‹ Tableau gographique de la vgtation primitive dans la Province de Minas GeraesChapitre 1 sur 2 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Coïncidence de la constitution physique avec les diverses sortes de végétation.

A l'exception de quelques sommets élevés, il n'est peut-être pas en Allemagne, en Angleterre,

(1) Des fragmens de ce tableau sont tirés des doux relations de voyage publiées par l'auteur et intitulées : Voyage dans les province de Rio de Janeiro et Minas Geraes — Voyage - dans le District des Diamans et sur le littoral du Brésil (à Paris, cher Gide); ainsi que de la troisième relation déjà en partie rédigée, qui comprendra le côté occidental ou la province de Minas Geraes , celles de Goyaz, de St. -Paul et Ste. -Catherine.

CD l

en France , un seul coin de terre qui n'ait été bouleversé mille et mille fois , et partout la végétation primitive (i) a disparu. Les sombres forêts où le druide célébrait ses mystères ont fait place à de fertiles moissons; les coteaux sur lesquels croissaient sans doute des buissons épineux, se sont revêtus de vignes taillées avec soin , et des marais fangeux où naissaient en liberté les Nénuphars, d'obscures Nayades, des Scirpes et des Joncs offrent aujourd'hui des carrés de légumes symétriquement rangés. Nos bois mêmes, coupés à des intervalles réglés, sont devenus notre ouvrage, et nos prairies, sans cesse retournées par la main de l'homme, sont aussi artificielles que les pâturages auxquels il nous a plu de donner plus particulièrement ce nom. Au milieu de tant de changemens , combien d'espèces ont disparu! combien d'autres se sont introduites avec nos plantes potagères ou avec nos céréales, et, étrangères comme elles , passent aujourd'hui pour indigènes! Cependant si Ton excepte quelques faits de détail, l'histoire des changemens de la végétation européenne restera toujours inconnue, parce qu'on n'a point observé les faits dont la série composerait cette histoire (*j).

(1) Par végétation primitive, j'entends celle qui n a été modifiée par aucun des travaux de l'homme.

(2) Il est clair que les événcmens qui ont dû occasion©!' les modifications les plus notables dans la végétation de la

Une vaste portion de F Amérique brésilienne a déjà changé de face; une grande fougère ( Pteris caudala), la Graminée appelée Sapé (Saccharum Sapé , Aug. S. Hil.), remplacent des forets gigantesques, et, dans des espaces immenses, tous les végétaux semblent fuir devant le Capim godura (Melinis minutiflorà). Des plantes de l'Europe, de l'Afrique (i) et de l'Amérique du nord semblent

France sont : i° la fondation de Marseille par les Phocéens ; 2° la conquête de Juies-César ; 3° les grands encouragemens donnés à la culture de la vigne par l'empereur Probus; 4° la création de certains ordres religieux, et les immenses défrichemens qui en ont été la suite ; 5° les croisades; 6° la découverte de l'Amérique ; 70 les encouragemens donnés à l'agriculture par Henri TV et Sully ; 8° enfin la révolution, qui a conduit une foule d'hommes éclairés à s'occuper de la culture des terres, et qui, par le partage des biens communaux et la division des grandes propriétés ,a amené de nouveaux défrichemens.

(1) JJHcrva de S. Caelano. Cette plante, dit l'abbé Manoel Ayresde Cazal [Corog. Braz., T, io3), a été transplantée de la côte de Guinée au Brésil. Dans son pays natal, elle porte le nom Nhezikem ; mais, comme les premiers Brésiliens qui la reçurent, la plantèrent auprès d'une chapelle consacrée à S. Gaétan, elle prit de là le nom ftHerva de S. Coetano. On l'emploie, dit le même écrivain, dans divers remèdes domestiques , et on assure qu'elle augmente l'effet ordinaire du savon. J'ai comparé YHeri'a de S. Caelano avec le Momordica Sencgalcnsis Lam. , rapporté du Sénégal par M. Perrottet , et je me suis convaincu de la parfaite identité des denx plantes. T/ès-

suivre les pas de l'homme et se répandre avec lui; d'autres s'introduiront probablement encore, et, à mesure que notre race s'étendra sur la terre des Indiens ,1a végétation primitive disparaîtra comme

pèce d'Afrique , aujourd'hui devenue également brésilienne, a été bien décrite par l'illustre Lamarck ( /}*«/. IV, 239); cependant les échantillons que j'ai sous les yeux ne sont pas plus velus que ceux du Momordica charancias ; leurs feuilles ne me paraissent pas plus petites que celles de cette espèce, et enfin leur bractée n'est pas pointue. Dans les échantillons de M. Perrottet, ni dans les miens, les feuilles ne eont pas non plus rudes au toucher en dessus et en dessous, comme M. Sprcngel le dit (Sysl. III, i5) du Mom. Sencgalensis. Ce ne serait pas ici le lieu de donner de cette plante une description détaillée; mais je tâcherai de la distinguer par une phrase plus caractéristique que celles des auteurs qui m'ont précédé :

Momordica Scnegaleniss ; foliis profundè palmatis , 5-7-lobis, subpedatis, grosse remotèque serratis; bracteâ integerrimâ paulô supra basira pcdunculi ; pctaîis caducis; fructibus ovato-nrucronatis, tuberculalis.

Momordica Senegalensis Lam., Dict. IV, ï?3g. — Scr. in DC, Prod, III, 01 1. — Spreng., Syst., III, jo.

