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Tableau historique des progrès matériels et intellectuels du Canada [microforme]

On a annoncé le sujet de cette lecture :—Progrès matériels et intellectuels du Canada. Si je mets en première ligne les progrès matériels, est-ce donc que les progrès de ce genre doivent être prisés au-dessus ou à l’égal de ceux dont je parlerai en second lieu?...Personne qui ôsat proclarner un semblable paradoxe même dans ce siècle essentiellement industriel ; mais de même que l’inte]ligence de l’homme ne se developpe qu’à la faveur d’un certain accroissement de son corps, et qu’elle n’est tout-à-fait mûre qu'après que celui-ci a cessé de croître, aussi, dans les aggrégations d’hommes, les arts, du moins les arts d'agrément, ne se répandent qu’à mesure que cette aggrégation ou sogiété humaine devient un peuple, une nation. Premiëre partie donc: Progrès Matériels du Canada. Mais je préviens que mon travail sera plus complet que suivi ou méthodique ; je n’ai pas eu assez de loisir pour parfaitement disposer les ombres de mon tableau ou pour mettre en pratique le conseil de Boileau trop connu pour que Je le redise. Ce sera beaucoup si je parviens à bien observer la bifurcation de ce que je désire être ma première et de ce qui doit former ma seconde partie,

Tel de mes auditeurs qui serait économiste s'attendrait peut-être, —quand je parie d’un peuple qui grandit, —à ce que je passasse sous silence, comme une période nulle en fait de progrès, le temps qui s’est écoulé depuis Québec fondée par Champlain jusque à, je suppose, la constitution de 1791. Si quelqu’un avait cette pensée, il devrait se détromper sur le champ. Les Intendans de provinces du régime français ont été à tout prendre les meilleurs administrateurs. L’immortel Talon donna l’essor à une infinité de grandes choses—l’exploration du pays et les découvertes géographiques, les chantiers, les mines, les salines, la culture du chanvre. Begon organisa les diligences entre Montréal et Québec. Raudot obtint aux Canadiens d’avoir quelques manufactures. Hocquart régla les poids et mesures et, marchant sur les traces de Talon, il continua l’exploitation des mines de cuivre, de fer, des ardoiseries et des salines. Le grand Voyer fesait observer une police admirable non-seulement pour le bon ordre, mais pour l'hygiène. Ce dignitaire, semblable aux currules des Romains, et les aut:es ma- gistrats de police, se réusnissaient de temps à autres au “Palais de l’Intendant en assemblées appelées Mercuriales, et ou chacun proposait les améliorations dont: ‘le pays semblait avoir besoin. Sir James Marriot a admiré la simplicité du système judiciaire. On affecte eujourd’hui de croire que le régime féodal n’était pas propre à l’accroissement des peuples ; l'Anglais Mabane, que Ducalvet a si fort maltraité, Confirmait cependant Popinion des économistes d’autre fois; et il faudra’ avouer que ce régime, en Canada, avait au moins pour lui la bonne volonté, car le Roi retrayait les inféodations que le feudataire ne mettait pas en valeur dans les délais. L'état donnait des primes aux jeunes fillés qui $e mariaient à quatorze ans, et aux jeunes hommes, à vingt. Les pères et mères de familles qui avaient le ‘plus d’enfans legitimes ‘étaient également favorisés: moyens simples et ingénieux

à la fois. Si notre Assemblée Lég'slative gaspillarde .

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donnait des primes ou un bonus à ceux qui se marient, jui dit que jé ne serais pas marié à l'heure qu’il est ?

oilà des faits démonstratifs je crois. Néanmoins objectera-t-on, peut-on dire que là population se fut accrue autant qu’elle l'aurait dû quand vint la conquête? Je répondrai que oui, si l’on considère les guerres continuelles, cet etprit belliqueux qui fut peut-être la seule faute grave de l’administration française, et combien peu les peuples du continent émigrains à cette époque. Alors lès états étaient encore ermes sur leurs bâses et le frémissement des nations ne s'était pas encore fait entendre. L’Europe, trop vieille, ne rejetait pas encore son surplus sur les plages américaines. La société canadienne était peu nombreuse, mais fort choisie. Les Etats-Unis et de nos jours, le Canada Supérieur ne ‘doivent qu’à Pémigration l’accroismeut rapide de leur population de langues et de carna-

tions diverses., C’est ce qui donnait raison à un Chef

Sauvage , frère du grand Tecumseh, qiand il disait à des diplomates américains avec une naïveté plus stoique que éivile: vous autres, vous êtes nés de l’écume de la mer !

