VII. — L'Opata. — Tarahumar. — Pima
La langue Opata est parlée par la nation de ce nom, qui habite actuellement au centre de la Sonora, et compte environ 35,000 âmes.
On ne sait rien quant à Torigine de ce peuple, non plus qu'à celle des autres tribus que les Espagnols rencontrèrent dans ce pays. Les Opatas n'ont aucun système de signei pour conserver le souvenir de leur passé ; le culte des astres paraît avoir été l'objet de leur religion. Us adoraient le Soleil et la Lune, comme deux divinités sœurs. Ils célébraient la Nouvelle Lune en jetant en l'air des poignées de poudre odoriférante. Les vieillards avaient chez eux une grande autorité ; ils étaient persuadés qu'à la mort les âmes allaient dans un grand lac, sur le bord septentrional duquel était assis un noir appelé Butzururi, qui les recueillait serrées etpresséesàcause de leur grand nombre, dans une grande barque et les transportait sur l'autre rive vers le sud, où résidait une vénérable vieille appelée Vateconi Hoatziqui; celle-ci les prenait, les unes après les autres, pour les manger, rejetant celles qui étaient défigurées par des raies sur leur visage et leur disant qu'elle ne les mangeait pas, parce qu'elles avaient des épines; quant à celles qui n'avaient pas de raies, la vieille les attirait sur elle et les contraignait à jouir d'une immonde bonne fortune.
La coutume de se peindre le visage, à laquelle fait allusion la légende que nous venons de citer, consistait à piquer avec une épine les enfants nouveaux nés à la partie inférieure et supérieure des paupières en forme de demi-cercle, et à introduire dans la blessure une couleur noire.
Chez les Opatas, la polygamie était en vigueur ; avant la conquête l'agriculture se réduisait à la culture du maïs, des citrouilles et des judias ou haricots.
Les habitants de la Sonora ne vivaient pas tous en communauté à moins qu'une tribu fît la guerre aux autres et les soumît ; les guerriers s'exposaient volontairement à des
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épreuves douloureuses pour braver la douleur. Lorsqu'au milieu du XVI* siècle les Espagnols conquirent la Sonora, toutes les tribus du pays, à l'exception de celle des Apaches se soumirent aux blancs. Les Opatas furent les premiers qui manifestèrent quelque sympathie pour leurs vainqueurs ; ils se distinguèrent toujours, depuis, par leur docilité.
Les renseignements que l'on a sur ce peuple les représentent comme étant de couleur bronzée, forts, robustes, d'une taille moyenne, se distinguant surtout par leur agilité, faisant, dit-on (?) 40 à 50 lieues en 24 heures ; quant au moral, un auteur dit en parlant d'eux, qu'ils étaient de bon entendement et de bon conseil.
Le Jésuite N&ial Lombardo a écrit, sur la langue Opata, une grammaire et un dictionnaire, Mexico, 1702. Dans, le MitbridateSy il n'y a d'autre trace de cet idiome que l'insertion du Pater, sans traduction.
Le Tarabumar. — Le Tar-ahumar se parle dans la partie occidentale de l'Etat de Ghihuahua connue sous le nom de Tarabumara, qui se divise en haute ou basse. Il confine, à l'ouest, avec la Sonora ; à l'est, avec le Nouveau Mexique, dont il est séparé par le Rio Grande ; et au sud-ouest, avec le Sinaloa. Cette langue est aussi en usage dans urïe partie des Etats de Sonora et de Durango.
La nation Tarabumara îut découYevie en 1614 par le jésuite Juàn de Fonte, originaire de Catalogne.
Les Tarabumaras habitaient les cavernes de leurs montagnes, ils se vêtissaient d'une toile grossière d'aloës tissée par leurs femmes ; leur religion était l'idolâtrie ; en im mot, ils vivaient entièrement à l'état sauvage. La douceur de leur caractère permit de les réduire facilement, ils vécurent heureux et tranquilles sous la domination des Espagnols. Lorsque l'indépendance du Mexique eut été proclamée, les Tarabumaras furent admis aux droits de concitoyens ; cependant ils n'étaient guère avancés en civilisation ; ils conservèrent leurs anciennes coutumes, ne*se mêlant pas avec les blancs,
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mais vivant en paix avec eux. Leur nombre actuel est d'environ 25 à 80,000 âmes.
Il paraît que le mot Talahumali ou Tarahumàri^ signifie
mot à mot coureur à pied, de lala ou tara, pied, et huma
courir ; ce nom fait allusion à certaine coutume dés Tarahu-
* maras qui est de courir avec une grande légèreté en poussant
du pied une boule de bois.
Le sBul ouvrage qui ait été imprimé sur le Tarahumar, est un Manuel grammatical avec discours et exercices par le P. Fr, Miguel Tellecha, Mexico 1826; on cite bien d'autres ouvrages, mais ils sont restés manuscrits, ou ils sont perdus ; quant au dictionnaire de Stoffel, on n'en connaît Texistence que par le Pater du Mithriddtes, qui donne quelques renseignements sur le Tarahumar.