Nliezikem apud Guinerc incolas; lusitanicè, Hcrva de S. Caelano.

# In Senegala, Guineâ sponlè nascitur ; mine in Brasilia intermedià apud domos vulgatissima.

Obs. Il paraît que le mot Nliezikem est, dans certaines parties de l'Afrique une sorte de nom générique; car dans l'herbier de Burmann, que le Banks français, M. Benjamin Delessert, communique aux botanistes avec tant de générosité, ce nom se trouve attaché, avec un léger changement [Nezxkm\ à une autre espèce de Momordica.

eux. Il est important de constater ce qu'est cette végétation si brillante et si variée, avant qu'elle soit détruite; aussi, dans mes divers ouvrages, ai-je souvent donné sur ce sujet des détails qui, s'ils ne sont pas aujourd'hui sans intérêt, deviendront bien plus intéressans encore, lorsqu'il faudra les considérer comme appartenant uniquement à l'histoire de notre globe et à celle de la géographie botanique.

Les différences de la végétation primitive sont tellement sensibles dans la province des Mines qu'elles ont frappé les hommes les plus rustiques , et qu'ils les ont désignées par des noms particuliers. Je ferai bientôt connaître ces différences avec détail ; mais auparavant j'en présenterai , dans un seul cadre, le tableau succinct, etje suivrai la classification même quien a été faite par les habitans du pays.

Toute la contrée se distingue en matos , bois, et campos, pays découverts. Ou les bois appartiennent à la végétation primitive, ou ils sont le résultat du travail des hommes. Les premiers sont les forêts vierges ( matos virgens) ; les catingas dont la végétation est moins vigoureuse que celle de ces dernières, et qui perdent leurs feuilles tous les ans; les carrascos, espèce de forêts naines , composées d'arbrisseaux de trois ou quatre pieds rapprochés les uns des autres ; enfin les carrasquenos (i) qui, plus

(i) Le mot de carresqueno a souvent une autre signifiea-

élevés que les carrascos^ forment une sorte transition entre eux et les catingas. C'est encore à la végétation primitive qu'il faut rapporter les capoes, bois qui s'élèvent dans les fonds entourés de tous les cotés par des campos. Quant aux bois dus, au moins d'une manière médiate, aux travaux des hommes, ce sont les capoeiras qui succèdent aux plantations faites dans des forêts vierges, et les capoeiroës qui peu à peu remplacent les capoeiras , lorsqu'on est un certain temps sans couper ces dernières.

Le mot campo indique un terrain couvert, d'herbes, ou si l'on veut , tout ce qui n'appartient à aucune des espèces de bois que j'ai fait connaître tout à l'heure. Le campo est naturel {campo nalural), quand il n'a jamais offert de forêts; il est au contraire artificiel (artifîcial), lorsque des herbes ont succédé aux bois détruits par les hommes. Souvent on voit, dans les campos naturels, des arbres tortueux, rabougris , épars ça et là; mais cette modification n'empêche pas les terrains qui la présentent de conserver leur nom de campos.

On sent , au reste , que toutes ces expressions ne sauraient être parfaitement rigoureuses, puisque les différences qu'elles indiquent se nuancent entre elles

tion, et désigne, dans les pays de bois, les arbrisseaux qui succèdent aux foi nature inférieure.

succèdent aux forêts vierges nées dans un terrain d'une

par des dégradations insensibles. Il est des bois que personne n'hésitera à appeler mato virgem ou catinga; mais il n'existe point de limites bien fixes entre les bois vierges et les catingas , celles-ci et les carrascos, et enfin entre ces derniers et les véritables campos.

Pour faire voir quelles sont les coïncidences de ces diverses sortes de végétation avec la constitution physique de la province des Mines, il sera bon , je crois, de jeter sur l'ensemble de cette constitution un coup (Fœil rapide.

La province de Minas Geraes, située entre les i3° et 23° $17' lat. sud, et entre les 328° et 336° long., est partagée, dans sa longueur, en deux portions très inégales, par une immense chaîne de montagnes (Serra do Espinhaço Eschw. ) qui s'étend du sud au nord, donne naissance à une foule de rivières, divise les eaux du Rio Doce et du S. Francisco, et dont les pics les plus élevés atteignent environ 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Entre celte chaîne et celle qui, comme l'on sait, se prolonge parallèlement à l'océan, dans une grande partie du Brésil, s'étendent d'autres montagnes. Celles-ci laissent au milieu d'elles de profondes vallées , et elles forment, si je puis m'exprimer ainsi, une sorte de réseau.

Par ce qui précède, on voit que tout le côté oriental de la province des Mines est en général ex- * reniement montagneux; mais il n'en est pas de

îïiême du côté occidental. Là des collines, ou même de simples ondulations succèdent aux montagnes, et ta terrain s'abaisse peu à peu jusqu'au Rio de S. Fran» cisco. À l'ouest de celui-ci , le sol s'élève pour la seconde fois (i), et l'on arrive à une nouvelle chaîne que je crois beaucoup moins haute que la première et que j'appelle Serra do S. Francisco e da Paranahyha, parce qu'elle divise les eaux de ces deux rivières.

La Serra da Canastra ou le S. Francisco prend naissance, les Serras do Urubu, da Marcella,d'Indaiâ, d'Abaité font partie de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba. Cette chaîne ne s'arrête point où commencent les premiers affluens du Paranahyba ; après avoir rencontré une autre chaîne qui va transversalement de l'ouest à l'est, la Serra da Paranahyba e dos Tucantins, elle se prolonge bien davantage vers le nord pour diviser les eaux du S. Francisco de celles du Riodos Tucantins, et là, pour cette raison, elle doit porter le nom de Serra do S. Francisco e dos Tucantins (2).

