GNOSTICISME, SOCIÉTÉS SECRÈTES
provoquant l’examen de l’Académie, afin que, par ses décisions ultérieures , la pratique du magnétisme fût enlevée aux charlatans qui en font un objet de lucre. Le 7 janvier 1826,'!’ Académie mit aux voix les diverses propositions qui lui étaient soumises. Après une discussion très-vive de part et d’autre, dans laquelle il fut affirmé par les adversaires du somnambulisme que le magnétisme moderne était le même que celui jugé en 1784, et que s’en occuper maintenant serait lui donner une impor^ tance nouvelle , les partisans de la commission, permanente d’examen l’emportèrent.
C’est ^u temps à nous apprendre quels seront ies résultats de cette décision.
De toutes les merveilles attribuées au magnétisme animal, la plus étonnante, sans contredit , celle qui étendrait si loin la puissance de nosiacultés intellectuelles que toute philosophie en serait changée, ce serait celle qu’on nous annonce quelquefois comme s’é-r tant renouvelée *à diverses reprises ; nous voulons parler de la prescience de l’avenir.
Mais, de tous les observateurs des phénomènes du magnélismff animal , celui qui nous
aol
État d’hxtase.
inspire le plus de confiance n’admet cette faculté que pour l’indication plus pu moins exacte des crises d’une maladie.
§ IV. — Ue Vétat d’extase.
L’état d’extase, défini d’une manière satis< faisante seulement de nos jours, doit occuper plus que jamais les penseurs du dixneuvième siècle, puisqu’en admettant les merveilles qu’on attribue aux thaumaturges, aux possédés et aux somnambules, il les explique d’une manière satisfaisante en disant ; O i°que l’homme est susceptible de tomber dans un état particulier tuut-à-fait distinct de tous ceux qui ont été reconnus jusqu’ici en lui, d’un état unique quant à sa naturë^ bien qu’il soit susceptible de se présenter sous les formes les plus diverses ; a «que cet état, que M. Bertrand désigne sous le nom générique d’ca:f«je, est celui qui s’observait chez les possédés des siècles précédens,'^ et chez les inspirés des différentes sectes religieuses; 3® que cet état n’est pas une maladie proprement dite,quoique certaines maladies, comme les affections convulsives , y prédisposent éminemment, ef qu’il ne survient
>01 GNOSTICISME, SOCIETES SECRÈTES, jamais que dans. des circonstances détei'Dilnées;4‘* que la plus puissante de ces circonstances est une exaltation morale portée à un haut degré; 5° que l’état d’extase n’a point cessé de se manifester avec les siècles d’ignorance, qu’il s’est prolongé dans tout le cours du dix-huitième siècle , et qu’il ne cesse de se reproduire journellement sous nos yeux dans les traitemens des magnétiseurs, où il se maintient ignoré ou méconnu de nos savans depuis quarante ans. »
Nous avons cru devoir rapporter textuellement ce résumé concis des doctrines de M. Bertrand , et cela dans un double but :
si l’on veut considérer avec lui l'état d’extase comme la cause des prodiges qu!on remarque cbesj les thaumaturges, les possédés., les illuminés de tous les temps, personne mieux que lui ne.peut développer des principes d’une si haute importance. Si l’on ne veut y voir qu’une théorie ingénieuse et nouvelle, il était bon de ne pqint l’altérer à l’origine de son développement. Nous ajouterons qu’il est difficile de se refuser à l’évidence du grand nombre de faits que rapporte M. Bertrand dans l’intérét de son sys-
État d’exta<5e. ao3-
tème> et qu’on doit s’attendre à voir la question vivement éclaircie par les grands travaux quMl prépare, dit-on, sur cette matière.
