CHAPITRE VI
l'ignorance dans les masses, au profit d'un petit nombre de privilégies. La religion et la littérature de l'Inde, étant peu propres à élever l'esprit, même dans les classes éclairées, il est difficile de s'attendre a trouver aucun progrès dansles massesî'objet du mépris des hautes classes. L'Indien n'a ni histoire, ni philosophie qui puisse élever l'àme, ou donner de l'énergie à la pensée; ni grands exemples à étudier, ni règles certaines a suivre, rien qui l'excite a franchir les obstacles apportés a la diffusion des lumières.
Mais tout cela accuse seulement les vices du système; il n'en résulte la preuve d'aucune incapacité naturelle. C?est la l'un des fruits amers de l'oppression, qu'elle fait perdre aux opprimés leurs facultés et leurs vertus; en sorte que les voyant abrutis parce qu'ils sont opprimés, on en conclut qu'ils doivent être opprimés parce qu'ils sont abrutis. Une fois enfermé dans ce cercle fatal d'une destinée ennemie, il est difficile a un peuple d'en sortir par ses propres forces. On fait un crime aux Indiens d'avoir succombé sous des conquérans étrangers; on s'en prévaut pour accuser leur faiblesse , et on les déclare tout d'abord incapables delà liberté et de l'indépen
3ï6 TABLEAU DE l/liNDE.
dance. On oublie que le môme raisonnement s'applique aux Italiens, aux Espagnols et aux Portugais modernes. Quels peuples se sont vus plus honteusement, plus fréquemment soumis à la puissance du glaive? Et cependant, pour ne parler ici que des Italiens modernes, de tous ceux qui ont été a même de connaître celte belle race d'hommes, quel est celui qui s'avisa jamais de les accuser d'abrutissement naturel , et de les regarder individuellement comme indignes des Romains, leurs ancêtres? La faiblesse et la désunion de leurs gouvernements, la superstition, lé bigotisme et l'ignorance , l'absence de toute institution libre , expliquent suffisamment leur fréquente soumission a des maîtres étrangers, et l'état d'abaissement où ils gémissent aujourd'hui. C'est à Finvention de l'imprimerie que l'Europe actuelle doit sa civilisation et sa supériorité intellectuelle. Les avantages qui sont résultés de cette invention sont immenses. Les productions du génie et du savoir sont devenues impérissables. On ne peut plus éteindre le flambeau de la science. Sa lumière est accessible à tous, comme l'air que nous respirons. L'histoire à venir offrira long-temps sans doute encore le tableau des mal-