COUPES MAGIQUES
mclancolle el peut arrêter le sang. Du reste « cette doctrine du religieux espagnol est éga^ lement celle de Pline, d’Albert le Grand, de Léonard , de Camille et de Vicentin.
§ V. — ~ Des coupes magiques y armes enchan fées , maraca , etc.
Les Orientaux font grand usage, de coupes magiques qu’on peut considérer comme des espèces de talismans. Ces coupes sont ordinairement en verre ou en cuivre, celles d’or et d’argent étant prohibées par le Prophète. Elles servent hahituellement à quelques pratiques d’hydromancie. On grave au fond certaines ligures kabbalistiques , ou des versets du Coran , destinés à procurer au fidèle qui se désaltère tout les biens qu’il peut souhaiter^ et à le garantir du poison ou même de certaines maladies.
Le saint Graaly si célèbre dans l’ancienne tradition épique, est lui-même une espèce de vase enchanté dans les poèmes du moyen ^ge, quoique sa destination sacrée lui donne un autre caractère , si on se raj)pelle qu’il avait contenu le sang de Jésus- Christ, et qu’on doive le regarder, sous ce
x3o Magie.
rapport, comme l’expressiou chrétienne de traditions antérieures.
Les poèmes primitifs de toutes les nations, nos rpmfins du moyen âge, sont remplis des effets merveilleux opérés par les armes enchantées. La baguette, considérée comme indice du pouvoir magique, est généralement adoptée chez toutes les nations.
On retrouve peut-être son origine, pour l’Europe, dans le bâton augurai. Le maraca des peuples américains n’est autre chose qu’une espèce de baguette magique, à l’extrémité de laquelle se trouve adaptée une espèce de coloquinte ou un coco rempli de cailloux.
C’est avec cet instrument, connu sous des noms divers, que les jongleurs du Sud et du ^ord rendent leurs oracles ; ils en font quelque^qU* une espèce de talisman destiné à garantir leurs pirogues des tempêtes.
Chez plusieurs nations byperboréennes , notamment chez les Lapons, les Yakoutes , les Kamstchadales , oii trouve le tambour .magique en usage; cet instrument mystérieux , qui a tant d’analogie avec le rhombiis de l’antiquité, peut être considéré tour à tour comme talisman et compie moyen d’é-
COLPKS MAGIQUES. j3i
vocaliou. 11 en est cle même des miroirs magiques, qui remontent à une si haute antiquité et qu’employaient les magiciennes de Thessalie. La tradition prétend qu’elles révélaient l’avenir en écrivant leurs oracles avec du sang luimaiasur ces miroirs qui les réfléchissaient dans le disque de la lune.
M. Reinaud donne la description d^p^sieurs miroirs magiques à l’usage des Onentaux; il y en a d’astrologiques, dont les caractères doivent être combinés avec les formules de l’astrologie judiciaire; d’autres qu’on pourrait appeler miroirs kabbalistiques , et qui sont destinés à faire apparaître les anges et les archanges pour obtenir d’eux ce qu’on désire. On a cru long-temps en France que Catherine deMédicis possédait un miroir magique plus puissant encore, avec lequel elle voyait tout ce qui se passait en France.
§ VI. — Des amulettes , obi des noirs.
Durant le moyen âge, les amulettes et les talismans se sont multipliés à l’inhni; on a été jusqu’à en faire avec des peaux d’enfans sur lesquelles on écrivait certains carac-
MàGIE.
tères magiques. Catherine de Médicis possédait un talisman de ce genre.
Il serait assez difficile de déterminer la différence qui existe entre le talisman et l’amulette. Les amulettes sont ordinairement faites avec un linge ou avec une image sanctifiée par rattouchemeht de quelque rel^u& On en faisait également qui tiraient leuf vertu de certaines paroles mystérieuses; mais le concile de Constance s’est expliqué d’une manière assez sévère sur l’emploi de ces phylactères , pour que ceux qui les employaient pussent craindre la peine de mort. Il en fut probablement de même des pentacles , cercles magiques dans lesquels on se plaçait durant l’évocation du diable.
.Les amulettes sont néanmoins fort en usage dans quelques-unes de nos provinces, notamment dans la Basse-Bretagne. Les noirs y attachent une telle confiance qu’ils ne craignênt pas d’affronter les plus grands dangers, quand leurs sorciers les ont gratifiés de certaines amulettes composées des substances les plus bétéro§[ènes.
Il est bon d’observerlci qu’il n’y a peutêtre point d’hommes plus disposés à se li-
AMULETTES , OBI DES BOIBS. l33
vrer à tous les prestiges de la sorcellerie, que les noirs ; leurs magiciens, qu’ils nomment ohi^ jouissent parmi eux d’une telle puissance, qu’ils ont été'souvent causes des révoltes les plus terribles. Tout le monde sait combien était redoutée dans nos colonies l’assemblée mystérieuse du Vaitdoitx , où, dans une danse frénétique, les Nègres recevaient des oracles et des amulettes qui les excitaient «i une épouvantable vengeance. Les indigènes de l’Amérique ont aussi quelques amulettes, mais ils semblent ÿ attacher beaucoup moins d’importance que les Nègres.
La fameuse pistole 'voTàntey dont il est question dans presque tous les ouvrages de 'démonographie, est le plus célèbre dès talismans contre la pauvreté. Elle a , comme on le sait, la vertu de retourner toujours dans la poche de son maître. La clej xfory qu’on pourrait être tenté de ranger- parmi les talismans’du même genre n’est autre chose» qu un npetit volume contéhant des nombres propres , dit*on , à faire gagner à •la loterie. ,
l34 M&GIB.
§ VII. — Des sorts f maléfices, sortilèges.
