‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 10 sur 56 · HOROSCOPES ET CARRES ASTROLOG · texte numérisé non relu

HOROSCOPES ET CARRES ASTROLOG

Lorsque Scliiven donna ce carré à Parvati , sa femme, il lui dit « que quiconque adorerait la divinité avec le sakkaram coordonné ainsi qu’il est prescrit , recevrait le pouvoir de créer tous les mondes, et que Brahma avait reçu par lui le pouvoir de création. » On voit que nos carrés astrologiques sont bien loin d’avoir la puissance de ceux des Hindous.

§ V. — Des sorts et téraphims.

La divination par ce qu’on appelle les sorts est en usage de temps immémorial ; ce fut au moyen des sorts qu’on reconnut que Dieu avait choisi Saül pour roi. Les sorts s’obtenaient ordinairement, dans le moyen âge, en consultant au hasard les saintes Écritures. On nommait ce genre de divination sort des saints, et il fut condamné par plusieurs conciles. La gyromancie, où l’on tournait jusqu’à ce que l’on tombât sur des caractères prophétiques, est probablement aussi ancienne que le sort.

Le sort est tombé, le sort en est jeté,^ sont des expressions proverbiales, dont nous semblons avoir oublié la signification , et qui se

/|6 * mvrK.vTioN,

rapportent au genre de divination que nous venons de signaler. Chez les anciens les sorts s’obtenaient au moyen de dés couverts de certains caractères, qu’on lançait au hasard, et dont on cherchait l’explication dans des tables dressées à cet usage, probablement d’après les règles de l’astrologie qu’on trouve mélée si souvent aux divers autres genres de divinations.

• Les téraphims peuvent être admis dans les subdivisions de l’astrologie. Il en est parlé dans l’Ecriture sainte : c’étaient des statues ou des espèces d’automates fabriquées sous certaines constellations. D’autres auteurs prétendent qu’on désignait sous ce nom des instrumens de cuivre destinés à marquer la différence des temps et des heures. Bekker représente les téraphims comme le produit d’une espèce de nécromancie où l’on faisait mourir le premier né d’un homme. La tête fendue, frottée d’huile et de sel ammoniac, et environnée de cierges, répondait à ceux qui l’interrogeaient après qu’on avait mis sous sa langue une lame d’or, où était tracé , en caractères mysté* rieux , le nom d’un démon impur.

aIEromâncie, PYROMAKCIE, 47

Nous aurions pu ranger dans la même classe, les anneaux constellés, les miroirs astrologiques, les coupes magiques, etc.

Mais ils forment une classe à part. (Voyez Talismans. )

§ VI. — De t aêromancicy la pyromancie et Vhydromancie.

aéromancie ^ ou la divination par les phénomènes de l’a/r, peut être considérée comme une branche de l’astrologie; les événemens futurs se peignent dans les nuages, des spectres apparaissent dans les airs. La tératoscopie est une subdivision de cette science; les bandes de cavaliers armés, les chasses aériennes, les présages qu’on tire des comètes, rentrent dans ses attributions.

La pyromancie consiste à deviner par les mouvemens de la flamme: Les anciens avaient un genre de prédiction qui reposait sur l’examen des cendres restant après un sacrifice : c’était la téphramancie. La capnomancie est l’art de lire l’avenir dans les mouvemens de la fumée. Homère parle d’une divination qui s’opérait par la fumée de Vencensy qu’il faut admettre comme va-

48 DIVINATroN.

riété de la pyromancie , sous le nom de lébanomancie, La pharmacie ^ comme on l’entend en démonographîe , est une espèce de lébanomàncie , c’est-à-dire un moyen d’interroger les démons en jetant des parfums dans un réchaud. La eéphalomancie consistait à faire griller la tête d’un âne en faveur des mauvais génies. De nos jours, dans les veillées villageoises , on consulte encore l’apparence de la lampe, ou l’aspect des tisons, comme présagés des événemens futurs.