(1) Voyez mon introduction à {'Histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay ; à Paris, chez Belin; et l'ouvrage de M. d'Eschwegc, intitulé : Brasilien die Neuc TVelt, I, 164.

(2) Je donnerai des détails sur les Serras do S. Francisco s da Paranahyba, do S. Francisco e dos Tucantins, da Paranahyba e dos Tucantins et sur futilité de ces noms, dans ma troisième relation encore inédite , et probablement dans les Nouvelles Annales des Voyages.

Des pics très remarquables par leur hauteur existent dans toute l'étendue de la grande chaîne ou Serra do Espinhaço; mais je crois que, considérée dans son ensemble, la comarca (i) du Rio das Mortes, la plus méridionale des cinq qui composent la province des Mines, en est aussi la plus élevée. En effet , c'est dans cette comarca que le Rio de S. Francisco prend naissance, et que commencent à couler ses premiers affluens; c'est là que sout les sources du Rio Preto, affluent du Parahybuna, et le Jaguarhy qui se jette dans le Tietc ; là enfin naissent les affluens du fameux Rio Grande, et ce dernier fleuve lui-même qui, uni au Paranahyba, au Paraguay et à l'Uruguay, finit par devenir le Rio de la Plata.

En partageant la province des Mines en deux parties, l'une très montagneuse, et l'autre simplement ondulée, la Serra do Espinhaço la divise aussi en deux zones ou régions végétales également très distinctes; à l'orient celle des forêts, et à l'occident celle des pâturages ou campos ; régions qui , parallèles à la chaîne , s'étendent comme elle, dans le sens des méridiens. Il y a plus : cette même cordillère sépare la province des Mines en deux régions zoologiques presque aussi distinctes que les régions végétales. Les plantes des campos, n'étant pas les

(i)Les comarcas sont au Brésil les divisions premières des provinces.

mêmes que celles des bois , ne sauraient nourrir les animaux qu'on a coutume de voir au milieu des forêts, et d'ailleurs il y a trop de fixité dans les habitudes et les mœurs des animaux pour que les mêmes espèces puissent vivre également dans des pays qui, quoique contigus , présentent de si grandes différences.

Le versant oriental de la cordillère elle-même est, je crois, dans la plus grande partie de son étendue, couvert de forêts, comme le pays voisin. Mais il est à observer qu'au nord de la chaîne , les campos s'étendent jusque sur ce versant, tandis qu'au midi au contraire ce sont les forêts qui débordent sur le versant occidental , comme j'ai pu m'en convaincre, en me rendant de Sabarà à la capitale de la province des Mines, et en parcourant la comarca de S. Joào d'El Rey : espèce de croisement qui s'explique, ce me semble, par l'humidité qui règne au midi du versant.

Quant aux points culminansde la chaîne, tels que les Serras do Papagaio, da Ibitipoca , do Caraça (i), d'Itamhé, da Lapa, da S. Antonio, près Congonhas da Serra, do Serro do Frio et de Curmatahy, ils présentent généralement de petits plateaux couverts de pâturages herbeux. C'est là que l'on trouve la végétation la plus curieuse et la plus variée qu'offre

(i) C'est par erreur qu'il a été imprimé Serra da Caraco dans ma première relation de voyage.

le Brésil méridional; c'est là que croissent , entre autres, ces charmantes Mélastomées à petites feuilles dont j'ai fait le premier connaître les formes élégantes dans la dernière livraison de la magnifique Monographie de l'illustre Humboldt(i).

Ce ne sont pas seulement les deux grandes régions végétales des bois et des campos qui sont renfermées dans des limites à peu près certaines; les nuances que présentent ces régions n'en ont pas de beaucoup moins précises.

J'ai dit plus haut que l'on observait dans la province des Mines trois sortes de bois, les forets proprement dites, les catingas qui, moins rigoureuses, perdent leurs feuilles chaque année, et enfin les carrascos , espèce de forets naines. Depuis les limites de la province de Rio de Janeiro par le ii° lat. sud, jusqu'au termo de Minas Novas, ou, si l'on aime mieux, jusqu'aux sources de l'Arassuahy par le i8°, s'étendent des bois vierges proprement dits. Plus loin, le pays fort élevé, mais en même temps peu montagneux, ne donne plus naissance qu'à des carrascos. Enfin vers le 170 3o', en tirant du côté de l'est , ou , si l'on veut , vers les villages de Sucuriû et de S. Domingos, le sol s'abaisse, la température devient très chaude , la terre grisâtre et légère

(1) Monographie des Mélastomées et autres genres du même ordre, par Humboldt et Bonpland , continuée par Kuntk. Chez Gide.

offre un mélange d'humus et d'un peu de sable, et l'on voit paraître des catingas.

Du côté du sud-est, ces deux sous-régions sont encadrées, un peu en-deçà des limites de la province, par une ligne de forêts qui servent d'asile aux Botocudos et qui s'étendent, dans les provinces d'EspiritoSanto et dosllheos, jusqu'au bord de la mer. Quant aux limites septentrionales du pays des carrascos et de celui des catingas , les diverses directions que j'ai suivies dans mes voyages, ne m'ont pas permis de les observer ; mais la relation de l'excursion si pénible que M. le prince Maximilien de Neuwied fît de la ville dos Ilheospar le i3° \ lat. sud, jusqu'aux frontières de la province des Mines, prouve que les deux régions continuent a s'étendre hors de cette dernière province, dans le sens des méridiens (1).

