‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 107 sur 113 · CHAPITRE VI, 3ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI, 3ll

dans un intérêt commun, par les liens d'une mutuelle bienveillance, et eût rendu impossible ces autres guerres encore entreprises par l'ambition et le caprice des rois. Nous devons en conclure que l'établissement de la liberté absolue du commerce serait le plus grand bienfait que pussenl appeler les vœux du philantrope et du chrétien. Il ne saurait être entré dans la pensée du créateur que les hommes vécussent en communautés distinctes et séparées, chacune d'elles isolée de toutes les autres , étrangères les unes aux autres par leurs intérêts ou leurs sympathies, s'enveloppant chacune dans ses intérêts personnels, et se constituant en état d'hostilité avec ce qui n'est pas elle. Ne devons-nous pas penser que tel ne saurait avoir été le vœu d'un dieu bon, d'un créateur intelligent, d'un père miséricordieux? 11 a voulu, nous n'en saurions douter, que la race humaine constituât une vaste fédération d'amour et de bienfaits ; ii a voulu que les diverses sociétés humaines, bien que dirigées par des gouvernemens distincts, lussent unies de sympathies et d'intérêts; qu'elles échangeassent les divers produits de leur industrie et de leur .-.oi, que chacune d'elles communiquât et reçût

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à son tour toutes les connaissances utiles h l'humanité; que chacune participât dans la prospérité de toutes, contribuant pour sa part et selon son pouvoir a accroître la masse de la science et de la félicité universelle; et que toutes fussent réunies entre elles par d'innombrables liens en une société commune , tel qu'il convient aux enfans d'un même père.

Nous ne saurions douter que ce ne soit la le vœu de Fauteur de toutes choses. Il n'a point accumulé ses bienfaits sur quelques points favorisés du globe; il les a au contraire disséminés sur toute la surface de la terre, afin d'encourager par là les diverses associations humaines à échanger entre elles les avantages qui leur ont été respectivement répartis.

En jetant les yeux sur les différentes contre'es du globe, nous trouverons qu'il n'en est aucune qui réunisse tous les avantages que la nature a départis pour la commodité et le bien-cire de l'homme, qu'il n'en est aucune qui en soit privée d'une manière absolue.

Certains pays jouissent d'un sol fertile, abondant en produits agricoles; d'autres ont en partage des mines de métaux et de charbon, condi-

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lions essentielles d'une nation manufacturière. Chaque zone, chaque climat a ses fruits, et ses productions naturelles. Les matériaux dont se composent les diverses parties de nos vétemens , viennent de tous les points du globe. La zone torride fournit aux habitans de la zone elacée une foule d'articles d'utilité ou de luxe; celle-ci à son tour fournissant à l'autre ce qui lui manque , lui rend amplement ce qu'elle en a reçu. Toutes deux contribuent a pourvoir aux besoins et au bien-être des habitans de la zone tempérée qui leur donne en retour une ample compensation.

Il est impossible qu'une seule nation disparaisse de la face de la terre, sans que des peuples civilisés et commerciaux, tels que l'Angleterre et la France , n'en ressentent le contre-coup, et ne s'aperçoivent d'un certain vide apporté dans leur existence commerciale ou politique. En quelque coin du monde que règne la guerre, l'Angleterre et la France eu ressentent les effets plus ou moins éloignés; et il est de l'intérêt de leurs gouvernemens d'interposer leur médiation entre les parties belligérantes. INullc part il ne peut y avoir quelque grande calamité publiqm

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sans que nos intérêts et «os sympathies n'en soient plus ou moins ébranlés. C'est ainsi que l'un des fruits de la liberté du commerce, est de fortifier entre les peuples les liens d'harmonie et de paix.

Il en est un autre, non moins salutaire, c'est qu'elle tend efficacement à propager les lumières et la civilisation.

Presque tous les peuples de l'antiquité ont dû leur civilisation à des étrangers que le commerce avait amenés sur leurs rivages. Déjà l'Egypte et la Phénicie jouissaient d'une haute civilisation, que la Grèce, l'Italie, et tout le reste de l'Europe étaient encore plongés dansles ténèbres de la barbarie. C'est des premiers de ces pays que vinrent Cécrops , Cadmus et les principauxlégislateurs des républiques de la Grèce.

C'est au commerce de Tyr, de Carthage et de l'Egypte qu'est duc la civilisation des pays riverains de la Méditerranée. La marche de la civilisation a été beaucoup accélérée par les communications actives qui réunissaient la Grèce proprement dite, l'Asie mineure, la grande Grèce et l'Orient. Leurs législateurs , leurs philosophes, leurs écrivains ont été presque tous des voya-

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geurs qui ont visité les contrées étrangères, les uns clous un but commercial, les autres dans un but scientifique ou d'utilité. Parmi ces hommes distingués qui, après de longs voyages , rapportèrent dans leur patrie, les sciences, les arts, la littérature de l'Egypte et de l'Orient, il suffira dénommer Solon, Pythagore, Hérodote, Platon, Xénophon.

L'histoire du monde nous apprend que la civilisation d'un peuple ne marche qu'à pas lents, en l'absence de communications avec des nations plus avancées que lui. Quel peuple pourrait-on citer qui soit sorti de la barbarie, abandonné à luimême et sans autre secours que ses propres efforts? Où voyons-nous que les sciences et les arts aien! été des fruits indigènes du sol? Partout les beaux arts et les arts utiles sont d'importation étrangère. On peut remonter a leur origine de peuple à peuple, de rivage a rivage, jusqu'à l'antiquité la plus reculée. Mais nulle part nous ne trouvons une société de barbares se créant d'elle-même un gouvernement et des lois, jetant les bases de l'ordre social, se fondant une agriculture, uncommerce , des manufactures, ajoutant les beaux arts aux arts utiles, et s'élevant ainsi progressivement

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jusqu'à l'état de nation civilisée, sans avoir reçu d'un peuple étranger les semences de sa civilisation et les élémens de ses progrès. Bien loin de là, nous voyons des nations sauvages rester dans le même état pendant des siècles, sans plus changer que les forêts et les marais qui les entourent, jusqu'au jour où des étrangers arrivent, et par la persuasion ou la force des armes , les domptent et les civilisent.

La nature même semble abhorrer l'uniformité. Les arbres et les plantes ne peuvent long-temps fleurir sans changer de sol. Partout où il n'y a pas croisement de races, les animaux dégénèrent; et la nature humaine elle-même se détériore moralement et physiquement, là où une tribu quelconque se sépare du reste du monde, continue de vivre des mêmes sensations et entourée des mêmes spectacles, héritant de ses pères les mêmes idées, les mêmes préjugés, transmettant à sa postérité les mêmes maux, les mêmes vices, les mêmes superstitions.

Tel fut le peuple juif, qui dut moins encore à sa religion qu'à son isolement, qu'à son horreur de rélranger,rétatd'avilissement et de dégénération dans lequel il est depuis si long-temps tombe

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