Uhydromancie , ou la divination par l’eoM, eiltiencore pratiquée chez nos modernes prophètes; elle est d’une haute antiquité, puisque la Bible fait mention de la coupe qui servait au.patriarche Joseph à tirer des augures, et qu’nn attribue son invention, chez les Romains, à Numa. Ilia pratiquait, dit-on, en mettant dans un vase rempli d’eau un anneau suspendu à un fil. Si la chose projetée devait réussir, l’anneau allait de lui-même frapper le vase à diverses reprises. Trois petites pierres , jetées au fond d’un vase et se mouvant d’elles-mêmes, sont une marque de bonheur. Bien d’autres présages , enfin , peuvent être tirés du iiiou-

lÉROMAMCIE, PYROMAKCIE. 4g

Vement et de la couleur des eaux. Les paysans de la Basse-Bretagne pratiquent encore de nos jours ce genre de divination, sur le bord de la mer, dont ils contemplent attentivement les flots.

La catoptromaticie et là cristallomancie ont quelque rapport aveç,rhydromancie ; c’est le cristal ou un miroir qui font voir l’avenir. Enfin , d’après le rapport de Pausanias , la pegomancie tenait le milieu , chez les Grecs, entre la catoptromancie et l’hydromancie, puisqu’elle consistait à faire flotter un miroir attaché avec une flcelle sur les eaux de la fontaine de Fatras. L’image d’un cadavre ou d’une personne en vie prédisait aussi la santé ou la mort..

La gastroinancie ou garosmancie était encore une subdivision importante de la divination par l’eau. Elle se pratiquait en allumant plusieurs bougies , qu’on plaçait près de vases remplis d’eau limpide, après avoir invoqué les démons qui faisaient lire leur réponse par la réfraction de la lumière. Il y avait une sorte de gastromancie plus en rapport avec le nom de cette science , puisque, après avoir suivi les mêmes rites que SCIENCES OCCULTES. 4

DIVINATION

pour l’expérience précédente, la réponse parvenait aux assistans comme si elle venait du ventre du sorcier. La lécanomancie avait quelques rapports avec la garosmancie.

' § VII. — De la physiognomonie et de la

chiromancie.

La physiognomonie (t), ou la divination par l’examen des dispositions du corps, semble être une science moins vaine que la plupart de celles dont nous cherchons à établir les principes , surtout si on ne veut en faire , comme Lavater, que l’art de connaître les hommes par les traits du visage: les anciens ne la considéraient pas tout - à - fait ainsi. On peut la diviser en métoposcopie et chiromancie.

La métoposcopie est l’art de deviner par les rides du front ; il y a, selon les physiognomonistes, trois principales lignes au front qui sont sous la domination de Mercure , de Jupiter et de Saturne. Si ces lignes sont profondément marquées, longues et continues , c’est une indication de bonheur ;

|i) Voyez le Traité de Putziookomoxib de l’Eucyclopédie porlatÎTe.

PHYSIOGNOaiONIE, CHIROMANCIE. 5l

on peut tirer un présage contraire d’une disposition opposée.

La cheiromancie ou chiromancie ^ comme on dit, plus généralement, se fonde sur l’examen des lignes de la main. Il existe une chiromancie simple et une chiromancie astro^ logique. Selon Cardan, les lignes de la main et même des doigts ont rapport aux sept planètes des astrologues. Les chiromanciens sont divisés sur cette question de savoir si c’est la main gauche ou la main droite apii doit être consultée ; quelques-uns la tranchent en affirmant que les lignes des deux mains sont également significatives. Le triangle formé par ces lignes est attribué à Mars par les uns, à Mercure par les autres.

Nous ajouterons , d’après un excellent traité des sciences occultes, que «la lettre A majuscule, formée et figurée dans le quartier de la main qui est dominé par Jupiter, est un pronostic de richesses; dans le quartier du Soleil, d’une grande fortune ; dans le quartier de Mercure, des sciences; dans le quartier de Vénus, de l’inconstance; dans le quartier de Mars, de la cruauté; dans le quartier de la Lune , de Ja faiblesse. »

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5 a DiviKATioïr.

