RÉCAPITULATION
Les systèmes de philosophie, comme les destinées des empires, oscillent, depuis bien longtemps, entre ces deux abus extrêmes, l’anarchie et le despotisme ; la liberté, l’autorité, sont les deux termes positifs dont le divorce déclaré conduit à ces deux négations. Reprenons les phases successives de la formation du droit, qui consacre le commandement et protège l’obéissance. La force, dans les temps antiques, règne presque sans protestations; au moyen âge, elle méconnaît et elle foule aux pieds la morale; au seizième siècle, au dix-septième, les deux principes, entrés en lutte, admettent peu à peu comme arbitres la justice et l’opinion. Au dix-huitième, les idées d’affranchissement triomphent avec effervescence; le système napoléonien inaugure le dix-neuvième, comme une ère de conciliation '. Le brouillard des subtilités a, depuis, obscurci la voie;
1 a Lorsque Napoléon prit en main le pouvoir, la France avait été en proie, pendant longtemps, à deux maux également funestes : l’oppression et l’anarchie ; et ces deux états de malaise
sous la dernière monarchie, un ancien disciple de Sieyès *, essayant de tirer à clair les fictions constitutionnelles, fit l’effet d’un Epiménide intempestivement réveillé et montra seulement les ombres qu’il avait voulu éclaircir. Il fallait que les circonstances permissent de revenir franchement aux idées du génie pratique, sans lequel tous les résultats de la Révolution française, y compris sa philosophie, eussent été perdus à jamais.
La philosophie politique a éclairé le tnOrtdé et elle l’a trompé; elle ü, tour it tour, condamné et justifié le despotisme, séduit et averti les peuples; eu un mot, elle a joué le rôle de toutes les philosophies, avec l’avantage et le danger d’une appll-*cation plus vaste et aussi plus immédiate. Qui pour* Tait pourtant contester les bienfaits de son influence sur la conscience du genre humain ? En rapprochant ici le tableau de ses erreurs et de ses services, la comparaison de ses méthodes et l’aperçu de ses résultats, nous avons reconnu de plus en plus que
avaient produit ce fâcheux résultat, que ceux qui avaient été opprimés détestaient le pouvoir quel qu’il fût, et que ceux qui avaient souffert de l’anarchie détestaient la liberté, sous quelque forme qu’elle se montrât. Rasseoir la société française, reconstituer le pouvoir et l’autorité, tout en jetant les bases fondamentales des institutions qui devaient amener le règne de la liberté, telle fut la mission de Napoléon. » ( L'Idée napoléonienne, Œuvres de Napoléon DI,)
* Le comte Rœderer, A dresse d'un constitutionnel aux constitutionnel», 4835.