y possède une très-grande extension que les anciens n'ont pas entièrement parcourue et qu'il y reste
encore des quantités considérables de minerai que les moyens puissants actuels pourront, sans doute, permettre d'extraire avec avantage.
Vallée du Chassezac. — Depuis quelques années , des travaux assez nombreux ont été entrepris dans la vallée du Chassezac, qui sépare le département du Gard de celui de l'Ardèche, aux environs de Villefort. Cette vallée renferme un grand nombre d'anciens ouvrages d'où Ton extrayait principalement du plomb et de l'argent, et on voit encore aujourd'hui leurs traces en beaucoup d'endroits. Les filons que l'on y travaillait appartiennent aux mêmes systèmes que ceux de Villefort, ou ceux qui se montrent sur les versants de la Lozère.
En 1870, des travaux importants étaient en cours d'exécution, aux environs de Sainte-Marguerite.
Larouvière. — Cette mine, après avoir été travaillée anciennement, fut reprise, vers la fin du siècle dernier, par la Compagnie de Vialas, et on y trouva, à cette époque, des travaux considérables en galeries et en kastes. De 1780 à 1792, on en retira de grandes quantités de minerais qu'on transportait à Villefort au prix de 1 ',20 les 1 00 kilos, après les avoir préparés et lavés sur place. Le défaut de bras en détermina l'abandon au moment des guerres de la Révolution.
D'autres filons, travaillés aussi anciennement, se montrent encore aux environs, et aujourd'hui, en 1872, on pousse activement les recherches sur les deux rives du Chassezac, dans l'Ardèche comme dans le Gard.
D'après M. de Malbos^ on voit à Saint-Laurent un filon de plus de 1 mètre de chaux lluatée.
Près de Thines, à Peyre^ comme à Saint-Laurent et à Lagarde^ on voit dans le gneiss des filons puissants de sulfate de baryte.
Mayre». — En parlant de ce pays, de Genssane écrivit : « Il y a peu de € contrées dans le Languedoc où il y ait autant de minéraux que le long « de la vallée de Mayres (vallée de l'Ardèche), surtout aux montagnes « qui sont au midi de cette vallée. On commence à les apercevoir auprès € de la Narce, village situé sur la montagne du côté de la Chavade. On « en voit de nombreux indices près des Astels et au pied du village dfe « Mayres. On remarque encore, dit-il, des travaux romains près le vil- € lage Saint^Martin, sur trois grosses veines de plomb et argent parse- « mées de quelques grains d'antimoine. On pourra retirer un très-grand < avantage des mines de Mayres parce que les eaux sont abondantes et € commodes, et l'exploitation en deviendra facile par le voisinage des c charbons de terre de Jaujac et de Prades. »
Le quartier de Larouvière, qui est l'objet d'une demande en concession
1, Bulletin de la Société géologique de France, t. X.
sur l68 commoDes de Sainte^Marguerite, la Pigère» etc., possède quatre à cinq filons plus ou moius minéralisés, et entre autres le proloogenient du grand filon des hsarts qui traverse la concession de Malons. Ce filon a été attaqué à plusieurs niveaux.
i/ontseigue», •«- Des filons importants sont aujourd'hui explorés au quartier du Vert, eommune de Montselgues. On en compte une vingtaine variant de puissance de 0,05 à 0,80, et Tun d'eux atteint jusqu'à 5 mètres. Quatre de ces filons ont fourni jusqu'à présent d'excellents résultats. Ce sont :
{• Le filon du Sud, dirigé sur h. 2 à 3.
2? Filon Riche, dirigé sur. h. 5
3« Filon des Anciens, dirige sur h* 3 à 4
4» Filon du Nord, dirigé sur h. 2 à 3.
Les autres filons courent dans les directions h. 4 et 5 et h« 8 à 40. Les minerais analysés ont produit :
Plomb. Arient.
Filon du Sud 53 84 grammes aux <00kil.de plomb.
Filon Riche j ^^ ^^^
Filon des Anciens 83 34 —
Filon du Nord 54 94 —
Dans le quartier de Chamies, commune de Montselgues, se trouvent encore d'autres filons travaillés anciennement.