Les petites marques blanches qui se montrent aux ongles ne sont pas indifférentes, et Cardan y attachait une importance extrême.

Ce qu’il y a de fort singulier, c’est que les chiromanciens allèguent, comme fondement de la vérité de leur science, deux passages de la sainte Ecriture : « Qui in manu omnium hominum signât, ut noverint singuli opéra sua.»

( Il met un signe dans la main de tous les hommes, afin qu’ils connaissent leurs ouvrages. ) et O Erit quasi signurn in manu tua, et quasi monumentum anté oculos tuos. * ( Ceci sera comme un signe dans ta main, et comme un monument devant tes yeux. ) L’un est de Job, l’autre de l’Exode; mais rien dans ce genre ne doit surprendre, si l’on se rappelle que les astrologues ont été jusqu’à tirer l’horoscope de Jésus-Christ.

Il faut ranger parmi les variétés nombreuses de la chiromancie la parthenoman^ de, divination qui s’opérait sur la virginité , et peut-être la palmoscopie , espèce de science augurale qui tirait ses principes des parties du corps d’une victime. La scia-niancie obtenait ses présages en employant

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PHYSrOGWOMOJflE, CHIROMANCIE. 53 un principe analogue, quoique le moyen fût imaginaire, puisqu’il consistait à devi> ner par le simulacre d’un corps évoqué; ce qui pourrait faire ranger cet art dans les subdivisions de la nécromancie.

§ VIII. — De la divination par V écriture.

Notre siècle a vu naître encore un nouveau genre de divination qui a quelques rapports avec la physiognomonie : nous voulons parler de l’art de deviner le caractère OU' les habitudes d’un individu par l’examen de son écriture. L avaler est le premier qui ait mis à la mode cette idée, qui n’est peut-être pas complètement chimérique. Cependant, on a été bien loin en réduisant en préceptes ce qui ne peut être que fort conjectural. Nous nous contenterons de rappeler rapidement quelles qualités ou quels vices les adeptes assignent aux différens genres d’écriture. ^

Une belle écriture annonce de la justesse d’esprit et de l’amour de l’ordre; celle qui est formée de travers désigne un caractère faux, dissimulé, inégal. On reconnaît le caractère flegmatique aux lettres raalpein-

54 DIVINATION

tes , mal séparées , mal alignées. L’énergie , la chaleur, se montrent dans une écriture ferme et arrondie. Si elle est extraordinairement soignée, c’est un signe de précision dans les idées, de fermeté, mais on n’y peut pas reconnaître un grand développement d’intelligence. Les lignes qui présentent une série de mots tantôt lâches, tantôt serrés, dénotent une grande légèreté de caractère. On se doute bien que l’écriture lancée , comme disent les maîtres , désigne un esprit, ardent et capricieux. L’activité et la pénétration se montrent dans les caractères penchés sur la droite, de mémfe que la finesse de goût se révèle dans des linéamens coulans et presque perpendiculaires. Nous terminerons cette série d’absurdités en disant que les habiles observateurs trouvent l’empreinte du génie dans une écriture originale, hasardée, belle, quoiqu’elle soit sans méthode.

g IX. — De la cartomancie et de quelques autres genres de divination,

La cartomancie , ou l’art de prédire l’avenir au moyen des cartes y est infiniment plus moderne que les autres branches de l’art

CABTOMANCIE.

divinatoire ; mais ce n’est pas la moins compliquée et surtout la moins en usage. On pourrait même jdire que c’est de toutes les sciences occultes celle qu’on cultive le plus de nos jours, et dont les extravagances se sont le plus généralement répandues dans toutes les classes de la société.

L’invention des cartes remonte à une époque plus ancienne qu’on ne l’avait supposé, et il est probable que l’usage s’en répandit vers le commencement du quatorzième siècle. Éteilla fait remonter la cartomancie au jeu des bâtons d’Alpha.

