‹ Tableau général et description des mines métalliques et des combustibles minéraux de la FranceChapitre 37 sur 194 · PLANGHBR-LES-MINES (HAUTE-SAÔNE · texte numérisé non relu

PLANGHBR-LES-MINES (HAUTE-SAÔNE

Nous réunissons dans un même ensemble les mines de Giromagny et de Plancher, parce que ces mines se trouvent dans un mâme groupe montagneux.

Elles appartiennent à la partie la plus méridionale de la chaîne des Vosges^ et elles sont concentrées dans ces chaînons, aux formes remarquables, qui descendent du ballon d'Alsace, que tous les voyageurs connaissent, d'où Ton aperçoit les cimes blanches des Alpes ou du Jura, d'où le regard peut plonger dans les vallées du Rhin, de la Saône et de la Moselle.

Formaiions géologiques. — On distingue dans cette contrée, particulièrement à notre point de vue, deux terrains dominants:

1^ La syénite qui forme le sommet, les escarpements et les rudes pentes du ballon d'Alsace, qui lance ses ramifications jusque vers la Meurthe ou vers d'autres sommités des Vosges;

2« Un terrain schisteux, souvent durci et métamorphisé , que HM. Kœchlin et Delbos désignent sous le nom de grauwacke, en le rattachant au terrain carbonifère inférieur, mais qui parait, en grande partie, devoir appartenir au terrain dévonien. Les couches de ce terrain , redressées ou repliées, souvent verticales, viennent s'appuyer sur la syénite du ballon d'Alsace.

C'est sur ce groupe, pour ainsi dire central, et d'une grande puissance, que viennent ensuite reposer les couches permiennes et secondaires que l'on voit à la base des montagnes, dans la Haute-Saône comme à Belfort, et parmi lesquelles domine le grès rouge.

Pendant longtemps on avait considéré les environs de Giromagny et ceux de Plancher-les-Mines comme présentant un développement considérable de porphyres, et particulièrement de porphyres que M. Élie de Beaumont distinguait sous le nom de porphyre brun ; mais les études postérieures doivent faire considérer comme roches sédimentaires métamorphiques et faire classer dans le terrain dévonien, ou dans le terrain carbonifère, la plupart de ces roches à pâte petrosiliceuse et avec cristaux feldspathiques que l'on rencontre si fréquemment dans cette partie des Vosges.

On trouvera encore, comme au pied du mont Jean, près de Giromagny, etc., des grès modifiés, passés à l'état d'arkoses, qu*on prendrait pour des Leptynites, et en même temps des spilites, des mélaphyres et des porphyres quartzifères à pâte blanche, grisâtre, rouge ou brunâtre, compacte, grenue ou cristalline, comme entre les vallées de Giromagny et de Massevaux, ou sur la limite du département de la Haute-Saône, qui, momentanément cachés par les terrains qui les recouvrent, vont apparaître encore au loin et former quelques-uns des sommets pittoresques des montagnes de Faucogney ou de celles de Presse et de Saint- Bresson.

Toute cette contrée présente une variété considérable de roches diverses, ayant les plus grands rapports les unes avec les autres; ces roches, particulièrement étudiées par M. Delesse, manifestent partout les

effets d'actions métamorphiques puissantes , et lorsquon voit le ballon d'Alsace, dont la croupe syéuitique domine toute la contrée, on n'est pas surpris de reconnaître autour de lui une sorte d*auréole métallifère qu'indiquent les anciens travaux des mines, à Bussang, Château-Lambert, sur les versants du Rabin et de la Savoureuse, dans la vallée de Saint-Amarin, etc.

Enfin, l'imagination n'a pas besoin de s'échauffer pour entrevoir, dans ces localités, le travail multiséculaire des temps qui a concentré en une foule de points les substances métalliques répandues dans les roches anciennes et les a mises à la portée de l'homme, suivant une multiiude de lignes qui se cherchent et se croisent en s'enrichissant.

FILONS DE GIROMAGNT ET DE t»LANCHER-LE&-MlNES.

On est loin de connaître tous les filons de Giromagny et de Plancher ; les remarquables montagnes de ces contrées sont traversées, ainsi que le disait de Genssane, l'un des savants mineurs du dix-huitième siècle, par une multitude de filons; on n'en connaît qu'un certain nombre dont les noms ont été conservés par la tradition et nous ont été désignés par Duhamel (an VI)»

Les détails indiqués dans cette note, bien que remontant à près de quatre-vingts ans, sont encore aujourd'hui, à peu de chose près, les mômes; car, ainsi que nous le verrons plus loin, les travaux exécutés sur ces filons, depuis cette époque, ont été à peu près insignifiants.

FILONS CONNUS A GIROMAGNY.

Commune de Giromagny •

Pilon Saint'Pierre : argent gris, cuivre, plomb; N. 60 à 75 B.; travaux considérables s'étendant à 418 mètres de profondeur. Filon Lacave : plomb; N.-S.

— Phennigthurn : argent gris, cuivre, plomb; N.-S. ; travaux trèsétendus.

Filon S'am^-ZoMW ; N.-S.

— le Solgat : N.-N.-E., S.-S.-O.

— Saint'Nicolas : argent gris, cuivre ; N.-N.-E., S.-S.-O.

— Saint-Daniel : cuivre et argent ; N.-N.-E., S.-S.-O.

