VIII AVERTISSEMENT DE L AUTEUR
faciliter l'élude. Je me propose d'en donner plusieurs exemples.
Comment tracer le tableau de la marche des arts ou des sciences, et la nature des méthodes dont leur système s'enrichit successivement, sans être forcé de se livrer ([uolquefois à des discussions purement scientifiques? Comment, sans des exemples chargés même de calculs, pouvoir faire bien entendre les principes et les avantages de l'application de l'analyse mathématique aux sciences morales et politiques? Enfin, les faits historiques, les opinions fondées sur ces faits, nécessitent souvent des recherches critiques, surtout lorsqu'il arrive de s'écarter de la croyance commune, et de telles discussions, de telles recherches ne peuvent trouver place que dans des remarques séparées du reste de l'ouvrage.
J'ai le bonheur d'écrire dans un pays oii aucune crainte, aucune espérance, aucun respect pour des préjugés nationaux, ne peuvent faire supprimer ou déguiser aucune vérité générale, et ce sont les seules dont il puisse être question dans un sujet qui embrasse l'humanité tout entière. Un philosophe a remarqué que les opinions reçues sur le goût, sur le mérite des auteurs ou des ouvrages, sur le rang qu'il convient de leur assigner; que les prétentions à la sensibilité, à l'élévation des principes, à la sévérité de la morale, remplissaient nos livres de jugements et de maximes hypocrites. La marche rapide que la Révolution française a imprimée aux esprits, en brisant des chaînes plus fortes, n'a pu laisser subsister ces faibles liens. Peut-on respecter ces faibles idoles de l'amour-propre, quand celle à qui le fanatisme a, dans l'espace de dix-huit siècles, sacrifié le sang de vingt millions d'hommes, est couchée dans la poussière? Il existe donc un pays oii la philosophie peut offrir à la vérité un hommage libre et pur, un culte purgé de toute superstition ; et c'est celui-là seul, oii le tableau historique des progrès de l'esprit humain pouvait être tracé avec une entière indépendance.