Sans entrer ici dans tous les détails de cette branche des sciences occultes, nous dirons que pour tirer les caries on se sert du jeu de piquet. Selon les principes admis le plus généralement, les cœurs et les trèfles annoncent des chances heureuses; par la même raison, et avec tout autant de fondement, les piques et les carreaux sont généralement de mauvais présages. Les figures en cœur et en carreau désignent des personnes blondes ou châtain-blond. Les piques et les trèfles, probablement en raison de leur couleur, indiquent des per-

DIVIJTàXIOW.

sonnes brunes ou châtain-brun. Sans prétendre développer ici les principes de la cartomancie, dont les règles sont assez compliquées pour qu’on en ait fait l’objet de traités particuliers, nous dirons qu’il y a une subdivision bien connue de cet art, désignée sous le nom de réussite , qui est d’un usage tellement général qu’il est inutile d’en indiquer les principes. Nous ajouterons qu’on cite de nos jours comme étant les plus célèbres cartomanes , mademoiselle Le Normant et mademoiselle Moreau.

Après avoir jeté un coup d’œil sur les branches principales de l’art divinatoire, peut-être est-il inutile d’examiner d’autres moyens tout aussi illusoires de lire dans l’avenir, mais ^ui sont moins généralement conuns ; telle est V astragalomancie , ou l’art de deviner pa* les dés; Wlécanomancie , ou la divination au moyen des pierres précieuses $ V alphitomancie ^ qui opérait par la farine ; la coscinomancie , pour laquelle on se servait d’un crible suspendu sur le doigt, se mouvant selon les oracles qu’on voulait rendre , et qui n’est autre chose que l’art de tourner le sas. Une chose fort remarquable.

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£HABDOMA>’CI£.

c’est qu’on pratique à l’île de Tongatabou une espèce de coscinomancie à l’aide d’un coco qui doit tourner vers l’orient. Cette divination viendrait - elle de l’Inde? de l’Inde serait-elle passée en Europe?

§ X. — De la rhahdomancie.

Parmi tqus ces genres de divination, dont on pourrait multiplier la nomenclature à l’infini , on a accordé de nos jours i sinon plus de foi , du moins plus d’intérét à la rhahdomancxe ou l’art de deviner au moyen de la baguette divinatoire. Il est bon de dire cependant qu’on a essayé de rattacher la rhahdomancie à des principes moins illusoires que ceux qui régissent d’ordinaire les sciences occultes , et qu’on a vu dans la baguette de coudrier, se mouvant au-dessus d’une source, de certains métaux, ou de lieux ensanglantés par un crime, un phénomène analogue à celui du magnétisme.

Quel que soit le degré de croyance qu’on peut accorder aux diverses expériences faites en ce genre , et qui semblent au premier abord presque aussi illusoires que celles dont nous avons déjà rappelé les principes,

58 DIVI5ATI03T.

la rhabdomancie remonte à une hsftite antt« quité. Outre que les démonographear en voient l’origine dans l’Écriture sainte , où il est dit : « Mon peuple a interrogé le bois et le bois lui a répondu, » Strabon et Philostrate rapportent qu’elle était en usage chez les brames et chez les prêtres de la Perse. Cette branche de l’art divinatoire est encore* en faveur cbez les Kbiviens , et peut-être la baguette dont on a coutume, 'dans presque tous les pays, d’armer les fées et les enchanteurs, n’a-t-elle pas d’autre origine qu’un fait physique dont on aura exagéré les effets. .

