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Mais revenons à l’ancien temps. On a dit et redit que administration française s’était plu à tenir la population dans l’ignorance. : L'administration anglaise mérite bien davantage ce reproche. Le ’noyen d’entretenir l’igno-
rance dans la Nouvelle-France ! que d’ÿ envoyer pour
gouvernans des savans tels que M. de là Barre, Talon, Sarrasin, Begon l’antiquaire, le vicomte de la Galissongière, Monteatm, Duquesne et Bougainville. La France n’eût-elle envoyé ici que des ignorans au lieu d’Académiciens, ‘elle n’aurait pu empêcher les lumières d’y pénétrer qu’en fermant ‘Tentrée du pays à Cornuti, Gauthier, Lafiteau, Kalm, Charlevoix. % Québec n’avait
encore que cent habitans, rémarque Isidore Lebrun, quand lès jésuites y élevèrent un Collége, et les Sauva-
ges eux-mêmes eurent plus d’instituteurs que'les Limousins et les Champenois.” Aussi, parmi les' Canadiens, Jolliet, élève des jésuites, reconnut le Micissipi et dévint hydrographe du Roï: Jean-Baptiste Gosselin, chanoine de Québec, se nrêla de botanique et enrichit le jardin des Plantes de:Paris, le jésuite Duplessis se signala dans l’éloquence sacrée ét “publia ur livre de piété’; l'abbé Marchand et le ‘sieur Taché cultivèrent la poésié et écrivirent chacun un poëme ; l’abbé Martin, deuxième prêtre canadien, composa un ‘office divin, mots et musique; et Santeuii lui-même, homrhe qui se persuadait plus facilement de son propre ‘mérite que de celui dés autres, fut satisfait du lâtin de nôtre compatrrote. Notre horloger Du-
‘bois eut d’autant pliis de mérite, que Condoreët ne place ‘que sous l’ari 1756 l’extehtion dé l'horlogerie en Eurôpe même. Les Sieurs Saïrasin, Perthiuis, Gatien, Denis de
‘là Ronde, Guillet et Dé Sales Laterrière, s’adonnèrent
‘à l'exploitation des mines, et les Lanouiller, père et fils,
à d’autres entreprises industrielles. Les d’Tberville, Joliet, ‘Céloron de Blainville, Perrot, La Verendrye, Fournel
:-sillustrèrent dans la géographie : Les Longueuil, les St.
Simon, les De Lorimier, les De’ Lacorne et Lafontaine- Marion se rendirent habiles dans les langues des Sauva-
ges. Nicolas Perrot, le sieur de St. Michel, le major
Dupuy, le sieür de Rouville et le sieur de Maricour bril- Jèrent dans les ambassades, ainsi que Juchereau de St. “Denis. On dit que les Canadiens n’écrivaient point, et <ependant, quant à l’histoire et aux mémoires, on peut Ci-
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ter les Boucher, aïeul et-petit fils, le même Juchereau de St. Denis, les Sieurs de Lorimier et Tabeau ainsi que l’auteur anonyme des Mémoires sur la guerre ‘de sept ans, parmi les hommes ; et parmi les femmes, les Mères Juchereau et Moriu, la Sœur De Muy et la religieuse Hospitalière dont on a une relation du siége de Québec. Et cette Magdelon de Verchères, qui se rendit si redoutable aux Iroquois, ne relata-t-elle nas, elle encore, ses prouesses, et quelques-unes aussi qu’elle -n’a-jamais faites ?—Mais quelle fut la première Canadienné qui se livra à ces-ouvrages d'agrément qui conviennent plus proprement au -beau sexe ? L’historien Bacqueville de la Potherie va nous-le dire en parlant de la Congrégation de Montréal. C’est la célèbre recluse Le Ber, fille du plus riche négociant du Canada. “ Le genre de vie qu’elle mène, dit-il, ne consiste pas uniquement dans des spéculations abstraites d’oraison mentale, quoiqu’elle y emploie deux heures par jours : elle s’occupe tout le reste du temps à des ouvrages dont elle fait présent aux Communautés’ Ce fut-elle qui broda le dräpeau avec lequel le baron de Longuguil, son cousin, le Machabée du Canada, selon l’expression!' €: Pabbé Faillon, marcha aux Anglais. Son talent se perpétua dans le pays: ce guidon sur lequel est figuré le traité entre les autorités coloniales et une tribu qui se donne à la France et au Christianisme par l’entremise du Sulpicien Picquet, en est une preuve. Quant au savoir faire de nos dames d’aujourd’hui, tant du monde que religieuses, si vous en êtes curieux, comme je le crois, tàchez d’escamoter pour une longue soirée d’hiver, avec la bonne intention de le restituer, l”’A/bum de M. le Commandeur Viger.
