CHAPITRE V
Histoire de la ComPi^GNFE aiïglaise imës Ind^s ORIENTALES. — Sou origiae. — Le capitaine Lancastre. — Le massacre d'Amboine. — