‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 54 sur 113 · CHAPITRE III. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. l

ne sont point pavées. On voit encore les arcs triomphaux, ou les trois portes réunies des trois principales rues, ainsi que l'avenue qui conduit au Durbar. Les mosquées et les palais des Palans témoignent encore de leur ancienne magnificence. Les rues étaient spacieuses et régulières; les temples , les aqueducs , les fontaines , les caravansérails et les cours de justice étaient justement admirés. Aujourd'hui la ville ne présente qu'un mélange hétérogène de la splendeur mogole et de la barbarie mahratte. Ce qui prouve l'importance qu'avait autrefois Ahmedebad, c'est qu'elle était du nombre des quatre villes qui avaient le privilège de frapper de la monnaie d'or : les trois autres étaient Agra, Caubul et la cité de Bengal. On frappait de la monnaie d'argent dans dix villes , et dans vingt-huit de la monnaie de cuivre.

Sous le règne d'Acbar, Rajmahal était la capitale du Bengale; mais, en 1608, le soubahdar, Islam Khan , fît de Dacca le siège de son gouvernement, en changeant son nom en celui de Jehanguir Nuggur , eu l'honneur de l'empereur régnant. 11 y bâtit un palais et un l'on, dont les ruines sont un objet imposant. En 1639, h

|'86 JABLEAl' 1)1. LII\!>E.

sultan Sujah transféra de nouveau le gomerne nient à liujmahal; mais, en i65y, !Yleer Juinla , le grand général d'Aurengzeb, rendit de nouveau Dacca la capitale. C'est sous ce règne qu'elle ai teignit sa plus grande splendeur; et, a en juger par la magnificence de ses ruines, elle doit avoir rivalisé en étendue et en richesses avec les plus grandes cités de l'Inde. Sous l'empire des Mo gols, il y avait à Dacca un établissement naval , qui consistait eu 76S croiseurs armés, destine a garder la côte méridionale contre les ravages des pirates d'Aracan. Vers la fin du xvn' siècle , Dacca était la résidence d Azim Ooshaun , petitfils d'Aurengzeb, qui commença et termina presque un superbe palais, maintenant en ruines. La ville commença à déchoir, par suite des désor dres qui accompagnèrent l'invasion de Nadir Shah , et resta dans un état de décadence jusqu'en 1744* ou l'établissement d'un conseil provincial lui rendit pour un temps une partie de sa première importance. Hamilton dit que, malgré son éloigneraient, elle souffrit beaucoup de la révolution française, sans doute dans son coin merce; car les superbes produits de ses fabriques étaient très-estimes de l'ancienne cour de France.

l'H.VPIl'llE III. 1"7

En 1801, malgré la longue stagnation de son commerce , sa population fut estimée par les magistrats a 200,000 âmes, la proportion des mahométans aux Indous étant comme izp est a i3o. A présent on estime la population a 200,000 ;;mes , attendu que la ville contient plus de 90,000 maisons ou cabanes.

Sous le rapport de la population, Patna l'emporte aujourd'hui sur Delhi ou Agra; le nombre de ses habitans domiciliés était estimé en 181 1 à 3 12,000, dont 97,000 musulmans et 214,000 Indous. Il y a , en outre , une population flottante assez considérable. Les Seiksont à Patna un édifice religieux; plusieurs familles arméniennes y résident. Les catholiques romains consistent en vingt familles portugaises, qui possèdent une église, la plus belle de la ville.

Les marchands de Patna fout la plus grande partie du commerce du Népaul. Ils exportent du drap uni, des mousselines, de la soie et des épiées; ils reçoivent en échange de la cire, de la poudre d'or, des 'queues de taureau , du musc, des étoffes de laine appelées tusli , et quelques herbesAiédicimiles. Un certain nombre de marchands du Népaul font leur résidence à Pain.

t88 TABLEAU DE 1,'lKHl

on v comptait, en 181 \, vingt-quatre banquiers qui escomptaient les billets payables soit à Patna, soit a Calcutta, Bcnarès et Moorshedabad. Quelques-uns d'entre eux avaient aussi des correspondais à Lucknau et à Dacca; un d'eux avait un correspondant au ]Népaul , et la maison de Juggeth vSetïi avait des agens à Bombay et Madras. Il y a aussi a Patna des manufactures d'une étoffe qui ressemble aux étoffes diaprées et au damas.

La population réunie de Patna et du district environnant, comprenant un territoire de \oA milles carrés, était estimée, en 181 1 , à ujy^/p musulmans et 4oc),525 Indous : total, 609,270.

Près de Bankipour , qu'on peut considérer comme un faubourg de Patna , on trouve un édiiice élevé fort curieux, qui ressemble beaucoup a une lanterne magique , avec un escalier qui règne tout autour à l'extérieur jusqu'au sommet, comme les anciennes gravures nous représentent la tour de Babel : on peut monter cet escalier a cheval. Il paraît que ce bâtiment fut construit il y a trente-cinq ans, à la suite d'une grande famine, pour servir de grenier d'abondance; mai* on ne lui a jamais donné cette destination. On se pro-

CUAVITKE III. l8g

posait de verser le grain par le haut et de le retirer par le bas , par le moyen d'une petite porte; mais , par un raffinement d'absurdité , cette porte s'ouvre intérieurement, en sorte que, le grenier une lois plein, il n'y avait plus moyen de l'ouvrir. On s'en sert maintenant quelquefois comme magasin a poudre. On ne le visite guère que pour son écho , qui produit un effet surprenant quand on joue de la flûte ou du cor. A Bankipour, le Gange , pendant la saison des pluies , a une largeur de 5 milles; mais, dans les temps secs, il décroit de i milles , et dans l'espace qu'il laisse ainsi à découvert on sème du riz et de l'avoine. Cependant, la principale production du pays n'est pas le riz , mais l'opium. On y cultive aussi le coton, l'indigo et la plante qui produit l'huile de castor.

Allahabad est dans la position topographique la plus favorable de toutes les villes de l'Inde : elle est bâtie sur un terrain sec et sain , au confluent de deux puissans fleuves , le Gange et la Jumna , pourvue d'une communication facile avec Bombay, Madras, et capable d'être fortifié de manière à être imprenable; mais, quoique la royauté en fasse quelquefois son séjour, quoi-

qu'elle soit la résidence habituelle des zadehs du shah , et qu'elle contienne encore deux ou trois belles ruines, elle ne paraît pas avoir jamais été une ville grande et magnifique; elle a aujourd'hui un aspect plus désolé encore que Dacca, et les habitans du pays lui ont donné le nom de Fakirabad (ville mendiante). Les seuls objets intéressans sont le fort de Jumma Musjeed et le sérail, ainsi que les jardins du sultan Khosroo. Le fort est situé sur la pointe du triangle que forment les deux rivières , au point où elles se réunissent. La nature et l'art l'ont également for tifié. C'était autrefois un très-beau château fort ; mais son apparence extérieure a souffert par les modifications modernes que lui ont fait, subir ses maîtres actuels. Ses tours altières ont dû s'abaisser en humbles bastions; ses remparts majestueux ont été défigurés par des parapets de gazon, et un glacis de verdure contribue encore a amollir leur effet imposant. C'est cependant un lieu fort remarquable : la porte principale, surmontée d'un dôme , avec une vaste salle en bas , entourée d'arcades et de galeries, et ornée de peintures grossières mais éclatantes, est la plus belle entrée qu'on puisse désirer a une place d'armes.

Page 1