‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 53 sur 113 · CHAPITRE UI. I ^Q · texte numérisé non relu

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Le jardin qui, ainsi que le monument lui-même, est entretenu avec le plus grand soin par le gouvernement , ses fontaines de marbre , ses magnifiques cyprès, une foule d'autres arbres et de bosquets embaumés, forment un admirable contraste avec le marbre blanc du tombeau, et en le cachant en partie, ôtent a ce monument cet air raide et apprêté qui s'attache inévitablement a tout édifice fini avec un soin trop minutieux. L'édifice lui-même s'élève sur une haute terrasse de marbre blanc et jaune, flanquée, a ses angles, de quatre hauts minarets de la même matière. Le Taje contient, comme d'habitude, une salle centrale où s'élèvent le tombeau de l'épouse chérie de Shahjehan, et à ses côtés celui de l'infortuné empereur luimême. Autour de cette salle sont plusieurs petites chambres, corridors, etc. ; les fenêtres sont revêtues d'ornemens en marbre de la môme espèce que celui de l'édifice. On marche sur des carreaux de marbre blanc ôi de marbre de Sienne, alternés; les murs et les tombeaux sont couverts de (leurs sculptées cl d'inscriptions , exécutées eu superbe mosaïque composée de cornalines, de lapis lazuli et de jaspe ; et, bien que tout ce ira-

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vail soit fini comme des ornemens de cheminées de salon, cependant l'effet général que produit l'ensemble est grave et solennel. En regardant tout l'édifice au dedans ou à l'extérieur, on le dirait terminé d'hier, et fraîchement sorti des mains de l'architecte. On peut s'en faire une idée par ce mot de Zoffani , peintre italien, qui, après l'avoir long-temps fixé dans un sentiment muet d'admiration , s'écria qu'il ne manquait rien a ce chef-d'œuvre qu'un bocal de verre assez étendu pour le couvrir et le protéger.

Umir était l'ancienne capitale de la principauté de Jyepour; elle n'a maintenant de remarquable que ses temples remplis d'ermites et de pèlerins , et un palais qui atteste son antique grandeur.

Les cours intérieures de ce dernier édifice contiennent une magnifique salle d'audience, un joli petit jardin avec des fontaines, ainsi qu'une longue suite de passages, d'arcades, de petits et inextricables appartenons, dont plusieurs sont d'une grande beauté. Des fenêtres, des balcons et des terrasses , on jouit d'une des pius belles vues qu'on puisse concevoir.

CHAPITKK III. iHl

Tous ceux qui ont visité Utnir la considèrent comme supérieure au château de Delhi.

Ici qu'on me permette de citer l'évêque Héber : « Pour moi , dit ce voyageur, j'ai vu « des palais plus magnifiques, d'une architecte lure plus pure et couvrant un plus grand a espace; mais la variété et le pittoresque, la a richesse des sculptures, la sauvage beauté « du site, le nombre et la piquante irrégularité à des appartemens , tout, jusqu'à la surprise « qu'on éprouve de trouver un pareil palais (i dans un tel lieu , et dans un tel pays ; il ré- « suite de tout cela quelque chose qui n'a rien <( que je puisse lui comparer. Et cet édifice est <( aussi l'ouvrage de Jye Singh ! les ornemens « sont du même style , quoique d'un meilleur « goût que ceux de son palais de Jyepour ; les <( dimensions et le nombre des appartemens ce sont également les mêmes. On parait avoir fait a ici un grand usage de verres de couleur; le <( bâtiment est en bon état; mais il a néanmoins « un aspect solitaire et désert; et lorsque notre « guide, son trousseau de clefs a la main, ouït vrait l'une après l'autre toutes ces portes avec « leurs verroux de fer, nous conduisant tantôt

iSo. TABLEAU Pi; L ISOR.

« dans dos passages étroits et sombres , à travers a une longue suite de cours silencieuses, ou de « chambres il voûtes obscures où la lumière n'ar-

ii\;i!L que par dos verres de couleur, et que a les sculptures et les dorures faisaient paraître i< pi us lugubres encore , l'idée d'un château enf« chanté dut nous venir a tous, et je ne puis « ïii'empècher de penser quel magnifique usage «. feraient d'un tel édifice un Arioste, ou un « Walter Scott. »

La ville de Jyepour, qui a succédé à Umir, est extrêmement remarquable. Comme elle est l'ouvrage d'un seul monarque. Jye Singh, elle est bâtie sur un plan régulier , coupée par une rue principale fort large, laquelle est traversée à angles droits par trois autres. Au centre de la ville est une place qui sert de marché. Les maisons ont généralement deux étages, quelquesunes en ont trois et quatre, avec des fenêtres et des balcons, dont plusieurs sont ornés de belles sculptures. Ça et la sont de beaux temples, dans le style de ceux de Beuarès ; près du palais est une, fort, belle tour ou minaret d'environ 200 pieds de hauteur, f.a ville es! assez propre mais une grande partie des maisons sont dans un

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état de détérioration. La population est de 00,000 âmes. Le palais avec ses jardins occupe environ un sixième de la ville.

V u des différentes rues qu'il borde , il présente un iront étendu, de 7 a 8 étages, flanqffé de deux tours d'égale hauteur que surmontent deux coupoles découvertes. Dans l'intérieur sont deux cours spacieuses et plusieurs autres plus petites, entourées d'arcades, de piliers en pierre, excepté les verandahs qui conduisent aux chambres principales et qui sont en marbre. Les jardins sont vastes et fort beaux. On v trouve eu abondance des fontaines, des cyprès , des palmiers, des bosquets odoriféraus , ainsi qu'une suite de terrasses dont aucune n'est strictement conforme au goût, mais dont l'ensemble est riche et frappant.

La ville impériale d'Ahmedebad, située sous le 23° i' de latitude nord, et sous le 720 42' de longitude est, est bâtie sur la Sabermatly, qui baigne la partie accidentelle de ses murs. Après avoir été autrefois une des capitales les plus vastes de l'orient, sa circonférence n'est aujourd'hui que de, cinq milles trois quarts. Elle est entourée d'une haute muraille , avec des tours irrégulières

iSi TABLEAl l)i; 1. IIM)[,.

de cinquante en cinquante pas. Il y a dou/portes principales, indépendamment de plusieurs autres issues. Ahmedebad fut bâtie en l'année 1426, par Ahmedshah , sur l'emplacement d'une cité plus ancienne. Au temps de sa plus grande splendeur, eile s'étendait, avec ses faubourgs, dans une circonférence de 27 milles. Thévenot, qui la visita dans le xvne siècle, dit qu'elle avait alors 7 lieues de tour, et l'Ayéen Aebery en donne la description suivante :

« Il y a deux forts aux portes desquels est la (( ville. Elle contenait autrefois 56o pouras ou « quartiers ; 84 seulement sont dans une condi- « tion florissante : on y compte 1000 mosquées, « qui ont chacune deux hauts minarets et de mer- « veilleuses inscriptions. »

Partout des minarets prêts à crouler, des palais en ruines, des aqueducs détériorés indiquent l'antique magnificence de la ville. Il y a même dans l'intérieur des murs de vastes espaces couverts de ruines, ou dont on a fait des champs de blé et des jardins fruitiers. Quelquesunes des rues sont larges, mais elles ne sont pas plantées d'allées d'arbres , comme fassu-^ reni IVÇandesloe el d'autres voyageurs. Elles

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