‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 75 sur 113 · CHAPITRE IV. 23p · texte numérisé non relu

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les montagnes pendant les pluies , et reviennent dans les temps de sécheresse, annonçant que la saison des pluies est passée. Quant aux corbeaux , leur familiarité et leur audace sont surprenantes : ils fréquentent les cours des Européens, et pendant que les domestiques les traversent, emportant le dîner, ils s'abattent sur les plats, et enlèvent les mets , s'ils ne sont pas chassés par des personnes qui suivent armées exprès de bâtons. Les corneilles et les corbeaux sont regardés par les Indiens comme le symbole de l'âme séparée du corps, \lard gigas passe pour renfermer les âmes des Brames.

Le coucou oriental est aussi gros qu'une pie; il voyage par troupes , est vénéré par les Mahométans, et recherché par les gourmets. Il en existe deux ou troisaulres espèces noires qui se nomment dans l'Inde coweels. Le coucou européen émigré dans le Bengale où on le reconnaît au milieu de la multitude des autres individus de son espèce, aucun n'ayant son chant.

Les pigeons de l'Iûde sont décorés des plus belles couleurs. Le pigeon pompadour de Ceylan est en général d'un beau vert pâle ; mais le mâle se distingue par des ailes d'un pompadour

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pur. Cette espèce aime particulièrement à se retirer sur le figuier des Banyans. Sa cliair est excellente.

Le pigeon domestique d'Europe est très-commun dans riiide ; et sous le règne d'Acbar, on prenait les plus grands soins pour l'élever. L'empereur en était le plus grand amateur de son temps , et en entretenait un nombre prodigieux, ainsi qu'une volière pour toutes sortes d'oiseaux.

Différentes espèces des familles aquatiques arrivent au Bengale avant la saison pluvieuse , et se retirent h l'approehe de la sécheresse. Parmi elles on compte la grue ordinaire, la belle grue indienne, la demoiselle, qui, ainsi que l'indienne , se montre en bandes nombreuses sur les rives du Gange; le bossu, autre espèce de grande taille, entièrement noire, a l'exception du cou qui est blanc, et des jambes d'un jaune sale : ses épaules sont si élevées qu'elles paraissent difformes; et le grand héron ou grue gigantesque, nommé à Calcutta ïargali Cet oiseau énorme passe aux yeux de quelques gens pour être le porteur divinisé de Wishnou, nommé Guroasu. Il est profondément vénéré dans Plïide

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et en Afrique. Les Indiens, - au rapport de M. Pennant, le croient invulnérable, et qu'il est animé par les âmes des Brames. Il atteint la hauteur de cinq h sept pieds quand il se tient droit j son bec est long, fort et aigu, de seize pouces de circonférence à sa racine, et ses ailes ont près de quinze pieds d'envergure. C'est un oiseau d'un aspect repoussant; il a le jabot rouge , nu et pendant; les plumes du dos et des ailes sont très-fortes, et couleur de fer; le ventre couvert d'un duvet d'un blanc sale, les jambes et la moitié des cuisses découvertes.

En le voyant a une certaine distance se promener majestueusement, on le prendrait pour uq Indou tout nu; c'est un oiseau très-utile, qui purge le pays de serpens et autres reptiles et insectes nuisibles. Dans le Bengale il termine la besogne commencée par le jackal et le vautour. Ceux-ci dépouillent la carcasse des animaux de leur chair ; l'argali avale les ossemens entiers. Ces oiseaux ne se laissent pas effrayer à la vue de l'homme , et sont lamiliers comme s'ils avaient la conscience des égards qu'on leur porte.

Ils sont appelés adjudants par les Anglais, à

cause de la démarche martiale qu'ils semblent

avoir de commun avec un jeune officier nouvellement investi de son autorité militaire. On les a vus enlever de jeunes enfans sur les bords des ruisseaux et des réservoirs , quelquefois du seuil des huttes , et les transporter sur les toits des maisons , et la les tuer et les dévorer. Moi-même je les ai vus avaler des rats vivans au milieu des fossés de Calcutta. Je vis une fois un énorme matou subir le même sort pendant qu'il traversait la rue. La poche qui leur pend du cou, comme celle d'un pélican, est très vaste, et leur avaloire immense. Ces oiseaux aiment à se tenir perchés sur les sommets des maisons de Calcutta, d'où ils guettent sans cesse leur proie. Le fait suivant, dont j'ai été témoin, peut servir a donner une idée de leur insatiable voracité et de leur promptitude a avaler tout ce qui est à leur portée. Deux jeunes gens voulant s'amuser, se procurèrent deux épaules de mouton qu'ils attachèrent aux deux bouts d'une forte corde, puis ils les jetèrent dans la rue. Soudain un adjudant descendit du toit d'une maison, et en avala une par le gros bout. Dans le même instant, un autre enviant son bonheur avala l'autre épaule, et tous deux prirent leur volée.

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Mais tout à coup ils se sentirent arrêtés par un obstacle inconnu; un combat commença, et la lutte continua avec violence, jusqu'à ce que celui dont l'estomac avait digéré plus rapidement mourut; son vainqueur s'envola en triomphe , balançant dans les airs vingt ou trente pieds de corde avec le fragment de l'os à son extrémité.

Le Gange fourmille d'innombrables poissons ; mais les espèces sont peu nombreuses. Celles qui ïe sont le plus appartiennent h la famille du cyprinus ou de la carpe. Uongana est une petite espèce que l'on pêche en grande quantité pour être envoyée dans l'intérieur du pays. Mais de toutes les espèces qui se trouvent dans cette rivière ou dans les autres parties de l'Inde, la plus délicate et la plus savoureuse est le poisson rnango ( le poljnernus paradiseus de Linnée ) , qui a mérité cette qualification, a cause soit de sa brillante couleur orange, semblable à celle d'un mango mûr, soit de son apparition dans la rivière dans la saison du mango. Il a a peine neuf pouces de long, et se distingue par sept soies épaisses sortant a coté des ouïes. Ces poissons se montrent • l'abord dans les environs de Calcutta en juin , et

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après le irai regagnent la mer en six semaines. Us sont très-recherchés par les Anglo-Indiens, surtout quand ils sont pleins d'oeufs. Parmi les autres espèces les plus renommées pour leur saveur, on compte le cockap et le sable Jîsh. La côte de Chittagong est célèbre pour ses petites huîtres d'un goût parfait, que l'on envoie a Dacca et à Calcutta. Les huîtres abondent aussi dans les rivières de Cochin. La tortue se trouve dans le Gange, mais petite et d'une qualité inférieure. Le saumon fréquente les rivières et la côte du Malabar peuplée de milliers de sardines. Telle est l'abondance de poissons sur les deux côtes de la péninsule , que les porcs , les chiens et même les chevaux en sont quelquefois nourris. Dans la rivière tiAlakunda , parmi les nombreux poissons de la famille des carpes , il s'en trouve un, le cyprinus dcnticulatus , de sept a huit pouces de long et remarquable par sa beauté : les écailles du dos et des flancs sont très larges, d'un beau vert, et bordées d'une dorure éclatante; le ventre est d'un blanc relevé d'une légère teinte dorée ; la queue et les nageoires d'un bronze foncé. Son goût est déiicat et relevé. Plusieurs de ces poissons sont si apprivoisés qu'ils

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