CHAPITRE PREMIER
De la divination.
§ I. — De T onéiromancie et de la nécromancie considérées comme premières branches de Vart divinatoire.
Avant de calculer, même d’une manière imparfaite, le cours des astres pour chercher à lire dans le ciel sa destinée, l’homme a sans doute interrogé les morts et les songes sur l’avenir. C’est d’après une telle pensée que l’on peut considérer hardiment la nécromancie et V onéiromancie comme plus anciennes que l’astrologie ; les peuples sauvages nous en offrent la preuve : quelquesuns interrogent les morts sur l’avenir longtemps après leur trépas ; d’autres , et c’est le plus grand nombre, ajoutent la plus entière confiance aux choses qui leur sont révélées durant le sommeil. La veille d’une grande bataille, le chef des Tupinambas allait de hamac en hamac engager ses guerriers à interroger les rêves qui devaient les visiter durant la nuit; ces rêves, on les provoquait même quelques jours avant les gran-
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des batailles ou les actions solennelles, par des fumigations ou par certaines boissons fermentées ; ce qui a encore lieu chez les tribus sauvages de l’Amérique méridionale.
En examinant les peuples dans l’enfance, et les nations de l’antiquité,-on se couvain- * cra de plus en plus que l’onéiromancie , ou l’art d’expliquer les songes , a dû être un des moyens de divination les plus anciennement employés, si ce n’est même le plus ancien. Aristote ne le regarde pas comme entièrement ebimérique , et Hippocrate semble le rattacher à l’astrologie quand il dit que les rêves durant lesquels on croit contempler le ciel et les étoiles signifient bu la santé ou une maladie prochaine. Galien devinait la mort dans une étoile qui tombe ou dans un chariot brisé vus eu songe.
Tout le monde sait combien l’onéiromancie était en honneur dans l’Orient et surtout en Egypte. L’histoire ' j Joseph est présente à tous les esprits, de même que celle de Nabuchodonosor , qui fit mourir les devins de Chaldée, non parce qu’ils ne pouvaient interpréter ses rêves, mais parce qu’ils ne pouvaient deviner les songes qu’il
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DIVIN ATJOir.
avait eus. Pline simplifiait beaucoup l’onéironcritîque en disant qu’on devait interpréter les songes d’une manière absolument opposée à leurs apparences.
De nos jours cette branche des sciences occultes est infiniment plus compliquée, et il faudrait un volume entier pour rapporter les définitions absurdes qui ont été données de ces illusions qui troublent ou qui charment Je sommeil.
Il est à remarquer que, selon la doctrine de quelques onéironcritiques, on doit encore interpréter les songes d’une manière diamétralement opposée à leur signification apparente. D'après ce système , songer de pleurs annonce la joie. Artémidore tire ses inductions d’un examen plus compliqué et qu’il ess^aie de rendre philosophique : ainsi, d’après lui , scnger de la mort annonce qu’on . va se marirr, et l’on peut prévoir de grandes peirihs si l’bli a rêvé de trésors ; toutefois, on nesauraittrop imaginer le rapport qu’il trouve entre la.cécité et la perte d’cnfans.
L’onéiron^îritique moderne, colportée dans nos villes et dans nos campagnes, est d’un grotesque encore plus absurde : nous
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donnerons quelques exemples ; voit*on une bçlette durant son sommeil , c’est un signe évident que l’on aimera une méchante femme. Faire du boudin présage mille peines, tandis que la fabrication du cervelas est le signe d’une passion violente. Si vous voyez des champignons, votre vie sera longue; elle sera plus longue et plus heureuse encore si vous rêvez qu’on vous a peint sur bois. Les fèves vous annoncent querelle et procès. Si vous êtes assez heureux pour être visité par un fantôme blanc, vous serez dans la joie et dans les honneurs.
Laissant de cô’tc ces ridicules préjugés, nous dirons qu’il y a dans les rêves un mystérieux phénomène digne de toute l’attention de la philosophie moderne, et nous .engagerons nos lecteurs à consulter sur ce sujet les articles insérés par M. Jouffroy dans /«? Globe.
§ II. — De la nécromancie et anthropomancie.
La nécromancie^ qui est l’art d’évoquer les morts ^ ou de lire dans l’avenir par l’inspection des cadavres^ est un genre de divination si ancien qu’il se perd dans la nuit
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, des temps. Il a été professé publiquement à Séville et à Tolède, durant le quinzième siècle. 11 était fort en usage parmi les Thessaliens. Les Juifs le pratiquaient, ainsi que les Syriens, d’une manière abominable, s’il est vrai qu’ils sacrifiassent de jeunes enfans pour obtenir des génies malins la con- '^aissance (ïes choses futures. L’anthropomancie est une branche de la nécromancie , qui se pratiquait par l’inspection des entrailles’ de l'homme. Ménélas , selon Hérodote, chercha ainsi à lire sa destinée. L’anthropomancle , selon Clavigero , parait avoir été en usage chez les Mexicains.
§ III. — De V astrologie.