Mais ne discutons pas d’avantage sur les causes de progrès qu’on ne peut nier, et analysons les faits tels qu’ils se présentent. Ainsi notre population a doublé près de sept fois depuis 1991. Dans le Canada Supérieur, le District de Home n’avait que 224 habitans en 1794, et én 1548, sa population était de 105,992. En 1828, le Distrit de Huron était vaste. Treize ans après, on y comptait outre les grands propriétaires,514 familles ventes avec rién et dont le capital à cette époque, se montait à £142,- 286. Il ya vingt ans, London, Hamilton, aujourd’hui villes épiscopales, n’existaient pas. Il y a encore moins de temps que fut vendu pour Æ£80 le sol qu’occupe l’ambitieuse Cité d'Ottawa, qui vient donner le croc en jambe à Montréal et se faire capitale des Canadas. Montgommery Martin a prétendu démontrer par des tables que le sol est plus fertile que celui des Etats-Unis.

Un pareil avancement a du être précédé par de grands

travaux de viabilité et de canalisation. Les Français, .

dit Isid”*e Lebrun, dans le Tableau des Deux-Canadas, ouvrag ançais, mais dont l’honorable A. N. Morin et feu Léon Gosselin ont fourni les principales données,

avaient formé sur le”: :èves du fleuve St. Laurent deux routes déjà meilleures à Depoqué de la cession que la pipes des chemins de la Grande-Bretagne. La Cham-

re d'Assemblée fit réparer les chemins environnant Québec d’après le procédé dit de Mc Adam, qui a donné son nom à une amélioration qui a été étendue depuis à tous le pays. Quant aux communications par eau, j'ai oui dire qu’autrofois on mettait souvent trois semaines à monter de Québec à Montréal dans les navires à voile. Mais à peine l'Etat de New-York avait des bateaux à vapeur lorsqu'un riche brasseur, aujourd’hui l’honorable John Molson, e1, fit construire à Montréal, et ctablit une ligne entre les deux cités. “Le fleuve et les lacs,disait l’écrivain précité en 1833 portent plus de pyroscaphes qu’on n’en compte sur les rivières de France : le Tibre, Rome sont encore privés d’une navigation qui unit de simples bourgs aux villes du Canada. Douze de ces bateaux à vapeur font le servise entre Montréal et Québec, les uns comme remorqueurs, les autres comme paquebots. Ni ceux qui voguent sur le Mississipi, ni ceux qui parcourent les canaux du Nord n’égalent en élégance et en grandeur les pyroscaphes du Bas-Canada. L’Atlas, à quatre mâts et à deux machines, que les Holiandais vantent encore, quoique en destination pour Batavia, il n’ait pu sortir de la Meuse, est inférieur au William Henry, jaugeant 1300 tonneaux.” De toutes les construtions navales, les plus gigantesques avaient été faites dans nos chantiers, témoin le Baron de Renfrew, lancé à Québec en :825, et jaugeant 5,888 tonneaux. Sa hauteur, prise du couronnement de la quille, était de cinquante pieds, sa largeur de 80, sa longueur de 309 pieds anglais. Pour l’antiquité la galére de Démetrius Poliocerte avait été le prodigieux impossible à surpasser. Ce n’est pas au reste au gigantesque qne la fortune accorde sa faveur. Le Baron de Renfrew fit naufrage à Gravelines. Le Columbus, lancé à l’Ile d'Orléans, périt en revenant d'Angleterre; le John Bull ne fut pas plus fortuné, et le Léviathan, dont on parle tant en ce moment,ne fournira probablement pas une meilleure carrière. On dirait qu’il en esi pour les travaux mécaniques comme paur les conceplons politiques et littéraires, —la durée.et l’utilité ne sont pas le partage de l’exagération et du gigantesque.