Le Pima ou Névome, — La langue Pima est parlée par la tribu de ce nom, qui habite deux points de TEtat de Sonora connus sous le nom de Haute Pimeria et de Basse Pîmeria; la première se trouve au nord-ouest, près de la frontière, et la seconde^ au centre même de TEtat.
I-.e nombre desPimas est d'environ 5,000 individus, la plupart agriculteurs. Ils ont le caractère doux et pacifique, leurs mœurs, leurs coutumes sont celles des Opatas.
On connaît sur leur idiome : une Grammaire, par le P. Olin de Olihano ; un Vocabulaire par Sedelmeyer ; une Grammaire par Pfefiferkorn, de laquelle Vater a extrait la notice qu'il a donnée dans le Mithridates ; et encore une Grammaire avec Doctrine Chrétienne et Gonfessionnaire, écrits par un père de la Compagnie de Jésus, récemment publiée par Smith, en 1862, à New-York.
Le Pima se subdivise en différents dialectes, parmi lesquels la grammaire signale : le Tecoripa, et le Sabagui,
Le mot Pima est une négation, il signifie non; il est difficile de deviner pourquoi on le considère comme un idiome particulier.
Parmi les Dialectes qui se rattachent à cette famille nous
citerons VEudève, le Tepebuar, le Cabita, le Cbora, le Tubar, le Papago, dont nous dirons quelques mots.
VEudèvey Hevç ou Dobema, se parlait dans la Sonora ; il paraitrait qu'aujourd'hui il n'en reste aucune trace. Quant à l'origine, aux coutumes, au caractère des Eudèves, on peut consulter ce que nous venons de dire des Opatas avec lesquels ils avaient une grande analogie.
Le seul ouvrage que l'on connaisse sur cette langue est intitulé : a Grammatical Sketcb ot the Heve Language translated from an unpublisbed spanish manuscript, by Bucking^ bam Smitb, New- York, 1861,
Dans le MitbridateSy il n'y a d'autre trace de l'Eudève que l'insertion du Pater emprunté à Hervas.
On ignore ce que signifient les mots Eudève et Hève ; Doberna est une corruption de Dobeme, qui veut dire, Homme, Village, Nation.
Le Tepebuan, — Les Indiens Tepebnanèques, qui formaient une nombreuse tribu, habitaient dans l'ancienne province de la Nouvelle Biscaye.
La région Tepehuanèque, dit le P. Alègre, dans son histoire de la Compagnie de Jésus, s'étendait depuis les hauteurs de Guadiana, à un peu moins du 25® degré, jusqu'au ^7« degré de latitude septentrionale. Ses villages commençaient à 20 lieues de la capitale de la Nouvelle Biscaye, vers le nord-ouest de Santiago de Papasquiaro. Au nord, elle confine à la province de Tarahumara ; au sud, à celle de Ghiamatlan et à la côte du golfe de Californie ; à l'orient, aux sables et aux tribus voisines de la lagune de San-Pedro ; et à l'ouest, à la Sierra Madré de Topia qui la sépare de cette province et de celle de Sinaloa.
Les Espagnols s'établirent, sans éprouver de résistance, parmi les Tepehuanèques ; le Jésuite Geronimo Ramirez fut le premier qui les catéchisa et les convertit à la foi chrétienne en 1596 ; il fonda même les pueblos de Santiago et de Santa Catalina. Les Missions progressèrent de jour en jour,
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jusqu'à Tannée 1616, époque à laquelle eut lieu le fameux soulèvement des Tépehuanèques qui se révoltèrent subitement contre les Espagnols, incendiant et tuant sans pitié ; presque tous les missionnaires périrent alors. On raconte que les Tépehuanèques au nombre de 25,000, après avoir désolé une grande partie du pays, se dirigèrent sur la ville de Durango. Le gouverneur à la tête d*un millier d'hommes sortit à la rencontre des Indiens, les combattit avec toute la valeur et l'énergie du désespoir, les mit en déroute, et leur fit perdre 15,000 hommes. Ils se réfugièrent alors dans les montagnes, cessant d'exister comme nation ; aujourd'hui à peine en restet-il quelques misérables débris.
Les Tépehuanèques furent une des tribus les plus vaillantes d!e cette région, s'estimant supérieurs à ceux avec lesquels ils étaient en guerre, particulièrement aux Acaxacs, aux Tarahumaras, qu'ils Unirent par décourager.
Ils vivaient dans des cabanes, au milieu des rochers et des bois. Ils faisaient leurs huttes en branchages, quelquefois en pierre et en argile avec un cefrtain ordre et propreté. Leurs vêtements étaient de laine et de coton. Les missionnaires assurent qu'ils avaient une certaine capacité et une bonne mémoire.