U astrologie est l’art de prédire 1 avenir par l’aspect des corps célestes. Bien que ce genre de divination ait exigé quelques connaissances grossières d astronomie, il remonte à une haute antiquité. Cet art se divise en deux branches, X astrologie simple ( celle des premiers temps), V astrologie ju~ diciaire , qui reçoit tous ses développemens au seizième siècle.
11 y a bien peu de nations sauvages qui
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n’observent pas le cours de certains corps célestes : plusieurs tribus américaines regardent le retour des Pléiades comme une époque consacrée, et M. Lessop a trouvé dans la Polynésie un peuple barbare dont les idées sur l’astronomie le surprirent.
Quoi qu’il en soit, les ad^tes font re- ^ monter l’origine de cette science bien V haut, puisqii’ils en attribuent l’invention à Cham, fils de Noé. Il est bon de rappeler cependant que les Orientaux regardaient Abraham comme le premier, homme qui eût fait usage de l’astrologie. César, Pompée, Crassus , croyaient à l’astrologie, et ils ont été imités dans cette faiblesse par bien d’autres grands hommes. Ce qu’il y a de plus réel, du reste, dans l’astrologie, c’est son extrême antiquité prouvée par des monumens dont on ne peut pas révoquer en doute l’immuable témoignage, alors même qu’on rejette la tradition. Cette preuve si curieuse d'une des plus anciennes erreurs de l’esprit humain , nous est fournie par les infatigables recherches de M. Champollion, qui, au milieu des déserts et des rjiines, découvre l’origine xfe ce qu’une antique ci-
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vilisation: a développé , ou de ce qu’elle a rejeté comme, un vain jouet qui ne pouvait convenir qu’à son enfance. Dans le tombeau de Rhamsès^'V, le savant voyageur a trouvé des tables du lever des constellations pour toutes les heures de chaque mois de l’année.
On peut voi4^ue, comme dans l’astrologie moderne, les .diverses parties du corps étaient Soumises à l’influence d’une constellalion. La chose est d’une trop haute importance pour, que nous ne la rapportions point ici dans toute son étendue.
Mo^s de Tohi. La dernière moilié-Orion domioe et ioOue sur l’oreille gauche.
Heure première. La constellation d’Orion influe sur lo brais gauche.
Heure deuxième. £a constellation de Syrius influe sur le cœur. * • - ’
Heure troisième. Le commencement de la constellation des deux étoiles (^les Gémeaux) influe sur le cœur.
Heuri quatrième. Les couslclfàtious des deux étoiles influent sup l’oreille gauche.
Heure cinquième. Les étoiles (du fleuve) influent sur le cœur.
Heure sixième. La (télé ou le commeoceménl) do lion influft.fur le cœur.
Heure septième. La llèchefoflue sur l’œil droite
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Heure huitième. Les longues étoiles influent sur le coeur.
Heure neuvième. Les serviteurs des parties ante'rieures du quadrupède meule (le lion mai-in) in* iluent sur le bras gauche.
H eure douzième. Le pied de la truie influe sur le bras gauche. ^
Le savant voyageur ajoute : « Nous avons donc vu une table de levers semblable à '' celle qu’on avait gravée sur le fameux cercle* doré' du monument d’Osyraaudias, et qui donnait, comme le dit Diodore de Sicile, les heures du lever des constellations , avec les influences de chacune d’elles. Cela démontrera sans réplique à notre’ savant ami M. Letronne, que l’astrologie remonte, en Égypte, presque aux temps les plus reculés ; question à laquelle il mettait beaucoup d’importance, et qui par le fait est décidée sans retour. »
Néanmoins, l’astrologie judiciaire n’élait soumise, dans l’origine, qu’à des règles peu nombreuses ; mais cette science ne tarda pas à se compliquer. Cependant l’astronomie a fait vainement des progrès ^ la première est restée nécessairement stationnaire, et comme
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dit fort bien un démonographe : « En astrologie on ne connaît dans le ciel que sept planètes, et douze constellations dans le zodiaque. » Chacun des membres du corps humain est gouverné par une planète. Le monde et les empires sont également sous l’influence des constellations. On voit dans les admirables secrets d’Albert le Grand , , comment Saturne domine sur la vie, les sciences, les édifices. L’honneur, les souhaits, les richesses, la propreté des vétemens dépendent de Jupiter. Mars exerce son influence sur la guerre, les prisons, les mariages , les haines. Le Soleil verse avec ses rayons l’espérance, le bonheur, le gain, les héritages. Les amitiés et les amours viennent de Vénus. Mercure envoie les maladies, les pertes, les dettes ; il préside au commerce et à la crainte. La Lune domine sur les plaies, les songes, les larcins.
Les jours, les couleurs, les métaux sont également soumis aux planètes, dont on spécifie ainsi les qualités : le Soleil est bienfaisant et favorable; Saturne, triste, morose, froid; Jupiter, tempéré et bénin; Mars, ardent; Vénus, féconde et bienveillante; Mer-