U appartenait, du reste, à notre époque de s’enquérir soigneusement du degré de confiance qu’on pouvait accorder aux nombreuses expériences citées par les rhabdomantes et les hydroscopes, qui cherchent les eaux souterraines au moyen des mou vemens de la baguette et qu’on a nommés quelquefois sourciers. Dans cette branche des sciences occultes, comme dans plusieurs autres , on ne pouvait se refuser à l’évidence de certains faits ; mais il était nécessaire de les expliquer, et surtout de les débarrasser

RHAKD03IANCIE. 5 q

du caractère merveilleux dont on les entourait. Il semble résulter des expériences nouvellement faites en i8a3 par M. le comte de Tristan, que l’bydroscopie et la rliabdomancie des anciens ne sont pas des sciences complètement illusoires , et que la physique pourrait s’emparer avec avantage des expériences dont elles ont été l’objet. Selon M. de Tristan il existe certains effluves terrestres qui ont la propriété de mettre en mouvement la baguette, à laquelle il donne le nom de furcelle , de même qu’il désigne la science dont elle est l’instrument par la dénomination de hacîllogire y pour ne plus avoir de rapports directs avec la rhabdomancie, telle qu’on l’entend généralement.

Il n’est pas nécessaire que cette baguette soit tirée du coudrier, comme on le croyait autrefois ; plusieurs espèces de bois partagent la même propriété; tous les individus n’ont pas au même degré la faculté de devenir bacillogires y c’est-à-dire de laisser agir la baguette quand ils passent sur le terrain d’où s’échappent les effluves. M, de Tristan n’a pas encore déterminé quelle était la nature de ces émanations terrestres , quoiqu’il

6o DIVINAXIOir.

soit parvenu à constater leur action; et, bien qu’il pense que les coiirans d’eau souterrains aient une influence particulière sur la baguette, il ne peut pas l’assurer positivement. Sa théorie , plus approfondie , pourrait expliquer d’une manière satiflusante certaines merveilles des sciences occultes, qu’il faudrait autrement reléguer parmi les choses impossibles, et qui rentreraient ainsi dans l’ordre des phénomènes naturels , comme presque tous les faits examinés par M. Bertrand et par M. Eusèbe Salverte.

§ XI. — De la xilomancie,

La xilomancie peut élre regardée, à la rigueur, comme une branche de la rhabdomancie, quoiqu’elle ne se rattache à cette science que d’une manière indirecte. La xilomancie paraît avoir été particulièrement en usage chez les peuples de race slave; c’est l’art de tirer des présages de la disposition de certains morceaux de bois secs | qu’on rencontre fortuitement dans son chemin. On voit dans Macartney que la xilomancie est habituellement usitée en Chine.

Il y a une branche de la xilomancie qui ap-

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CLBIDOMANGIE. 6f

partient à la pyromancie , et qui consiste dans l’art de tirer des augures de la manière dont sont disposées les bâches d’un foyer.

§ XII. — De la cîéidomancie.

La cîéidomancie ou cîéidonomancîe , divination par le moyen d’une clef y procède àpeu près de la même manière que la rhabdomancie ; quelquefois on entortille autour d’une clef un morceau de papier contenant le nom' de la personne qu’on soupçonne d’un crime , ou dont on veut deviner le secret ; cette clef est ensuite attachée à une Bible, qu’on remet entre les mains d’une, vierge, et la clef doit tourner d’elle-même aux paroles du devin. Plus souvent la clef est attachée , au moyen d’une ficelle , sur la première page de l’évangile de saint Jean , de manière à ce qu’elle soit suspendue quand le livre est fermé ; la personne qui veut découvrir un secret pose le doigt dans l’anneau , et la clef, obéissant à une vertu cachée , tourne tout-à-coup. Les Russes , et beaucoup d’autres nations, croient qu’on peut ainsi découvrir des trésors ; mais il faut peut-être voir dans ce genre de divina-

6 a DIVINATION.

tion une idée mal entendue ou exagérée des principes du magnétisme. Ainsi que la belomande ou divinination par les flèches , fort usitée en Perse selon Chardin, Vaxinomande ou divination par le moyen d’une hache , rentre naturellement dans cette classe.

§ Xlll. — De divers genres de divination.

