CHAPITRE V. 3û
u cet esprit de corruption? Donnerons - nous « carrière a la rapacité et à cette soif effrénée « des richesses?
« On a défini le gouvernement actuel de « l'Inde, l'union du souverain et du marchand; « et M. Vansittart nous apprend comment ces « rois marchands exercent leur suprême pou- « voir : Ils ont pour principe, dit-il, de vendre a le plus cher qu'ils peuvent et de payer le moins « possible ce qu'ils achètent.
« L'histoire ne nous présente rien qui res- (( semble à ce que nous voyons dans l'Inde, où a le seul principe est l'avarice mercantile, et u le seul moyen de gouvernement la force. On u ne peut comparer la tyrannie des Anglais au u Bengale à aucune autre. Jusqu'alors c'était « sur les grands, sur les têtes superbes,, que la « verge de la tyrannie s'était appesantie. Ceux- « là seuls provoquaient les craintes ou exci- « taient l'avarice du tyran. Le reste du peuple a était laissé en paix ; l'humble artisan, le pau- « vre laboureur, étaient placés trop bas pour u éprouver les coups de la tyrannie. Mais au « Bengale, l'oppression pèse également sur le u riche et sur le pauvre. Ceux qui ont des terres
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se voient dépossédés ; on enlève l'argent a ceux qui en ont. Si l'artisan a un métier, on
< le lui brise. S'il a du grain, on le lui enlève. Si on le soupçonne d'avoir quelque trésor
< caché, on lui applique la torture pour le dé-
< couvrir. Les paroles manquent pour exprimer
< convenablement l'espèce de tyrannie exercée au Bengale. Les tyrans sont des monstres dont
( l'espèce est rare. Ils se rencontrent rarement
< ces hommes que n'arrêtent le sentiment d'aucune honte, la crainte d'aucun châtiment. Les
< souverains ne vivent pas seulement dans le
< présent; l'avenir leur appartient encore. La crainte de rendre sa vie et sa mémoire odieuse, la crainte de la résistance, peuvent servir à réprimer dans le cœur du tyran ses volontés perverses. Mais nos concitoyens au Bengale sont affranchis de toutes ces appréhensions. Ils n'ont aucune résistance a redouter d'un peuple désarmé, vieilli dans l'esclavage et façonné à l'oppression.
« L'enquête a laquelle nous nous sommes livrés n'a point dissipé toutes ces ténèbres. Selon l'expression de Milton, c'est une lumière pâle, qui n'a fait que rendre les ténèbres visibles ,