De tout ceci il résulte que, si, partant du petit port de Belmonte par le i5° 3o' environ, on se dirigeait verslesud-ouest , on traverserait les quatre régions ou sous régions végétales qui s'observent dans la province des Mines. L'on passerait successif veinent des forets aux catingas, de celles-ci aux cairascos, des carrascos aux campos ; et il est à observer que ces régions forment ainsi, dans le sens de l'équateur, une sorte d'échelle où l'ensemble des végétaux diminue graduellement de hauteur, peut—

(1) Voyage Brés., trad. Eyr., III, p. i et suiv.

être parce que l'humidité du sol et de l'atmosphère éprouve également une diminution graduelle. Quand M. le prince deNeuwied, suivant aussi à peu près la direction du sud-ouest, quitta la côte à environ un degré nord de Belmonte, pour gagner le Désert du S. Francisco , il trouva également des forets vierges, des calingas , des carrascos et des campos, et il serait curieux de savoir sous combien de degrés de latitude on rencontrerait la même échelle de régions végétales.

Comme la zone des forêts se divise en plusieurs sous-régions, de même aussi l'on en observe deux bien distinctes dans la zone des campos , qui tantôt ne présente, ainsi qu'on l'a déjà vu, que des herbes et des sous-arbrisseaux (taboleiros descobertos), et offre tantôt ça et là, au milieu des pâturages, des arbres tortueux et rabougris {taboleiros cobertos.)

Les deux sous régions dans lesquelles se partagent les campos n'ont peut-être pas des limites aussi précises que celles des trois sous-régions dont l'ensemble compose la zone des forets. Cependant on peut établir que les parties les plus élevées de la zone des campos sont uniquement couvertes de pacages herbeux, et que, dans les parties les plus basses, les pâturages sont parsemés d'arbres. Ainsi je n'ai trouvé que des campos formés d'herbes et de sous-arbrisseaux dans une immense portion de la comarca de S. Joao d'El Rey, la plus haute de toutes, et ce sont encore des pâturages de même

nature que j'ai revus partout, en traversant presque au pied de la grande chaîne, le pays fort élevé qui, à l'ouest de la même chaîne, s'étend de Caeté ou Villa Nova da Rainha aux limites du territoire de S. Joâo d'El Rey. Au contraire, j'ai trouvé beaucoup de pâturages parsemés d'arbres rabougris sur le territoire de la camarca deParacatii; c'est le genre de végétation que j'ai constamment observé dans les i5o lieues portugaises que j'ai parcourues au milieu du Sertâo ou Désert , à peu près entre les \l\ et 18 degrés de latitude sud, dans une espace où le S. Francisco est déjà for! éloigné de sa source; et , dans cet espace, les pâturages parsemés d'arbres tortueux s'étendent jusqu'au pied de la chaîne, du moins, si j'en puis juger par ce que j'ai observé sur deux points différens. De tout ceci, il résulte que la sous-région , plus méridionale, des campos simplement herbeux ou taboleiros descobertos , correspond particulièrement à celle des forêts proprement dites, ou, si l'on aime mieux, que ces sous-régions sont plus particulièrement comprises entre les mêmes parallèles, et que la sous-région plus septentrionale des campos parsemés d'arbres rabougris ( taboleiros cobertos ) correspond davantage à celle des carrascos et des catingas.

D'après ce qui précède, il ne faudrait pas croire que, dans la région des campos, il n'existe point de boi?. Si au milieu des terrains découverts et simplement ondulés de cette immense région, il se trouve une

vallée humide et profonde , s'il existe quelque enfoncement sur le penchant d'un morne, on peut être assuré d'y trouver une réunion d'arbres. Ces petites forêts qui forment comme autant d'oasis au milieu des campas s'appellent, comme je l'ai dit ailleurs, capoës du mot caapoam, qui, dans la langue significative des Indiens, veut dire une île, et c'est uniquement là que les Mineiros forment leurs plantations, fidèles à ce défectueux système d'agriculture qui ne leur permet pas de rien semer ailleurs qu'au milieu de la cendre des arbres (1).

Si la constitution physique de la province des Mines a une si grande influence sur la nature de sa végétation primitive , on doit croire quelle en a également sur celle qui résulté des travaux de l'homme, et que l'on peut appeler artificielle. La partie de la province située a l'orient de la grande chaîne n'est plus, comme autrefois, entièrement couverte de forêts. Là se trouvaient des terrains aurifères d'une étonnanle richesse; une population nombreuse s'y précipita, et l'on incendia les bois, soit uniquement pour éclaircir le pays, soit pour y faire des plantations. Lorsque dans cette contrée , on coupe une forêt vierge ('2) et qu'on y met le feu,

(1) Voyez mon Mémoire sur le système d'agriculture adopté

par les Brésiliens, et les résultats qu'il a eus dans la province de

Minas Geraes, clans les Mém. du Muséum, vol. XIV, p. 85.

(2) Voyez mon Introduction à V Histoire des Plantes les plus

remarquables du Brésil et du Paraguay. A Paris, chez Bel in.