Sans vouloir anticiper toutefois sur les débats qui naîtront de cette question importante, nous dirons, pour ajouter quelques faits à des faits déjà connus, qu’un de nos amis, qui a résidé durant quatorze ans aux Indes orientales, a vu très-fréquemment des Hindous tomber à volonté en extase, et devenir dans cet état l’objet de la crainte ou de la vénération de leurs compatriotes. Les Américains du nord et du sud , ces peuples qu’on classeà tort parmi les nations proprement dites sauvages, et qui offrent dans leurs coutumes et dans leur langage les débris d’une antique civilisation, les Américains ont des souvenirs traditionnels qui les livrent à l’état d’extase, et durant lesquels ils se croient en commerce avec les esprits. Les phénomènes de l’extase se retrouvent de la' manière la plus remarquable chez les Kam« tchadales, les Y akoutes et beaucoup d’autres peuples du Nord , où les devins se font quelquefois d’horribles blessures sans paraître en souffrir, et sans en souffrir réellement.
ao4 GNOSTICISME, SOCIÉTÉS SECKÈTES.
L’étal d’extase se retrouve à Otaliiti,aux îles Sandwich, dans la Polynésie, où une religion nouvelle est imposée aux habitans , et où des persécutions religieuses exaltent l’imagination de ceux qui sont soumis à l’an- .cien culte; Mariner, ce jeune voyageur qu’on a faussement accusé de mensonge, et dont on proclame maintenant l’exactitude.
Mariner, durant son séjour à Tonga-Tabou, la métropole religieuse des îles du voisinage , fut témoin de faits extraordinaires, prouvant d’une manière positive la bonne foi de ceux qui, parmi les peuples sauvages comme parmi les peuples barbares, sont livrés à l’état d’extase religieuse. C’est une chose généralement reconnue à Tonga , « que quelques personnes sont favorisées par les dieu>^^ de leurs inspirations. Le dieu qui les inspire se trouve alors dans la personne du prêtre inspiré qui devient capable de prophétiser l’avenir. • Mariner décrit la situation extatique des prêtres de ce pays de manière à ne la'isser aucun doute sur les symptômes qu’ils éprouvent, et le jeune voyageur ajoute qu’il n’a aucune raison pour croire ces démonstrations le résultat d’une
ETAT D*EXTASB. lo5
imposture : il administre même des preuves de ce qu’il avance à ce sujet. Parmi les détails qu’il donne, il en est deux surtout qui sont dignes d’examen, en ce qu’ils attestent positivement l’esprit de conviction de ceux qui subissent les phénomènes de l’état d’extase. Le fils du roi Finow répétait souvent à l’Européen incrédule, qu’il était inspiré par l’esprit de Toogoo-Ahoo^ dernier roi des îles de Tonga, qu’il ne sentait plus son existence personnelle, et que son corps lui semblait animé par une âme qui n’était pas la sienne. Ayant été interrogé sur la nature de l’esprit qui l’agitait , et comment cet esprit descendait en lui, le jeune prince se.
contenta de répondre : « Quelle sotte demande! Puis-je vous dire comment jele sais?
je le sais, parce que j’en éprouve la conviction , et qu’une voix m’en avertit. »
Nous pourrions accumuler les faits de cette nature, mais l’espace nous est refusé, et nous nous contenterons de rappeler qu’ils existent en grand nombre dans les voyageurs anciens et modernes de toutes les nations.
i ^ TT?
Gif OSTIGISME> SOCIÉTÉS SECRETES.
Danse de Saint-Weic.
Parmi les grandes épidémies d’extase qnî ont eu lieu en F.urope, nous en sigualerons «ne dont on paraît s’étre peu occupé jusqu’à présent, et qui semble offrir divers phénomènes propres à éclaircir la question posée par M. Bertrand; nous voulons parler de cette fameuse danse de Saint-W eit^ appelée aussi la danse sainte i^der sprïugenden •heileigen)^ qui avait lieu en Allema::ne, et •à laquelle assistèrent jusqu’à cinq mille personnes.
La danse de Saint-Weit selon les. Alle- . mands, de Saint- Gujr selon les Français (^chorea Sancti-Viti) ^ est désignée dans la grande Kiicyclopédie comme une maladie convulsive qui s’est répandue del’Allemagne en Angleterre et en France. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle est originaire d’jEpiernach ou Echternach, petite ville dépendante autrefois du duché de Luxembourg ; qu’elle eut tous ses développemens en et
qu’elle se répandit ensuite dans plusieurs cantons le long du Rhin et de la Moselle.
Si l’on s’en rapporte à la chronique de
- : L. .■ \j( -xlv'