— Teutschgrund : cuivre et argent; N.-S. ; travaux étendus sur 15 à 4 ,800 mètres; profondeur inconnue, probablement 290 mètres, hauteur (le la montagne.

Commune du Puix.

Filon Saint'-Georges : argent gris; E.**0. -« Sainte-Barbe : argent^ cuivre, plomb; N.-S.

Pilon Saint' André : plomb ; N.-S.

— Saint-Paul: plomb ; N.-S,

— Saini-IVicohS'HieS'Bois : plomb ; N.-S,

— Saint-François : plomb; N.-B., S.-O.

— Saint-Michel : plomb ; N.-S.

— Sainte'Marie : plomb ; N.-S.

— le$ Trdt^jRùig : plomb, cuivre; N.-S.

— Scklick : cuivre; N.-S.

-^ Sûint'-Jaequés : plomb, argent ; N.-S.

— la Goutte-^Colin : plomb ; N.-S.

— Sainti^Claire : cuivre^ N.-S.

Commune d'Auxellei-Haut,

Pilon Sainte-Barbe : plomb, Kinc; E.-O. ; montagne de la SuissOé — • Sekelmutte : plomb ; E.-O.

— Gesehchaft : argent, cuivre, plomb; N.-S. ; travaux considérables inconnus.

Filon Saint^Philippe ; cuivre» fer carbonate; N.-E., S.-O.

— Saint-Urbain : plomb ; N. 60 à 76 B.

— Saint-Martin : plomb; E.-N.-B., O.-S.-E.

— la Bagrelle : plomb, cuivre ; N.-S.

— Saint-Jacques : inconnu.

*-* r Homme-Sauvage : plomb .

— Saint-André : plomb, argent, cuivre.

— Saint' Jean : p]omhf argent; N.-N.-O., S.-84-E. ; travaux trèsétendus, jusqu'à 400 mètres de profondeur.

MINES DE PLANGHER-LES-MINËS (HAOTB-SAONE).

Filon de la Grande-Montagne : plomb, cuivre, argent; travaux considérables s'étendant au*dessous de la vallée. Filons Sainte^Barbe et Saint-Jacques : plomb, cuivre, argent. *«- Notre-Dame : plomb, cuivre, argent. «^ Loury : plomb, cuivre, argent et or.

niStOniQUE DES MINES DE GIROMAGNY ET AtXBLLES.

L'origine des mines de Giromagny se perd dans la nuit des temps. Suivant toute apparence, leur exploitation doit avoir concordé avec celle des mines de Plancher, et ce rapprochement nous permet d'admettre que cette exploitation pouvait être en pleine activité dans le courant du douzième siècle. |

Non-seulement nous pouvons en juger ainsi d'après les souvenirs historiques qui nous rappellent Tactivité minière répandue dans toute

l'Europe pendant le moyen âge, mais nous avons pu voir, à Plancher, des pierres anciennes sculptées, portant la date de 1423, à côté des in^ signes du mineur et du fondeur, les pics, la hache, le briquet et le creuset, qui ne laissent aucun doute à cet égard.

Cependant les plus anciens documents qui s'y rapportent sont du temps de la possession allemande, et consistent en lettres de l'archiduc Haximilien, roi des Romains, de 1506 à 4518, nommant un juge des mines à Massevaux.

Ce juge, qui devait veiller particulièrement aux intérêts dé la maison d'Autriche et avoir sous sa juridiction tous les ouvriers mineurs qui ne dépendaient pas du droit commun, exerça ces fonctions spécialement pour Giromagny vers le milieu du seizième siècle.

Dans le même temps, on nommait des essayeurs jurés pour Âuxelles- Haut et Giromagny, et le seigneur d'Auxelles conserva dans sa famille, jusqu'à la fin de l'occupation allemande, les fonctions d'inspecteur des mines.

Cette organisation administrative semble donc indiquer que ces mines devaient avoir une certaine importance durant le seizième siècle.

Pendant cette période, l'archiduc percevait le neuvième du produit brut des mines, soit environ 11 pour 100 K

1578. Les mines sont exploitées par une seule maison, à l'exception de quelques-unes que s'était réservées l'archiduc.

Le gouvernement autrichien percevait alors 19 pour 100 du minerai extrait, plus 1/2 florin par marc (244 grammes) d'argent fin que l'on monnayait à Ënsisheim.

Ces droits, et ceux qu'il fallait payer encore à des seigneurs possédant des enclaves dans le territoire des mines, ne laissaient à l'exploitant, dans les meilleurs moments, que 22 pour 100 sur les bénéfices de l'exploitation.

Malgré des droits si onéreux, ces mines furent travaillées activement pendant près de cent ans, d'une manière continue, de 1506 à 1612«

Nous voyons ici un exemple saisissant des énormes charges qui pesaient alors non-seulement sur ces exploitations, mais encore sur la plupart de celles de l'Europe; ces charges, unies à l'approfondissement croissant des travaux, expliquent bien des abandons à cette époque, et on comprend que leur affranchissement et la perfection des moyens compensent aujourd'hui l'élévation de la main-d'œuvre et permettent de reprendre avantageusement un grand nombre des anciennes mines.

Dans le cas de Giromagny, il est difficile de comprendre la continuité persistante de l'exploitation avec de telles charges et dans des temps où, comme à la fin du seizième siècle, l'argent et le cuivre avaient une valeur bien moindre que dans les temps antérieurs, qu'en admettant ou

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