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commerce maritime étendu était conduit par les Arabes et les Egyptiens, avec l'Inde et la Chine; tandis que les Perses faisaient par terre le même commerce avec ces mômes peuples.
Les épices, les gommes, la soie, l'or, les pierres précieuses et autres objets rares qui constituaient le luxe de Rome, de Tyr, deCarthage, venaient de l'Inde et de la Chine, par les ports de la mer Rouge et du golfe Persiquc.Le même commerce enrichit Iês Arabes dans les jours de gloire des Califes, constitua la grandeur commerciale d'Alexandrie pendant tant de siècles, stimula ie zèle des républiques italiennes, et enflamma dans les aventuriers Espagnols et Portugais , cette audace généreuse qui conduisit a la découverte du nouveau monde, et d'une route nouvelle dans l'Inde.
L'Empire romain doit son obscure et faible origine a une bande d'aventuriers étrangers. Il dut sa civilisation aux étrangers qu'il subjugua. L'immense développement de richesse et de luxe qui signala l'époque de sa domination universelle, il le dut a tous ces peuples divers qui, domptés par son courage, venaient verser dans la capitale du monde le tribut de leurs lumières et de leur commerce. A l'apogée de la puissa
romaine, le commerce de la Méditerranée était immense, et une liberté absolue, illimitée, présidait aux relations commerciales des peuples de l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique.
C'est grâce au secours des arts étrangers, des communications étrangères, que tant de nations barbares s'élevèrent alors a là civilisation, et que les plaines de la Gaule , de l'Italie et de l'Asie se couvrirent de ces cités colossales que tant de siècles de guerre et de barbarie n'ont pu effacer de leur surface.
Une observation générale de la plus haute importance s'applique a tous les peuples que nous venons d'énumérer , et dont nous avons retracé rapidement la grandeur commerciale, c'est que le commerce y a été prospère en proportion qu'il y a été libre. Quand des restrictions, des prohibitions l'ont entravé, il s'est éloigné des pays les plus fertiles et les mieux situés, pour s'établir et prospérer dans des lieux moins favorisés, mais où il était libre. Avec la liberté du commerce on a vu les plus faibles commencemens donner naissance aux plus florissans empires. Un port dans une petite île stérile, où tout navire est le bien venu, où tout marchand a la liberté
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dé vendre, tout acheteur d'acheter, est plus fréquenté que les ports des plus grands empires hérissés de lignes de douanes et de lois prohibitives. Comme je l'ai déjà dit dans l'Introduction de cet ouvrage, c'est la liberté du commerce qui fonda, dans un misérable îlot, la grandeur de Tyr; qui éleva, au milieu du désert, la gloire de Palmyre; qui suspendit sur les eaux, avec ses églises et ses palais de marbre, Venise, la reine de la mer, la souveraine de l'Adriatique,- qui fixa le séjour des lettres et de la richesse sur les rocs escarpes d'Amalfi; qui permit au marchand de la Hollande de s'enrichir, et de conquérir sur l'Océan une patrie.
Je sais que dans tous ces lieux, la liberté du commerce n'était pas absolue ; mais le commerce y était plus libre cependant que dans aucune des contrées environnantes; et il y a prospéré, en proportion de la liberté dont il y a joui.
Adam Smith dit avec raison : « Toutes les « villes, tous les Etats qui ont ouvert leurs ports « à toutes les nations, au lieu d'être ruinés par « la liberté du commerce, comme voudraient « nous le faire craindre les hommes qui dirigent « aujourd'hui notre système commercial , se sont
« au contraire enrichis. Quoiqu'il y ait en Europe <i quelques villes qui, sous certains rapports, « peuvent s'appeler ports libres, il n'en est au- (( cune cependant qui mérite ce nom d'une ma- « nière absolue. La Hollande est de tous les « États celui qui se rapproche le plus de la lice berté du commerce, quoiqu'elle en soit encore « bien éloignée; et tout le monde sait que c'est f( de son commerce avec l'étranger que la Hola lande tire non-seulement toute sa richesse, ce mais jusqu'à sa subsistance. »
D'après tant d'exemples que nous fournissent les sociétés anciennes et modernes, nous sommes en droit de l'affirmer avec une entière confiance? avec la liberté absolue et illimitée du commerce beaucoup de pays pauvres se seraient enrichis, et les pays riches auraient vu accroître leur opulence; beaucoup de nations barbares auraient été civilisées, et les nations civilisées auraient fait de nouveaux progrès en lumières et en prospérité; on aurait évité beaucoup de guerres meurtrières; le monde ne serait pas eu proie, comme il l'est, aux divisions qu'enfantent tant de haines nationales, de rivalités funestes.
Profitons de l'expérience du passé. Qu'elle
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nous serve pour l'avenir. Si le commerce a été le principal moyen de civilisation dans l'antiquité, c'est lui qui nous aidera encore à civiliser tant de peuples plongés dans l'ignorance et la barbarie; et puisque ses bienfaits sont en raison du degré de liberté qu'on lui accorde, quel bien immense ne ferait pas au monde sa liberté absolue, illimitée!
Appliquons ces principes à l'Inde. À quel degré de prospérité et de splendeur ne s'élèverait pas cette terre si riche, si favorisée de la nature, si^ l'entrée de ses ports était libre pour tous les peuples, si le vautour du monopole ouvrait ses serres cruelles qui tiennent dans l'isolement et l'oppression cette magnifique portion du globe, qui enchaînent quatre-vingt millions d'hommes à la pauvreté, à la misère, au désespoir! Et l'Europe, quels avantages immenses elle retirerait de la liberté absolue du commerce de l'Inde! Que de voies nouvelles ouvertes a l'industrie et au génie pacifique du progrès!
Mais ce n'est pas seulement sa prospérité matérielle , ce ne sont pas seulement des richesses, du bien-être j du bonheur que l'Inde devrait a la liberté du commerce; elle lui devrait surtout
. ' j 1 Alil.EAU DE L INDE.
et avant tout son affranchissement intellectuel. Quoique la sécurité de la personne et de la propriété soient la base de toute civilisation, il y a autre chose encore. Bacon l'a dit : a Savoir, c'est . pouvoir. )) C'est par l'intelligence que l'homme domine toute la création, qu'il gouverne tous les animaux et fait servir la matière à ses desseins. C'est par l'intelligence qu'il est vraiment roi de la nature entière. Quand la personne et la propriété de l'homme sont suffisamment assurées , c'est dansla culture de ses facultés intellectuelles qu'il doit chercher de nouveaux moyens de félicité. La propriété et la richesse relèveront jusqu'à un certain degré de luxe et de civilisation , mais la culture de ses facultés intellectuelles lui est indispensable pour faire de nouveaux progrès dans la vertu, dans le bonheur, dans les plus hautes jouissances de la vie, ainsi que pour apprendre à conserver tous ces biens. C'est la qu'est le secret de la véritable puissance. C'est sous ce rapport que la différence est grande entre l'Inde et l'Europe.
Comme nous l'avons vu, le système qui gouverne l'Inde est éminemment favorable au principe du pouvoir despotique, et tend à perpétuer