Il succède aux végétaux gigantesques qui la compo» saient, un bois formé d'espèces entièrement différentes , et beaucoup moins vigoureuses; si l'on brûle plusieurs fois ces bois nouveaux pour faire quelques plantations au milieu de leurs cendres , bientôt on y voit naître une très grande fougère ( Fteris caudata); enfin au bout de très peu de temps f les arbres et les arbrisseaux ont disparu, et le terrain se trouve entièrement occupé par une Graminée visqueuse , grisâtre et fétide qui souffre à peine quelques plantes communes au milieu de ses tiges serrées , et qu'on appelle Capim gordura (l'herbe à la graisse, Melinis minutiflora ou Tristegis glutinosa des botanistes).

Dans les environs de la capitale des Mines , et entre cette dernière et Villa do Principe, le voyageur ne découvre plus que des campagnes de Capim gordura , où s'élevaient naguère des arbres majestueux entrelacés de lianes élégantes. La région des forêts embrasse donc aujourd'hui de vastes pâturages; mais ceux-ci, par la nature même de leur végétation , indiquent d'une manière certaine la place des forêts détruites. Au milieu des campos des environs de la ville de Paracatii, et peut-être dans ceux de quelques autres parties de la province des Mines également situées à l'ouest du Rio de S. Francisco , le Capim gordura s'empare des terrains autrefois boisés, lorsqu'on ne les laisse pas reposer assez longtemps ou que le feu y prend par hasard ; mais là cette Graminée peut être facilement détruite, et

comme elle ne paraît qu'où il y avait des bois, et que ceux-ci ne sont que des capoës de peu d'étendue elle ne forme jamais d'immenses pâturages. D'ailleurs entre la grande chaîne et le Rio de S. Francisco, on ne voit ni la grande fougère [Pteris caudaûa), ni le Capim gordura se rendre maître des terres défrichées, et par conséquent l'on peut dire que la chaîne est la limite de ces plantes, comme elle est celle des bois qu'elles ont remplacés.

Du côté du nord , je n'ai point trouvé le Capim gordura au-delà du 17° l\o' latitude sud ou environ. Cette plante ambitieuse n'est pas naturelle à la province des Mines; elle s'y est répandue sur les traces de l'homme, et il sera curieux de rechercher dans quelques années, si elle a fait des progrès vers le nord, ou si elle s'est définitivement arrêtée au point que j'ai reconnu pour être sa limite actuelle. Je crois cependant qu'à cet égard on peut déjà former quelques conjectures assez plausibles. Il est à observer que la limite boréale du Capim gordura est en même temps celle des forets proprement dites; que, plus au septentrion, le pays, quoique fort élevé, ne présente plus, comme dans la sousrégion des forêts, de hautes montagnes séparées par des vallées étroites et profondes, et que là enfin commence la sous-région des carrascos.Ov, du coté de l'ouest, la Graminée dont il s'agit s'arrête avec les montagnes, et, comme on ne la trouve point au nord dans un pays qui n'est pas non plus montagneux ,

il est à croire qu'elle ne s'étendra pas davantage du coté du septentrion , et que ses véritables limites sont à jamais celles de la sous-région des forets.

Autrefois le Saccharum appelé Sapé {Saccharum Sapé, Aug. S. Hil.)(i), formait l'ensemble des pâturages dans les pays de bois vierges , et , en certains cantons, on le trouve encore avec abondance. C'est seulement depuis 45 à 5o ans que cette Graminée a cédé la place au Capim gordura qui fut apporté dans la province des Mines par un hasard singulier ou introduit comme fourrage (2). On a vu avec

(1) J'ai longuement décrit celte plante dans mon Voyage dans le district des Diamans et sur le littoral dit Brésil, vol.I, p. 368.

(2) Yoici ce que je dis ailleurs sur l'indigenat de celte plante, ce Dans un livre indispensable à ceux qui veulent <c connaître non seulement les Graminées brésiliennes, mais « encore celles des autres parties du globe , l'excellente a Aqrostologia de MM. Martius et Nées, on lit que je me ce suis trompé, quand j'ai écrit que le Capim gordura n'était « pas naturel à la province de Minas Geraes. Il est inconcc testable que je ne saurais démontrer qu'il y a été introce duit. Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai passé vingtce deux mois à parcourir les Mines, c'est-à-dire plus de la ce moitié du temps que MM. Spix et Martius ont consacré ce à leur magnifique voyage, et je ne me rappelle point ce avoir vu la plante dont il s'agit, ailleurs que dans ies lieux ce autrefois cultivés , les espaces où les bois ont été détruits, ce sur le bord des chemins et quelquefois à la halte des ce vovageurs. J'ai pris des notes extrêmement nombreuses te suj' les endroits où naît le Capim gordura, et je n'y trouve

quelle rapidité étonnante il s'est répandu ; cependant, lorsque la nature n'est contrariée par aucune circonstance, ce qui malheureusement n'est pas assez commun , elle finit par reprendre ses droits sur l'ambitieux étranger. Quand les bestiaux n'approchent point du Capiin gordurcii les vieilles tiges forment tôt ou tard une couche épaisse de plusieurs pieds qui empêche des tiges nouvelles de se développer. Alors de jeunes arbrisseaux commencent à se montrer; lorsqu'ils peuvent donner de l'ombrage, ils achèvent de détruire la Graminée, et, dans les bonnes terres, elle fait place, au bout de dix années,