Tkimn. •— On y connaît une dizaine de filons dont quelques-uns ne présentent pas de minerai à la surface. Dans les environs, on peut voir, au Coulet, une grande crête quartzeuse, d'apparence stérile, contenant un peu de baryte, courant, sur â,500 mètres environ, dans une direction rapprochée de h. 8.
Près du village, un filon de S mètres à i'^.bù de puissance, visible sur une longueur de 7 à 8 kilomètres, exploité par les anciens. On trouve encore, dans les environs, des scories provenant de la fonte des min'erais.
La direction des filons de Thines est généralement de h. 8 à 9.
Les minerais ont donné ââ5 grammes d'argent aux 100 kilos de plomb.
Les nombreux anciens travaux que Ton rencontre dans, cette partie du versant du Ghassezac paraissent devoir remonter au moyen ftge, et la richesse qui vient d*y être reconnue permet do croire qu'on aura bientôt dans ces contrées un nouveau centre d'abondante production métallique.
De Genssane cite encore Chayla^ que nous n'avons pas retrouvé, comme
ayant plusieurs filons de plomb et cuivre, et un, entre autres, au bas du château de la Chaise.
Saint'André-Lackampj zinc. — Dans cette commune, à TEsplanelle, on remarque un gîte de calamine. Elle se trouve dans des veinules traversant un banc dolomitique d'environ 3 mètres de puissance, et pénétrant surtout la partie inférieure de ce banc. Les marnes schisteuses qui se montrent au mur contiennent de la blende, de la galène et de la pyrite de fer. Ce gisement a été signalé par M. Ledoux, ingénieur des mines, et il parait offrir un très-grand intérêt; il est aujourd'hui (1873) l'objet d'explorations importantes.
Mine de Malbose, antimoine. — On y connaît plusieurs filons encaissés dans le micaschiste. Gangue essentiellement quartzeuse avec un peu de chaux carbonatée et de baryte.
Direction : E.-O.
L'antimoine 8*y présente en veines massives qui ont quelquefois 0,08 et môme 0,30 d'épaisseur.
Ces mines ont été travaillées très-anciennement, ainsi que l'attestent les nombreux amas de scories disséminées autour d'elles. Elles ont été reprises et abandonnées à diverses époques et particulièrement dans le cours du siècle actuel. Les minerais étaient traités au four d'Abo, non loin de là, sur l'un des affluents de la Cèze.
On en a extrait des quantités considérables d'antimoine, et c'est assurément Tune des mines de ce métal les plus remarquables de celles de la France; d'après de Genssane les antimoines de Malbosc sont argentifères; on retrouve l'argent dans les scories anciennes.
Soyons. — Gisement de pt/rite de fer^ situé près des bords du Rhône et en exploitation, dans un banc dolomitique.
Veyras,^- M. Ledoux a signalé un banc analogue auprès de Veyras, non concédé en' 1868, qui se trouvait, comme celui de Soyons, dans la môme position géologique que les couches de minerai de fer de Saint- Florent, de Bordezac et du Travers dans le Gard, et forme avec eux un remarquable horizon métallifère.
Enfin , les gneiss et les micaschistes de TÀrdèche renferment une grande quantité de fiions : il est probable que la plupart d'entre eux n'ont encore été l'objet que d'études ou de recherches très-peu étendues, et ils ne sont restés inactifs pendant la presque totalité du siècle actuel que par suite de la difficulté des transports et peut-être aussi par l'incurie générale pour cette branche intéressante de l'industrie minérale.
RouERGOE. — Département de rATejrroii.
Ce département, dont l'étendue appartenait à cette partie de la France que Ton appelait autrefois et qu'on appelle encore aujourd'hui le Rouergue^ est connu depuis un temps immémorial comme renfermant une quantité considérable de dépôts métallifères. Il était célèbre au temps des Gaulois, et les lititkènes qui l'habitaient trouvaient dans les mines une de leurs principales industries, c In Buthenis argentariœ vigent artes, » a dit Strabon, et Tacite rappelle l'importance et la richesse des mines de ces contrées qui, sous le règne de Tibère, enrichissaient les habitants du pays et excitaient la cupidité des gouverneurs de la province^
Dans les déblais des mines anciennes, on a trouvé des objets romains qui y constatent encore l'existence de l'industrie minérale dans ces temps reculés.
