CHAPITRE I
le frappa de plaisir et d'élonnement, mais ne lut pas de longue durée. Les brouillards s'interposèrent de nouveau, et ne laissèrent paraître, comme avant, qu'un horizon froid et gris bordant les vertes plaines de Rohilcunde , et diversifié seulement par quelques touffes de bois de teak. De tous les pics couverts de neige qu'on aperçoit de ce lieu , le plus élevé est Radrinauth ; bien qu'a cause d'un plus grand éloignemcnt et de sa position il ne soit point de la le plus remarquable.
Le seul plaisir qu'on puisse trouver en voyage dans un pareil pays , c'est de regarder continuellement les montagnes qu'on a devant soi , et qui , a mesure que le voyageur avance, semblent croître en grandeur et en beauté. En approchant, les pointes couvertes de neige disparaissent graduellement, mais les parties plus avancées des montagnes prennent alors du développement et delà majesté, et se divisent distinctement en différentes chaînes successives, qui présentent des vallons, des forets, des rochers et des précipices, avec les formes les plus sauvages et les plus singulières. Un terrain difficile, plein d'aspérités, et bien différent des plaines de l'Intlos-
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lan, conduit dans un pays d'une beauté véritablement magique. Dans un certain espace , la végétation ne diffère pas essentiellement de celle des plaines. Les objets qui frappent les premiers par leur nouveauté sont des orties d'une trèsgrande dimension , et quelques plantes rampantes, qui suspendent d'arbre en arbre leurs fîlamens sauvages, aussi gros que des, cables de navires, et qui sont couverts de larges feuilles brillantes. Après une moulée courte, mais trèsdillicile, on rencontre des églantiers, des framboisiers , et de temps en temps quelques petits chênes verts. On voit ensuite une grande quantité de cerisiers sauvages en fleur, de l'espèce de ceux qu'on rencontre communément dans nos forets. En franchissant la première élévation, on trouve aussi des poiriers, des touffes de framboisiers oi des buissons couverts de mûres, qui rappellent un instant notre Europe au voyageur. Beemthal est un lieu magnifique. On est dans une petite vallée, entourée de trois côtés de collines brisées, et de l'autre par une prairie \ erdoyaute, avec un beau lac d'eau transparente abondant en truites. Une pagode petite et simple , construite en pierres grises , et couverte
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grossièrement en ardoise, se trouve, sous des arbres, et offre l'apparence d'une église. La température sert à favoriser encore l'illusion qui transporte le voyageur en imagination dans les parties les plus belles de la Suisse. Beemthal est à 3200 pieds au-dessus du niveau de la mer, et à 2700 au-dessus de la plaine de Rohilcundc. Le Ganghour, qui borne la vue, est encore plus haut de 54oo pieds ; et, lorsqu'on en a atteint le sommet, le voyageur voit encore sur sa tête des pics de 16,000 piecis.
Le lendemain , en s'éloignant du Beemthal, il marcha le long du col de cette dernière montagne, et après avoir côtoyé le lac pendant l'espace d'un mille, M. Hcber suivit pendant treize milles un chemin droit et plein d'aspérités a travers une suite de vallons et de forets, du caractère le plus beau et le plus sublime, u Mon atteri- « tion, ditl'évêque, était entièrement enchaînée « et mes yeux remplis de larmes ; tout , autour de « moi, était si extraordinaire et en même temps « si magnifique, que l'homme ne me paraissait <( plus rien ; et ii me semblait que je montais les « degrés du grand temple de la divinité. A mea sure que nous avancions, les arbres prenaient
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u des proportions pius fortes. C'étaient des sa- « pins , des cèdres et un grand nombre de chê- « nés verts ; et , a ma grande surprise , il y avait « encore, malgré l'élévation, quelques vénérables teaks, sur lesquels des singes blancs faisaient leurs tours et déployaient leur agilité. u Après avoir monté autour d'une ouverture d'un aspect tout-à-lait sauvage, nous arrivâmes « à la gorge du passage entre les deux faîtes « principaux . environ 8600 pieds au-dessus du « niveau de la mer. En ce moment les monta- « gnes de neige , qui s'étaient éclipsées pendant « si long-temps, se découvraient dans toute leur « splendeur. Nundadevi était tout-a-fait vis-art vis; Kedernant n'était pas visible de notre port sition, et Merou ne se montrait à nous que « comme un pic très-éloigné. Cependant les « montagnes de Test se déployaient avec une « inexprimable grandeur pendant que nous des- « cendions la colline de l'autre côté. »
Le jour suivant la route passait au-dessus d'un autre faite , avec une montée plus rapide encore que celle du Ganghur. En arrivant au sommet, les chaînes de neige se découvraient en un plus vaste panorama, et les guides nous montrèrent