On verra dans un instant que je ne prétends pas me faire le champion du beau sexe quand même. Un tableau de mœurs de l’auteur précité va amener ce dénouement. - : nr
Le temps de l’avent, dit toujours M. Bacqueville de la Potherie, se passe avec beaucoup de -piété. On se donne, le premier. jour de Pan des marques-réciproques d’une amitié'-qui.-paraît -si-étroite, que c’est à qui-se préviendra. C’est un mouvement si grand des gens de pied et des carioles pendant huit jours, qu’il semble que tout est-en - troublé. On passe le reste du ir à fort agréa-
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blement jusque au caréme. On donne des repas magnifiques ; 1l y en à qui se font avec cérémonie et béaucoup de circonspection, où l’on choisit les personnes selon leur condition. On prie un jour les femmes des officiers avec leurs maris ; les conscillers, un autre ; et la bourgeoisie y tient son rang. Les personnes dx sexe de ce dernier ont des maniéres bien différentes de celles de nos bourgeoïises de Paris et de nos provinciales. On parie ici parfaitement bien sans accent. Quoiqu'il y ait un mélange de presque toutes les Provinces de France, on ne saurait distinguer le parler d'aucune dans les Canadiennes. Llles ont de l’esprit, de la délicatesse, de la voix et beaucoup de disposition à danser. Comme elles sont sages naturellement, elle ne s’amusent guères à la bagatelle ; mais quand elles entreprennent un amant, il lui est difficile de ne pas en venir à l’hyménée. Les dames de Québec n'aiment pas tout-à-fait les manières des Montréalistes : les premières sont beaucoup sur la réserve, principalement les conseilleres. (*) Les Montréalistes ont à la vérité, les dehors plus libres ; mais comme elles ont plus de franchise, elles ont plus de bonne foi, et sont très sages et très judiciéyses. Le Canadien a d’assez bonnes qualités ; il aime la gu rre plus que toute autre chose ; il a de la disposition,—écoutez bien ceci—il a de la dispasition pour les arts, et pour peu qu’il soit instruit, il apprend aisément tout ce qu’on lui enseigne ; mais il est un peu vain et présomptueux : il aime le bien et le dépense assez mal à propos.”
Maintenant, Mesdames, souffrez que je vous dise mon grief. Je dis que vous avez dégénéré de vus grand’mères en quelque chose, —que vous n’êtes pas, par exemple, d’aussi belles parleuses que les Canadiennes de M. Baequeville de la Potherie. Ce n’est pas du tout que je veuille dire que vous n’ayez pas le langue aussi bien pendue que ne l’a eu de toute antiquité le beau sexe : — au contraire, on vous reproche d'ignorer absolument la figure de rhétorique qui s’appèle réticence. Mais on n'ose pas assez encore vous dire vos vér.tés. Les dames n’ont de défauts que pour leurs pauvres maris ; quant aux demoi selles, comme les rois, elles ne rencontrent que dés flat-
(*) Les dames des membres du Conseil Souverain.
“teurs; pour ne pas dire, en langage plus familier, des àugueurs. On va pouvoir en juger par la bisbille qui se prépare. Le célèbre botaniste Linnée envoya au Canada en 1749, le savant Kalm, pour en étudier les plantes. Celui-ci, pour se préparer à devenir plus tard un saint évêque luthérien de Stockolm, se mit à observer de près d’autres fleurs, et s’avisa de leur offrir des avis charitables. Mais voilà que mon père, qui n’était pourtant pas le plus galant des Canadiens, se fait le champion de celles-ci. : C’est comme suit qu’il reçoit leur mentor :
Pauvre Kalm, quoi, tu professes De dire ici la vérité !
Tu ne crains pas, :i tu persistes À soutenir ton avancé.
Sur nos bolles Montréalistes, Qu’à droit l’on te dise insensé ?
Quand dans ton jargon tu t’empêtres, En doit-on être bien surpris!
Pour les voir, approche-toi d’elles, Ou du moins, frotte-toi les yeux ; Tes portraits seront plus fidèles,
Et tu nous en parleras mieux.
Si Bacqueville fe la Potherie donne la palme aux da- :mes de Ville-Mar.e sur celles de Québec, en revanche, il parait que Kalm n’en veut qu’à celles-là, du moins à en juger par l’impromptu de leur chevalier. Depuis que Bacqueville écrivait, les rôles sont changés ; ce sont les dames de Montréal qui sont sur la réserve tandis que celles de Québec sont devenues parisiennes.
C’est là tout le chapitre des dames, à moins que quelque diablotin ne vienne de nouveau m’inspirer.