Ces mines furent donc travaillées pendant les périodes gauloise et romaine; mais c'est surtout à partir du dixième jusqu'au seizième siècle qu'elles paraissent avoir été l'objet d'une exploitation active. Les seigneurs du moyen âge y prélevaient des bénéfices importants, et les anciens minéralogistes nous apprennent qu'en 1262 il y eut un procès entre Alphonse, comte de Toulouse, et Hugues, comte de Rodez, jusqu'en 1 264, au sujet d'une mine d'argent trouvée à Orzals.
Une lettre de Philippe le Bel' écrite à son sénéchal de Rouergue en 4298 nous montrç encore qu'elles étaient en activité à cette époque.
En 4371, Villefranche eut le privilège d'un hôtel des monnaies, c en considération de la commodité des mines d'argent et de cuivre qui avaient été découvertes aux environs, i^^
En 1 431 , la Monnaie fut rétablie par déclaration royale, « en considération des mines d^argent qui étaient aux environs de la ville et du profit qu'on retirait du travail d'icelles. »
PluB tard, François I", en 1519, autorisait le sieur de Capdenac à exploiter les mines de sa seigneurie.
Les souvenirs locaux rappellent encore qu'elles furent travaillées pendant l'occupation anglaise, mais elles durent subir toutes les péripéties qu'engendra l'explosion des guerres religieuses, et, en 1572, les massacres de la Saint-Barthélemy vinrent probablement fermer la dernière exploitation.
Pendant cette période, l'industrie du cuivre et de l'argent y était trèsactive. Villefranche et Rodez battaient monnaie avec l'argent des mines du Rouergue, et on comptait de nombreuses fabriques où Ton travaillait
J. Description géologique de VÀveyron^ 1873. BoisM. 2. Champollion Figeae. Couiume$et tuages^ etc.
le cuivre : l'industrie de la chaudronnerie, propre encore aujourd'hui à ces contrées, est une dernière manifestation des exploitations qui y régnaient autrefois.
Après .4572, Tindustrie minérale fut pour ainsi dire anéantie. En 4649, on voulut rétablir la Monnaie de Villefranche, « mais cela manqua faute d'ouvriers ^ »
Vers la fin du dix-septième siècle, des travaux furent ouverts à Najac et à Laguépie par ordre de Louis XIV ; mais ces travaux, ouverts sur des mines nouvelles, n'étaient absolument rien en comparaison de ceux qu'y avaient établis les anciens, dont la grandeur est constatée à la surface du sol par l'étendue des haldes et des déblais, et qui restaient délaissés.
Enfin, tputes ces mines furent oubliées pendant près de trois siècles et presque jusqu'à nos jours.
En 4806, un ingénieur de l'État' chercha à appeler sur elles l'attention des industriels; c'est seulement depuTs 4836 que Ton a commencé à s'en préoccuper, par suite des recherches historiques qu'avait faites, à cette époque, un juge de paix de Villefranche, M. Milhet.
De 4836 à 1843, des tentatives nombreuses ont été faites sur les filons de ces localités; mais tous ces travaux, sans tradition, disséminés sur un grand nombre de points, absorbèrent bientôt les capitaux, restreints d'ailleurs, dont on disposait. Établis dans les vieux ouvrages ou près des affleurements, ils ne parvinrent pas au-dessous des travaux anciens et n'enseignèrent que peu de chose.
Vers 4854 et dans les années suivantes, on fit de nouveaux essais; des ouvrages anciens furent déblayés, mais on ne parvint pas à de meilleurs résultats, et, de tous ces travaux, il n'est resté, dans tout le département, en 4870, qu'un seul filon en exploitation, celui de Labaume^ près de Ville'^.'anche, sur lequel des forces sufiisantes ont été concentrées. Ces travaux récents ont démontré :
4<^ Que la richesse métallique se poursuivait au-dessous des travaux anciens ;
â<* Que cette richesse pouvait être extraite au-dessous du niveau des
vallées.
L'auteur de la carte géologique de l'Aveyron, en constatant l'abandon presque total des mines de ce pays en 4870, se demande quelle a pu en être la cause :
« Les causes de l'abandon des mines, dit-il, sont le plus souvent com- « plexes; mais il est une cause générale dont on ne peut méconnaître « l'influence : c'est le changement survenu dans la valeur relative du c numéraire et de la main-d'œuvre.