« rien qui ne confirme mes souvenirs. À. Paracatd où n'a ce point été M. Martius, ainsi que dans les cantons qu'il a ce traversés, on considère le Cajiim gnrdura comme une escc pèce exotique, et les habitausde la ville quej© viens de cice ter ajoutent que ce Grarncn, primitivement apporté du terce ritoire espagnol, a été autrefois cultivé dans leurs environs ce comme fourrage. Il ne faut pas croire que ce soient des ce paysans grossiers qui seuls regardent le Capinx ^ordara ce comme exotique : cette opinion était partagée par M. José ce Texeira, vicomte deCaelé, homme fort éclairé, qui posséce dait quelques connaissances en histoire naturelle et avait ce composé un mémoire sur l'agriculture de son pays. Dans ce la province de Minas, dit M. Maitius, le Pieri's caudata ce se rend maître également des terrains jadis cultivés, et ce cependant on ne peut le considérer comme étranger au ce pays. Cela est parfaitement vrai ; mais de ce que le Piecc ris aquilina, indigène à la Sologne, y couvre les terrains ce en jachère, je ne conclurai pas que i' Erigeron Canaiense ce n'est point exotique, parce qu'il s'empare aussi de cercc taines terres autrefois en culture. » ^

^àces bois peu vigoureux et peu fournis qu'on nomme cipoeiras. Si l'on est long temps sans couper ces derniers, et que le bétail n'y pénètre point, des arbres finissent par faire disparaître les Baccharis et les autres arbrisseaux qui composent \e-capoeiraSjet de grands bois reparaissent.

Ainsi, pour retourner à sa vigueur primitive, la végétation passe en sens inverse , par les phases qui l'avaient réduite à ne plus offrir que d'humbles Graminées. Quant à ces successions de plantes qui n'ont aucun rapport les unes avec les autres et qui ressemblent a une suite de générations spontanées, elles sont sans doute difficiles à expliquer; mais en Europe même elles ne sont point sans exemple (1).

On voit par tout ce qui précède que les campos de Melinis minutiflora , triste résultat des destruc-

(j) Voyez Dureau de la Malle, Mêm. aller, dans les Annales se. nat. iTe série, vol. V. — Voici un fait que je puis ajouter aux observations de M. Dureau de la Malle. J'habitais souvent la terre de la Touche, commune de Donnery, près Orléans; j'y parcourais sans cesse un superbe bois de haute futaie, appelé le bois de la Boula, et j'en connaissais parfaitement la végétation. Ce bois fut coupé, et. aussitôt il y parut un très grand nombre de pieds cYEptlo' ium an-

ustifoh'umlj. (le Laurier de S. Antoine). Cependant, non seulement je n'avais jamais vu un seul individu de cette espèce dans le bois de la Boula, mais encore je ne l'avais point observée dans les alentours ; je ne l'avais même trouvée dans aucune partie de l'Orléanais, et elle n'est indiquée dans la Flore Orléanaisc de M. l'Abbé Dubois qu'en deux loflktés qui me sont inconnues.

tions causées paf le travail ou les caprices de l'homme, méritent a juste titre le nom de campos artificiels qu'on leur donne dans le pays même. Comparativement à ces derniers, les pâturages de la région des campos peuvent sans doute être appelés naturels; mais il n'en est pas moins vrai que, nécessairement aussi, ils ont dû être extrêmement modifiés par le travail de riiomme. En effet, dans cette partie de l'Amérique, comme dans beaucoup d'autres (i), les cultivateurs ont coutume de mettre chaque année le feu aux pâturages, afin de procurer aux bestiaux une herbe plus fraîche et plus tendre , et peut-être la province des Mines n'offrirait-elle pas une lieue carrée de campo naturel qui n'ait été plusieurs fois incendié. On sent qu'au milieu de tous ces brûlemens tant de fois répétés, il est difficile que plusieurs espèces annuelles n'aient pas entièrement disparu ; peut-être aussi quelques espèces grêles et délicates qui auraient été étouffées par les tiges amoncelées des espèces vigoureuses, ont-elles été préservés de la destruction par les incendies , et par conséquent les campos qu'on nomme aujourd'hui naturels ne sauraient être ce que furent jadis les campos réellement primitifs.

On ne peut sans doute s'assurer de ce fait par la

(1) L'incendie d'un pâturage dans l'Amérique du nord forme un épisode intéressant dans l'un des romans de Feniuioie Cooper.

comparaison ; mais il est facile de concevoir que les incendies répétés ont eu une très grande influence sur l'ensemble des espèces qui composent la végétation des campos naturels ; car, ainsi qu'on va le voir, un incendie seul suffit pour modifier de la manière la plus étrange les individus déjà existons. A peine l'herbe d'un campo naturel a-t-elleété brûlée, qu'au milieu des cendres noires dont la terre est couverte j il paraît ça et là des plantes naines dont les feuilles sont sessiles et mal développées et qui bientôt donnent des fleurs. Pendant long-temps , je l'avoue, j'ai cru que ces plantes étaient des espèces distincles, particulières aux queimadas ou campos récemment incendiés, comme d'autres espèces appartiennent exclusivement aux taillis qui remplacent les forêts vierges; mais un examen attentif m'a convaincu que ces prétendues espèces n'étaient autre chose que des individus avortés d'espèces naturelment beaucoup plus grandes et destinées à fleurir à une autre époque de l'année. Pendant la saison de la sécheresse, qui est celle de l'incendie des campos , la végétation de la plupart des plantes qui les composent , est, en quelque sorte, suspendue, et celles-ci n'offrent que des tiges languissantes ou desséchées. Cependant il doit arriver ici la même chose que dans nos climats; pendant cet intervalle de repos , les racines doivent se fortifier et se remplir de sucs destinés à alimenter des pousses nouvelles , comme on en voit un exemple frappant chez

la Colchique el chez nos Orchidées. L'incendie des tiges anciennes détermine le développement des germes cachés sous la terre; mais comme les nouvelles pousses paraissent avant le temps, et que les réservoirs de sucs destinés à les nourrir ne sont pas encore suffisamment remplis, les feuilles se développent mal ; le passage de celles-ci aux verticilles floraux se fait rapidement, et ces derniers mettent bientôt un terme à l'accroissement de la tige (i).