On vient de dire que les Canadiens apprena;ent bien. Mais quels étaient leurs moyens d’instruction ? D’abord voici ce que dit le vénérable Pierre Boncher, dans son Histoire Véritable des Murs et Productions de la Nouvelle- France. “Il y a un collége de Jésuites ; un monastère d’Ursulines qui instrvisent toutes les petites filles, ce qui ‘fait beaucoup de bien au pays, aussi be que le collège
-des Jésuites pour instruction de toute la jeunesse dans
ce.pays naissant.” Le voyageur Lebeau semble dire, et on a cru que le collége. des Jésuites n’était guères qu’une école ;. mais il reste des traces qui prouvent. le contraire, par exemple. ces jeux littéraires auxquels les gouvernans prennent un.si grand intérêt, . “ Le 2 Juillet 1666, dit une relation, les premières disputes de philosophie ont lieu dans la Congrégation avec succès. Toutes les puissances s’y trouvent, M. l’Intendant, entre autres, y a argumenté très bien. M. Jolliet et Pierre Francheville y ont très bien répondu de toute la. logique.” Ce Pierre Francheville devint prêtre, et Jolliet, après avoir porté l’habit de novice, découvrit le .Mississipi et le pays des Tllinois, et fut nommé hydragraphe du Roi. ‘ Quel était le cours d’études que, l’on suivait chez.les R. R. P. P. Jésuites”, demane un comité de la Chambre d'Assemblée au Supérieur Parant.. Il répond, ‘“ Nous pensons que c'était celui du, Collége. de Louis-le-Grand.” “ Quel était le genre d’études que procurait l’établissement des Jésuites” demande-f-on ,au. vénérable Jeseph François Perrault. “On y fesait des cours complets dans les sciences tant sacrées.que profanes.” L’Intendant Hocquart avait dit : “ le professeur royal d’hydrographie à Québec est si occupé de sa charge de Principal du Collége, qu’il ne peut vaquer autant qu’il est nécessaire.” Le petit . Séminaire de Québec s’éleva à côté de ce collége et pré- Juda à une Ecole de Théologie, qui eut pour émule l’École de Droit, car le Procureur-Général donnait des Conférences aux aspirans assesseurs au Conseil Souverain. On voit par la correspondance entre les Supérieurs de Ville- Marie et ceux de Paris, .que les.Sulpiciens avaient une école latine outre des écoles élémentaires. On voulut se procurer en outre les. Frères. des Ecoles Chrétiennes. Charron de la Barre établit un ordre enseignant canadien pour les garçons, et Marguerite Bourgeois, un autre pour les filles. Les Récollets, dans ce pays, ont toujours eu des écoles, à commencer par le P. Durplessis, qui est désigné comme instituteur dès l’an 1616, et qui en cette qualité, put déjouer une conspiration des indigènes contre les Français... .On a vu que le Roi entretenait à Québec un professeur d’hydrographie ;.il y avait aussi un médecin. habile, et la chirurgie y était enseignée, Je vous citerai à ce sujet un document assez curieux et surtout. honorable pour les barbiers. Il est de l’an 1658.
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* François de Barnoin, Conseiller du Roi, son premier Barbier. :t Chirurgien Ordinaire de Sa Majesté; Garde des Chartres, Statuts, Priviléges et Ordonnances Boyaux faits de toute antiquité sur l’art et état de Maître Barbier-Chirurgien, par tout le royaume de France, confirmés par le Roi à présent régnant, et Prévost honoraire et perpétuel du Collége Royal de St. Côme en l’Université de Paris, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
Savoir faisons que; sur la requête à nous présentée par Jean Madry, [*] chisurgien, demeurant en la ville de Québec en Canada, tendant à ce qu’il nous plût non seulement de recevoir Maître Barbier-Chirurgien en la dite ville, mais aussi d’y établir la maîtrise de Barbier-Chirurgien pour le bien public, en tout les pays de la Nouvelle-France, dite Canada, qui sont sous la domination et obéissance de Sa Majesté Tres Chrétienne, dont à Nous seul il en a attribué le pouvoir et jurisdiction.
Pour ces causes, en vertu de notre pouvoir à Nous octroyé par Sa Majesté, désirant favorablement traiter le dit Jean Madry, tant pour sa capacité et expérience en l’art de Chirurgien, que pour les bons services actuels qu’il rend journellement aux sujets de Sa dite Majesté en la dite ville de Québec, en Canuda, et autres lieux de la Nouvelle-France ; Nous lui avons permis et permeltons d’exercer le dit état de Maître Barbier-Chirurgien en la dite ville de Québec, et aussi, en tant que besoin serait, d'y établir pour le bien public, la maîtrise et chef-d'œuvre de Barbier-Chirurgien, et et en tous Les lieux, villes, villages, bourgs, bourgades qui sont sous l’obéissance du loi, suivant les Statuts, arrêts et règlemens de nos seigneurs du Conseil, afin que les passans, allans et séjournans puissent mieux et shrement être pansés et médicamentés en cas de besoin et nécessité. Au moyen de quoi Nous avons signé ces présentes lettres de Maîtrise, et à icelles fait mettre et apposer le cachet de nos armes et contresigner par notre greffier à ce commis, en notre chambre de jurisdiction.
Je crois vous avoir mis à même de juger de ce qui éxistait sous le régime français. ‘ Après la conquête, on sait que le Collége des Jésuites ‘fut transformé en casernes.
-‘p*] Echevin puis Syndic des habituns à Québec.
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