Le mot Tepebuan serait, selon quelques auteurs, mexicain, il viendrait du mot Tepehuani, conquérant ; selon d'autres, il se composerait de Tepetl, montagne, et bua, désinence qui en mexicain indique la possession ; comme qui dirait, Je Seigneur el le Maître de la Montagne; d'autres encore, peutêtre avec plus d'exactitude disent que Tepehuan est un mot Tarahumara, dérivé de pehua ou paguay qui signifie dur, énergique, ce qui s'accorde avec le caractère de la nation.
Parmi les auteurs qui ont écrit sur l'idiome Tepehuan, il faut citer le P. Juan de Fonte^ auteur d'une méthode et d'un vocabulaire ; Fr, José Fornandez, idem, Thomas de Guadalaxara et Geronimo Figueroa, auteurs de Grammaires, de Dictionnaires, de Catéchismes et de Gonfessionnaires.
On ne trouve rien sur le Tepehuan dans la Mithridates.
Le Cahita, — La langue Gahita se divise en trois dialectes : le Yaquiy le Maj^o et le Tehueco, Sur les bords des rivières qui portent les deux premiers noms habitent les peuples qui parlent le Mayo et le Yaqui. Les Tehuèques, dit le P. Alègre, dans son Histoire de la Compagnie de Jésus, habitaient les bords du Rio del fuerte dans le Sinaloa, et il ajoute que les plus orientaux et les plus voisins des sources du fleuve sont les Sinaloas ; à six lieues de leur dernier village vers le sud sont les Tehuèques.
Les mœurs et Thistoire des Mayos et des Yaquis sont les mêmes que celles des Opatasde la Sonora.
Si les Opatas, depuis la conquête sont restés les fidèles amis des blancs, les Yaquis et les Mayos ne leur ont, au contraire, toujours témoigné que défiance et mauvais vouloir ; ils ont toujours pris une part active aux révoltes contre les Espagnols. L'aspect physique des Yaquis et des Mayos est le même que celui des Opatas. Ceux qui ont visité ces tribus disent qu'ils sont naturellement gais et amis des plaisirs ; qu'ils font preuve de beaucoup de talents naturels, et qu'ils apportent un concours utile aux blancs dans les travaux des mines, de l'agriculture, etc., etc., que, néanmoins, ils vivent à l'écart de ces derniers, avec des chefs qui leur sont propres.
Les Tehuèques furent visités pour la première fois, en 1606, par les missionnaires Pedro Mendez et Cristobal de Villalto^ et quoiqu'ils pussent mettre jusqu'à 5,500 hommes sur pied, ils se soumirent volontairement aux Espagnols qui fondèrent dans leur pays des villages, des églises, et régularisèrent leur gouvernement. Néanmoins, avec le temps, les Tehuèques ne tardèrent pas à se soulever, au point de chasser le père Mendez. Depuis, ils ont couru la même fortune que les Yaquis et les autres tribus du nord du Mexique.
L'idiome Gahita a été étudié dans une grammaire et un dictionnaire composés par un père de la Compagnie de Jésus,
Mexico, 1737. 11 existe également un Catéchisme et un Confessionnaire en cette langue.
Le Mithridates ne renferme qu'un exemple du Pater, en langue Yaqui.
Le Cora, Chora ou Chola. — Cet idiome se parle dans la Sierra de Nayarit, faisant partie de l'Etat de Jalisco.
On ne sait pas depuis quand les Coras habitaient ces montagnes, mais on croit qu'ils y vivaient déjà au temps de l'arrivée des Mexicains, et que pour se défendre contre ceuxci, ils creusèrent une tranchée de plus de deux lieues.
11 paraîtrait que ce ne fut qu'en 1616 que parvint la- première nouvelle que la Sierra de Nayarit était habitée ; mais cinq années se passèrent avant que ses habitants fussent soumis, parce que les montagnes et leurs défilés assuraient aux Coras une défense facile.
Un des événements les plus importants de la conquête de la Sierra de Nayarit est le voyage que fît à Mexico le grand prêtre des Coras, au temps du marquis de Valero, pour se soumettre au roi d'Espagne. Tous les points de cette soumission se réglèrent facilement à l'exception de l'imposition du Catholicisme qui ne piit être agréé par le prêtre indien, ce qui fut cause qu'il se sépara des Espagnols.
Ce furent les Jésuites qui au point de vue spirituel se chargèrent de conquérir les Coras ou Nayaritas, dont la rehgion était l'idôlatrie. Le soleil était une de leurs divinités, ils l'appelaient tayaoppa, c'est-à-dire Notre-Père,
On ne connaît sur l'idiome Gora, qu'un Vocabulaire, par le P. José Ortèffa, Mexico 1732, précédé de quelques notes aussi courtes qu'incomplètes.
L'idiome Cora est compris dans le Mithridates,
Le Tubar. — Cet idiome est parlé par les Tubares et les Tintis, dans le Chihuahua, dans le district de Mina on n'en sait que peu de chose. — Quant au Papayo, c'est l'idiome que parlent, dans une partie de la Sonera, les Papayes, Papahotasy Papabotas, ou Papalotes.