JXon-seulement nos plus faibles travaux influent sur la végétation de toutes les parties du globe; mais elle porte, pour ainsi dire, l'empreinte de nos pas, et, dans des lieux aujourd'hui inhabités, la nature a pris soin de conserver les preuves de la présence de l'homme. Des plantes s'attachent à lui; elles le suivent partout, et elles continuent à végéter quelque temps encore dans les campagnes qu'il a abandonnées. J'ai vu la halte accoutumée du voyageur indiquée dans les endroits les plus solitaires par des pieds touffus de Capim gordura. Lorsque je traversais les déserts qui s'étendent de Paracatu aux limites de Goyaz, j'aperçus avec étonnement, au milieu d'un pâturage uniquement parcouru par des cerfs, des chats sauvages et des seriemas, j'aperçus, dis-je, quelquesunes de ces plantes qui ne croissent ordinairement qu'autour de nos habitations; mais bientôt des débris

(i) Voyez l'introduction à mon Histoire des Plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.

Cachés sous l'herbe épaisse m'indiquèrent assez qu'une chétive demeure s'était élevée jadis dans ce lieu solitaire. C'est ainsi qu'autrefois M. Ramond , guidé en quelque sorte par un Chenopodium , arriva, dans les Pyrénées, à la cabane d'un pasteur.

Après avoir fait connaître les limites de la zone des campos et de celle des forêts , il ne sera pas inutile de rechercher quelles sont les causes qui déterminent, à l'orient de la grande chaîne, la présence des bois et à l'occident celles des pâturages.

Il est incontestable que la nature de la couche superficielle du sol a de l'influence sur la végétation de la province des Mines , et qu'en certains endroits, on voit paraître successivement des bois et des pâturages, suivant que la terre est fertile, ou qu'elle devient ferrugineuse , sablonneuse , ou pierreuse. Ainsi près d'Itambé, pays fort élevé, je vis, dans un petit espace, la végétation changer brusquement quatre fois de suite avec la nature du terrain; je la vis présenter des forêts, lorsque celui-ci était argileux, rouge et compacte, et des végétaux peu serrés, rabougris, très variés, quand la couche superficielle se composait d'un mélange de sable blanc et noir. Lorsque, voyageant dans la région des forets , entre Villa do Principe etPassanha, je passais sur le morne appelé Morro Pellado, tout à coup les grands bois disparurent à mes yeux , et il leur succéda de simples arbrisseaux, tels que des Cassin et des Mélastomées; alors le terrain était devenu fort sablon-

neux : il changea brusquement de nature, et, sans aucune transition, les grands bois se montrèrent avec une nouvelle pompe. Dans le pays élevé, mais simplement inégal, qui s'étend à l'ouest delà grande chaîne, entre Congonhas do Campo et S. Joao d'El Rey, la campagne offre des campos naturels parsemés de bouquets de bois : ceux-ci ont pris possession des terres les meilleures, et, s'il existe quelques intervalles sablonneux et caillouteux, c'est là que l'on est sûr de voir des pâturages. Du coté d'Araxâ, au milieu des déserts qui conduisent à Paracatii, la végétation devient d'autant plus vigoureuse que la terre est plus rouge, et des pâturages parsemés d'arbres rabougris ou simplement herbeux, coïncident avec les teintes plus ou moins foncées du sol.

Mais il est à remarquer que tous les changemens de végétation que je viens de signaler, et qui s'accordent si exactement avec d'autres changemens dans la couche superficielle du sol, se manifestent dans une même région et sur des surfaces d'une étendue peu considérable. Pour que la présence des forêts, d'un coté de la grande chaîne (Serra do Epinhaço\ et celle des campos, du côté opposé, fussent dues à des différences dans la nature du sol, il faudrait que la chaîne divisât la couche superficielle en deux zones, comme elle divise les végétaux en deux régions ; alors les sous régions végétales seraient déterminées sans doute par des nuances de

terrain constantes dans la même sous-région. Mais je ne crois pas qu'il en soit ainsi. La terre qui, à Minas Novasne produit que des carrascos, ressemble à celle qui, aux environs de Villa do Principe, fut autrefois couverte de bois vierges, et j'ai retrouvé, dans les campos du Sertâo, des terrains qui m'ont paru analogues à ceux où l'on voit naître ailleurs tantôt des carrascos et tantôt des forêts. Je crois donc que la nature proprement dite de la couche superficielle du sol n'a point eu d'influence sur le singulier partage de la province des Mines en deux grandes régions, celle des forêts et celle des campos. La véritable cause de l'absence des bois à l'ouest de la grande chaîne, me paraît être le défaut d'humidité et une différence dans les inégalités du sol. On a vu que, dans la sous-région des forêts, le pays présentait un réseau de montagnes, et que celui des campos était simplement ondulé. Quand les mornes sont fort hauts et terminés par des crêtes, lorsqu'ils sont séparés par des vallées étroites et profondes, ils s'abritent réciproquement, et l'effort des vents ne s'y fait point sentir; les ruisseaux, toujours multipliés dans ces terrains montagneux, contribuent à y développer la végétation, et elle est encore favorisée par les débris des troncs et des branchages sans cesse accumulés et réduits en terreau. Au contraire, lorsque le pays est simplement ondulé, que rien n'y arrête les vents, que la terre n'y est rafraîchie par aucun ruisseau, il ne serait pas pos-