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Il y avait eu sour les Français une construction royale à Québec, où on lança même un vaisseau de ligne de 74, En 1849, Québec avait vingt chantiers, Montréal autant, le District de Gaspé huit, et la ville des Trois-Rivières, accusée d’être stationnaire, quatre. Les aventures d’un des constructeurs, John Eckford, sont trop remarquables pour que j’omette d’en parler ici. Après avoir été apprenti chez John Black de Bnébec avec John Goudie, il construisait en 1812 les vaisseaux de yjuerre américains sur une rive du lac Ontario, tandis que ce dernier construisait ceux des Anglais sur la rive opposée. Eckford mourut en 1832, à Constantinople, constructeur du

. grand Sultan. Les Canadiens-Français n’avaient point

cessé d’être marins intelligens et braves, bien que cette qualité eût pu s'endormir sous la domination anglaise ; et Sit John Franklin, dont le monde savant déplore la perte, a reconnu dans son expédition au pôle Nord, qu’ils naviguent sur les fleuves et les lacs avee l’adresse et lintrépidité qu’y déployèrent leurs ancêtres. Toutes les autorités s’accordent sur cette ancienne renommée des Canadiens. Le Canada donna à l’ancienne monarchie deux marins de la race des Le Moine, que Guérin, historien de la marinefrançaise, appelle la plus illustre de toutes lesfamilles coloniales :—ce sc 1t d’Iberville, cet autre Jean Barth, et Serigny, qui devin. gouverneur de Rochefort. La maison de Vaudreuil lui fournit deux lieutenant-généraux des armées navales et un chef d’escadre, dont Guérin et Eugène Sue parviennent difficilement à distinguer les exploits. Il ue faut pas oublier les Denis de St. Simon, de Bonaventure et de Vitré, et M. de Villeray, chevalier de St. Louis et de la Légion d'Honneur. Bedout, contre amiral, Martin, vice-amiral, Michel Peloquin et André de l’Echelle, capitaines de vaisseaux y figurérent sous la République et l’empire français. Bedout n’était encore que capitaine quand son courage lui valut d’un ennemi cet éclatant témoignage: ‘“ Le capitaine du Tigre s’écriait Fox dans les Communes d’Angleterre, combattant pour l’honneur de sa patrie, a rivalisé en mépris de la mort avec les héros de la Grèce et de Rome. Ila été fait prisonnier, mais couvert de gloire et ue blessures.” La Grande-Bretagne n’a point tiré parti de la capacité des Canadiens dans cette branche. Cependant, dans la

De ur

dernière guerré américaine, le capitaine Rolette a pu

se faire connaître par des actes extraordinaires de coura-'

ge. Revenons à la marine marchande : Philippe Aubert de Gaspé, père de l’ex-shériffde Québec, possédait un nombre de navires à voiles. Parmi les Anglais, M, Lee était en renommée. Aujourd’hui, le roi de la navigation est M. François Baby, qui a reçu de l’empereur des Français un témoignage de gratitude ‘pour les services rendus au commandant de Belveze.

Passons à la canalisation. Je vous offre les données de Lebrun résumées par: celles de M. de Belveze. Le pays, dit le premier, est couvert : dé canaux : et d’autres grandes voies de communication, à commencer par le canal de Lachine. Pour éviter le Sault St. Louis et les Rapides, il fallait autrefois opérer à travers l’île de Montréal le transport des personnes et des marchandises ; un demi million de piastres fut dépensé pour un canal éclusé Durant le premier trimestre de 1830, il y passa 1,326 bateaux, berges ou chalands. L'écrivain fait ici la description de nos cajeux. “Les trains de bois, dit-il, qui descendent en grand nombre du Haut-Canada, sont garnis d’une balustrade avet’ une cabane sur leur point eulminant ; ces cajeux ressemblent sur une échelle réduite, aux flotilles fameuses que le Rhin portait de Mayence à Nimègue.”. Les canaux; ujoute-t-il, sont des économies considérables faites snr la construction 'et l’entretien des Routes, ainsi que sur les frais de transport ; ils créent des industries riveraines. C’est ce qu’on éprouve dans l’île de Montréal, et ce qui va profiter au Canada Supérieur, quoique cette Province n’ait point contribué à la dépense. Lebrun a raison. Le Haut-Canada a commencé par être un pays purement agricole n’ayant pas de ports ou de villes maritimes: Le Bas-Canada lui donnait une portion du revenu de ses dottanes ; ensuite nos travaux de canalisation lui ont profité ; enfin, lors de l’union, il nous à fallu payer sa dette. Tel est le secret de l’avancement rapide de cette section de la Province :—elle a recueilli sans avoir semé. Mais reprenons nos canaux. Le canal de Chambly coûta £60,000. TL’entreprise présentait à peu près les mêmes obstacles qu’entre Montréal et-Lachine. Une autre voie au nord du fleuve fut ouverte. L’Ottawa, rivière si pittoresque, et dont les rives se

Va,

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