€ Depuis le dix-septième siècle, le prix de la main-d'œuvre a plus
1. Documenis relatif taux minet métal tijértê de fAveijroHj par M. de Seraiocourt. 1S47. . 2. Siatiitique minérale de VAveyron^ par M. Blavier.
« que décuplé. Or, ajoute-t-il, il est aisé de comprendre que Texploita- « tion d'une mine argentifère, par exemple, utile et fructueuse à une « époque où là valeur de Targeut contenu dans un quintal de minerai « représenterait le sataire de dix ouvriers, a pu devenir onéreuse lorsque
< la môme quantité d'argent D*a plus représenté que le salaire d'un seul
< ouvrier. »
Cette opinion ainsi exprimée est généralement admise; mais, alDsi que nous Tavons dit ailleurs, elle nous paratt susceptible d'être modifiée*
Ce n'est pas là, ce nous semble^ qu*est la véritable cause de la suspen* sion et de Toubli de tous ces travaux remarquables. En effet, ai noua recherchons les prix de la main-d'œuvre à diverses époques, nous voyons qu*eUe a singulièrement varié, ainsi que cela doit être» suivant l'accroissement ou la diminution des besoins.
Au moyen âge, pendant les douzième* treizième siècle, etc., grande époque d'activité et de travail la main-d'œuvre était beaucoup plus élevée qu'on ne le suppose; mais, sans nous reporter si loin, au seizième siècle, au moment même où Ton reprenait les mines de l'Alsace et de la Franche-Comté, au moment où un grand nombre .de mines anciennes étaient ouvertes de nouveau en Europe, où celles de TAveyroD étaient en pleine activité, on payait, aux mineurs au jour (4 563), d'après M. Mantellier, 4',57 à 4S89 par jour, poids pour poids de monnaie. Un surveillant de travaux se payait quelquefois^ à cette époque, â^2l, prix considéré également poids pour poids et abstraction faite du pouvoir de l'argent.
Ces prix ne sont donc pas bien éloignés de ceux que nous payons dans le dix-neuvième siècle, et le kilogramme d'argent n'avait pas lui-même une valeur bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui et variait de 469 à 240 francs.
Pendant le dix-septième siècle, quand les mines de TAveyron étaient abandonnées, le prix de l'argent ne varia pas sensiblement, il fut de 206 à 207 fr. le kilogramme, et si nous nous en rapportons aux travaux si consciencieux de M. Moreau de Jonnèi, nous voyons que cette époque correspondait au plus grand abaissement de la main-d'œuvre; le salaire du colon se trouvait considérablement réduit dans les contrées les plus prospères et ces temps d'immense misère, dont Vauban, dans la Dixme royale^ nous a retracé le tableau, étaient la conséquence de l'absence du travail industriel que le génie de Colbert ranima dans quelques contrées seulement, et des famines périodiques qui frappaient tout à la fois le travailleur de la terre et l'artisan.
Ce n'est donc pas à l'accroissement de la main-d'œuvre qu'il faut attribuer le délaissement des mines à cette époque. Ce sont d'autres causes qui en déterminèrent l'abandon et l'oubli. Nous retrouverons facilement ces causes dans les conditions politiques et administratives du temps. Les mines n'étaient concédées qu'aux privilégiés et aux grands;
la tranquillité nécessaire au développement de Tindustrie minérale fit souvent défaut dans cette partie de la France, et elle fut particu* lièrement troublée par la continuation des guerres religieuses jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Ces troubles régnèrent pendant plus d*un siècle, c'est-à-dire pendant un laps de temps plus que suflîsant pour faire oublier les industries passées et fermer les mines qui ne présentèrent bientôt plus qu'un amas de décombres, et exigèrent désormais des dépenses considérables pour retrouver leur ancienne activités
D'ailleurs, la mine de Villefranche, où l'on a appliqué toute la persévérance désirable, nous donne la preuve que, si des difi'érences de main-d'œuvre et de prix divers existent entre les temps actuels et les temps passés, ces différences sont compensées par les moyens que l'on possède aujourd'hui et que l'on ne possédait pas alors<
Enfin nous sommes de ceux qui pensent que celles des mines de l'Aveyron qui jadis ont été avantageusement exploitées se trouvent actuellement dans des conditions plus favorables que jamais pour fournir au dehors les richesses métalliques qu'elles renferment dans leur sein.
