‹ Tableau historique des progrès de la philosophie politiqueChapitre 31 sur 32 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

les Constitutions durables doivent être l’œuvre du temps*; que la politique est d’abord une science expérimentale, exigeant l’observation de mille dé-* tails particuliers. Enseigner à mieux observer, à conclure plus hardiment, dans un sens plus haut et plus large, là se borne la mission, mais se montre l’utilité d’une étude qui a occupé et passionné tant de grands esprits.

L’utopie, depuis deux mille ans, tourne dans le même cercle, sans rien produire. Les aberrations socialistes, de quelque principe qu’elles s'autorisent, se confondent dans le néant, comme l’athéisme et le panthéisme; les écoles sérieuses les renient, et toutes y contribuent plus ou moins, alors qu’elles prennent des faits pour des principes ou des chimères pour des faits. Chacune, du reste, a sa tendance, indiquée par son point de départ ; en bonne logique, les matérialistes doivent arriver au despotisme : le principe de la liberté est ailleurs. La matière, essentiellement passive, veut-elle entrer en révolte contre l’esprit? Elle obéit soit à ello-même, et alors naissent ces systèmes dont la morale s’épouvante, soit à une dure loi positive, espèce de fatalité. A mesure, au contraire, qu’on avance dans les institutions libres, tout tend à se spiritualiser et tout en même temps se moralise*. La philosophie politique

■ Napoléon aux députés suisses.

* « La liberté constate la moralité de l’homme ; la liberté doit, un jour, constater la moralité des peuples. Ne vous éton-

ne vogue donc pas sans boussole sur cette mer des destinées où Dieu lui apparaît comme pôle et la vraie liberté comme port.

nez pas de voir la politique séparée de la morale, tant que la liberté ne fait pas le fond des institutions. » (Ballanche.) Qu’est-ce, en effet, que la liberté, sinon le règlement équitable des intérêts particuliers et de l’intérêt général ? L’autorité, chargée de faire ou de maintenir ce règlement, manque à la morale toutes les fois qu’elle fausse ou qu’elle sacrifie l’une des données du problème, et, de ce premier manquement, dérivent les nombreuses conséquences que l’histoire livre à l’attention des peuples et des souverains.

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