Après avoir essayé de rattacher, selon leurs analogies, aux principales divisions de Tart divinatoire, quelques moyens plus ou moins employés pour lire dans l’avenir, nous avouerons qu’il en reste quelques*uns fort difiîciles à classer , tant l’esprit humain a été fécond dans ce genre de rêveries. On peut appliquer cette réflexion , par exemple , à la phyllorodomande, ou divination par le bruit que font \es> feuilles de rose , quand on les frappe sur le front; la sycomancie, divination par feuilles de figuier; et l’ooman-

cie ou ooscopie , qui consiste à interroger la forme extérieure de Vœuf, ou même les nuages que forment les blancs jetés dans un verre d’eau.l Ce genre de divination est fort en usage chez nos sibylles modernes ,

DIVERS GENRES DE DIVINATION. 63 de môme que celui qui s’opère par le marc de café. l^2t.rhapsodomanciec&t. encore moins compliquée : ici c’est la poésie qui révèle l’avenir; on ouvre Homère ou Virgile, au hasard , et le premier passage qui se présente aux regards est celui qui contient l’oracle que vous désirez. Les Musulmans cherchent ainsi à lire dans l’avenir au moyen du Koran; et, selon M. Niebuhr, c’est de cette manière que l’on consultait les livres sibyllins. ( V. Sorts, )

Du reste, les branches de l’art divinatoire > et elles sont infinies, varient dan»

leurs détails et ne s’accordent que paT le fond , puisqu’elles poursuivent la même chimère. On peut ajouter qu’il n’est pas aussi facile de trouver en elles le premier fondement d’une erreur que dans la plupart des autres divisions des sciences occultes.

§ XIV. — De V influence des astrologues.

Il serait trop long d’examiner ici le pouvoir qu’a eu cette vaine croyance sur les individus et même sur les empires ; on sait que Mathias Corvin, roi de Hongrie, n’entreprenait rien sans avoir consulté les astro-

64 DIVINAUOW.

logues. Le duc de Milan , Louis Sforce , lé pape Paul, se dirigeaient également d’après leurs avis. Duclos raconte un fait qui ca* ractérise assez l’esprit du quinzième siècle « pour que nous le reproduisions ici. « On.

prétend qu’un astrologue ayant prédit la mort d’une femme que Louis XI aimait , et le hasard ayant fortifié la prédiction, ce prince fit venir l’astrologue : « Toi qui parais tout connaître, lui dit-il, quand mourras-tu? » L’astrologue, soupçonnant que ce prince lui tendait un piège , lui répondit ; « Trois jours avant votre majesté. ■ La crainte et la superstition l’emportèrent sur le ressentiment, et le roi prit un soin particulier de cet adroit imposteur. »

On n’ignore pas à quel point Catherine de Médicis était influencée par les astrologues. Les dames de la cour appelaient leurs astrologues leurs barons. Henri IV ordonna , dit-on, au fameux Larivière, son premier médecin, de tirer l’horoscope du jenne prince qui devait être Louis XIII. Richelieu et Mazarin , que leur caractère semblerait mettre au-dessus d’une telle superstition, Richelieu et Mazarin consultaient

INFLUENCE DES ASTROLOGUES. 65 Jean Morin en qualité d’astrologue; et l’on voit, dans des mémoires sur la Russie, combien un peu plus tard l’astrologie eut part aux décisions qui gouvernaient cet empire.

Les progrès qu’on fit dans les sciences et la philosophie au siècle dernier , portèrent à l’astrologie un coup dont elle ne peut point se relever; on ne doit pas se dissimuler cependant qu’elle n’ait eu unegrandeinfluence sur les progrès de l’astronomie. Elle est encore en honneur en Chine, en Perse et dans plusieurs empires de l’Orient, quoique la doctrine de Mahomet lui soit opposée. S’agit-il, dit M. Reinaud, après avoir examiné l’astrologie orientale, s’agit-il de nommer à une place élevée, de commencer une guerre ? le ciel est le jlremier livre que l’on consulte. C’est ce qui, dans une des dernières guerres de la Turquie contre'^ la Russie, formait l’ohjet de la plupart des lettres du sultan au grand- visir.

Peut-être devrions-nous parler ici de -la géomancie, ou de l’art de prophétiser par les nombres; mais nous renvoyons, pour cette division , à la haute kabbale dont elle fait partie.

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