sible que la végétation y eût une grande vigueur, quelle que fût d'ailleurs la bonté naturelle du sol. Dans le pays élevé de Minas Novas, situé, comme je l'ai dit, à l'est de la grande chaîne, la surface de la terre n'offre cependant pas de hau'.es montagnes; elle n'est pas non plus simplement ondulée; mais elle présente des mornes peu élevés séparés par des vallons. Les inégalités de ce pays sont par conséquent intermédiaires entre celles des contrées de bois vierges proprement dites, et celles si peu sensibles de la région des campos. Or, des nuances analogues se manifestent dans la végétation; car elle ne présente ici ni de simples pâturages comme la région des campos, ni des arbres gigantesques comme la sous-région des forets, mais ces bois nains qu'on nomme carrascos. Ce qui prouve encore la réalité des causes que j'assigne ici au partage des campos et des forêts, c'est que, si un morne couvert de carrascos ou de simples pâturages, offre sur ses pentes quelque enfoncement où l'humidité puisse se conserver et où les végétaux soient à l'abri des vents, on y trouve toujours des bois, et ceux-ci, dans la sous-région des carrascos, montrent d'autant plus de vigueur que les gorges sont plus profondes (1).

( i ) On paraît avoir cru que la végétation des divers bassins devait présenter de grandes différences. Cela est incontestable, si nous nous bornons à comparer le bassin montagneux

A la vérité, M. d'Eschwege a remarqué que la végétation était plus vigoureuse dans les terrains primitifs de la province des Mines que dans ceux dont la formation est plus récente; il a observé que des bois croissaient sur les montagnes de granit , de gneis, de scbiste micacé, de siénite, et que les pâturages naturels et les arbustes tortueux se rencontraient dans des terrains dont le fond se compose de schiste argileux, de grès et de fer. Mais, si les grandes différences de végétation qu'on observe dans la province des Mines coïncident avec des différences dans la constitution minéralogique du sol, il n'en est pas moins très vraisemblable que ce ne sont point celles-ci qui modifient l'ensemble des productions végétales. Déjà depuis long-temps M. de Candolle a montré (ï) que la nature minéralogique des divers terrains n'exerçait aucune influence sur la végétation, ou du moins quelle en exerçait peu, et les observations faites par M. d'Eschwege lui-même tendent à démontrer la vérité de cette opinion ; car, dans le voisinage du Rio de S. Francisco, près Formiga et Abaeté, ce savant a vu des terrains calcaires d'ancienne formation rester découverts en certains endroits, tandis qu'ailleurs ils produisent une végé-

du Rio Doce avec le bassin seulement inégal du S. Francisco ; mais il n'y a plus de différences entre ce dernier et celui du Paranahyba , tous les deux simplement ondulés.

(i) Die t. fies se. nat., vol. XVIII.

tation riche et d'épaisses forêts. Ce qui, sous la même latitude et à des hauteurs semblables, modifie véritablement la nature des productions végétales, ce sont V exposition du sol, le plus ou moins d'humidité qu'il renferme, la division plus ou moins sensible de ses parties, la quantité plus ou moins grande cV humus qui compose sa surface.

On a vu qu'aux deux premières de ces quatre causes sont dues les deux grandes divisions que l'on observe dans la végétation de la province des Mines, et que les deux autres amènent principalement des différences de détail. Il est ici cependant une exception très remarquable.

Lorsqu'on se rend de la rivière du Jiquitinhonba à Villa do Fanado, on traverse d'abord des forêts vierges; mais tout à coup la végétation change, et l'on passe dans la sous-région des catingas. Cependant aucune chaîne de montagne ne sépare les deux sous -régions ; aucune différence de niveau, tant soit peu sensible, ne se manifeste dans la surface de leur sol. Des catingas sont éparses au milieu des campos du Désert; là, comme les capoés proprement dits, elles se montrent très souvent dans les fonds et sur les pentes; mais, près le village de Formigas, et, sans doute en bien d'autres lieux, aucune inégalité de sol ne marque le passage des campos aux catingas. La présence de ces dernières n'est donc point toujours déterminée par la forme du terrain, et elle doit avoir pour cause principale la qua-

lité même de la couche supérieure. Cela est si vrai que, lorsque j'ai passé des forêts du Jiquitinhonha dans les catingas, j'ai observé que la terre devenait brusquement très meuble, légère, grise et un peu sablonneuse; j'ai observé qu'une nature de terre absolument semblable coïncidait aux environs de Formigas, avec la présence des catingas qui d'ailleurs, ne sont, comme on l'a vu, séparées âescarnpos par aucune inégalité du sol; enfin j'ai encore retrouvé un terrain léger, gris et un peu sablonneux dans les catingas voisins du S, Francisco.

D'autres causes sont, à ce qu'il paraît, nécessaires encore pour qu'un terrain donne naissance à des catingas. Il ne paraît pas que cette sorte de bois se montre à une latitude plus méridionale que le milieu environ de la province des Mines, et il n'est pas à ma connaissance que des catingas croissent à une grande hauteur au-dessus du niveau de l'Océan.

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