Le pouvoir de jeter un sort se rencontre chez tous les magiciens d’Europe et d’ Afrique ; le'^ort consiste dans certaines paroles magiques lancées contre quelqu’up. Les imprécations au pouvoir desquelles on ne pouvait se soustraire chez les Hindous, et que ne pouvait révoquer celui qui les avait prononcées, semblent être le sort considéré dans sa plus haute acception.
Chez nous ce sont les bergers qui, d’après nos croyances populaires , sont en possession de lancer des sorts, et ils sont ordinairement secondes dans ce terrible ministère par les sorcières. Parmi les sorts , le plus redouté a de tout temps été celui qui consiste à nouer t aiguillette ou à empêcher entre époux la consommation du mariage.
Les livres de démonograpbie sont remplis de formules p/bpres à empêcher l’effet de ce sortilège dont les rabbins attribuent l’invention à Cham , et qui remqnte dai^ tous les cas à une haute antiquité, puisqueOvide et Virgile en font mention. Le moyen le plus simple et le plus fréquemment indiqué
Digilized by Gougle
SORTS , MALiPICES, SORTILEGES. 1 35 est de porter un anneau dans lequel on a enchâssé l’œil droit d’une belette. Le petit Albert , qui exerce une influence déplorable clans nos campagnes , conseille de manger un pivert rôti avec du sel bénit. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est qu’il ne se passe guère de noces de village où l’on n’ait secrètement recours’à de telles absurdités.
.Les maléfices ou sorMléges devinrent si nombreux au seizième siècle, qu’ils excitèrent au plus baut degré le zèle des magistrats. On comptait sept espèces de maléfices : il est assez curieux de voir qu’un des maléfices les plus usités à celte époque, et qui consistait à piquer au cœur la figure en cire d’une personne qu’on voulait faire périr lentement , se soit retrouvé parmi les sauvages de l’Amérique du Nord. Ce fait, que nous croyons être le premier à indiquer, mérite quelque attention en ce qu’il se rattache au magnétisme animal, par la ferme volonté du mal qu’on suppose devoir agir a distance chez celui qui exerce lé maléfice. \j' envoi! s sure, c’est ainsi qu’on désignait cet acte magique, s’exécutait quelquefi>is avec diverses pratiques de piété. Le
l36 MAGIE,
fameux Trois-Echeües , ce sorcier de Ghar^ les IX, si connu, était un envoutenr. En lisant Testimable ouvrage de M. Reinaud , on pourra se convaincre que les procédés magiques de Tenvoussure remontaient à une haute antiquité chez les Orientaux, puis» que les ennemis du Prophète tentèrent de le faire périr ainsi.
Les maléfices , le* sorts , les charmes employés par les magiciens, bohémiens et sorciers , sont en si grand nombre et d’espèces si diverses, qu’ils effraieraient le plus intrépide démonographe. Nous ajouterons qu’ils n’ont pas un caractère assez différent de ceux de la magie, pour en faire un article à part. Cependant le scopélisme forme une subdivision qu’on omet trop souvent en parlant des sorts. Le scopélisme, comme l’atteste son étymologie, veut dire sort opéré par une pierre ensorcelée. L’individu qui rencontrait une pierre de cette nature, en recevait , dit-on , la mort. Le scopélisme a été redouté chez les anciens et parmi les modernes, et il excite encore la terreur dans quelques-unes de nos provinces. Le scopélisme avait encore une autre signifia-
SORTS) MALEFICES) SORTILEGES. 187 cation : une pierre mystérieuse, posée dans un champ, indiquait qu’on.vouait à la mort celui qui oserait cultiver la terre malheureuse soumise ainsi à une sorte de malédiction. La loi romaine punissait de mort un tel délit. Un des maléfices les plus connus et les plus redoutables du moyen âge, consistait à répandre sur les moissons certaines poudres malfaisantes qui les frappaient destérilité; plusieurs sorciers avouèrent de bonne foi qu’ils s’étalent rendus coupables de ce crime , et qu’il en était résulté les plus terribles effets.
§ VIll. — Des alphabets sympathiques, tatouage.
' Quoiqu’il soit assez difficile de déterminer bien exactement dans quelle classe on doit ranger ce qu’on est convenu d’apr peler V alphabet sympathique, nous l’admettrons ici. Ce genre de sortilège, qui semble avoir quelque rapport avec le magnétisme animal et avec l’envoussure, consiste à tracer quelques lettres sur son bras au moyen d’une aiguille, et à introduire du sang d’un ■ami dans la plaie qu’on vient de se faire.
l38 MAGIE.
Cette opération doit être pratiquée sui^rin* dividu avec lequel on doit entrer en correspqi||(dance, et alors, quelque éloigné que Ton soit J,*un de l’autre , on peut s’avertir de certains événemens au moyen d’une piqûre légère faite sur certaines lettres. Elle est ressentie aussitôt par celui auquel un veut s’adresser. 11 y a, du reste, une foule de modifications , dans les combinaisons plus ou moins simples de l’alphabet sympathique.
Le tatouage varié qu'ont adopté plusieurs nations sauvages, et notamment les habitans de la Nouvelle-Zélande, a pu être considéré par quelques personnes comme une formule, talismanique. On est à peu près assuré maintenant que l’opinion de Malte- Brun n’était pas fausse, et que c’est une espèce d’écriture hiéroglyphique ayant rapport à la caste ou à l’histoire de l’individu qui se pare de ces figures brillantes.* Le capitaine Manby donne à ce sujet des détails iii|éressans. Mais nous renverrons sur ce sujet pour des renseignemens plus spéciaux à notre Histoire de V éloquence et de la poésie chez le% peuples sauvages , qui va paraître très-incessammonl.