Si nous voulons donner une idée de l'orographie de l'Aveyron et de sa constitution géologique, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire une partie de ca qui a été déjà dit à ce sujet dans YAnatunire de i 835 et résumer les conclusions générales de l'auteur de la carte géologique de cette contrée :
c Bien que le département de l'Aveyron occupe un niveau généralement fort élevé, les hauteurs de ses principales régions présentent néanmoins d'assez grandes différences pour permettre de le diviser en haut et bas pays.
€ Le haut pays dépend du vaste plateau de terrain ancien qui occupe le centre de la France et forme les montagnes du Limousin, de l'Auvergne, du Forez, du Cantal, de TArdèche et des Cévennés. Il constitue trois grandes parties montagneuses qui comprennent un peu plus de la moitié de la surface du département.
€ La partie montagneuse du nord, comprise entre la rive droite du Lot et la limite septentrionale du département, présente une suite de montagnes sillonnées par des gorges profondes et sauvages. Ces montagnes qui se lient à celles du Cantal forment, en s*abaissant vers leur milieu, un plateau primitif assez vaste appelé le Viadène^ lequel est dominé, au nord et à l'est, par les sommités volcaniques des environs du JUur de Barrés, Cantoin, Lacalm, Laguiole et Saint^Chély.
€ La partie montagneuse du centre, entre la rive gauche cle l^Aveyron et la rive droite du Tarn, se compose de différents plateaux placés pour ainsi dire au même niveau, séparés entre eux par un grand nombre de ruisseaux profondément encaissés et formés de roches schisteuses, granitiques et porphyriques.
c Enfin, la partie montagneuse du sud se lie aux montagnes de Lacaune, vaste assemblage de pics aigus dont elle forme le versant septentrional. Elle offre des chaînes élevées sillonnées par un grand nombre de gorges et de vallons, et composées de roches de transition, de nature schisteuse, gréseuse et calcaire. »
Le bas pays, beaucoup moins étendu, comprend le terrain houiller d*Âubîn et de Decazeville, les grès et les marnes que Ton trouve entre Villecomtal, Rodez et Saint-Cyprien, comme entre SaintrAffrique et le pont de Camarès, et plusieurs plateaux calcaires possédant des dépôts abondants de minerais de fer.
Si Ton jette un coup d*œil sur la carte géologique de TAveyron, on voit que les granités, les gneiss, les schistes micacés et talqueux occupent la plus grande étendue du département; les terrains siluriens se montrent particulièrement au sud-est, sur le prolongement de ceux do même nature du Tarn et de l'Hérault qui constituent la masse des Montagnes- Noires et de Lacaune.
Ces terrains divers y sont traversés par des porphyres quartzifères, des eurites, des diorites, des amphibolites, des euphotides, des serpentines et des basaltes. Les porphyres quartzifères et euritiques, liés d'une manière si intime avec les productions métalliques, s*y montrent en une multitude de points, et les basaltes y forment d'immenses nappes qui se développent particulièrement sur les fiancs granitiques et schisteux de la chaîne d'Aubrac.
Les gisements métallifères sont très-nombreux au sein de ces diverses roches, et, bien qu'ils se trouvent plus particulièrement groupés dans quelques districts privilégiés, ils existent dans toutes les parties du département et dans toutes les formations géologiques^ depuis les plus anciennes jusques et y compris la formation jurassique^. ^
M. Boisse, qui a particulièrement étudié les filons de l'Aveyron, a reconnu que leur répartition et leur production se trouvaient subordonnées à certaines lois parmi lesquelles il cite, en première ligne, t les condic tions de gisement, la position habituelle des filons métallifères sur le c pourtour des massifs granitiques, et leur liaison directe^ immédiate, € avec les roches trappéennes qui forment, dans ces contrées, le cortège € ordinaire des granités; leur concentration dans certaines régions ca- « ractérisées par l'abondance de ces roches trappéennes, et plus parti- € culièrement des serpentines, des amphibolites et des porphyres feld- « spathiques; leur tendance habituelle vers un petit nombre de direc- € tions préférées, presque toutes comprises entre hora 6 et hora 9 ; la « concordance qui existe entre les directions observées, d'une part, dans « les filons, d'autre part dans les principaux accidents géologiques, tels « que failles, dislocation des couches, etc.; la pénétration des filons dans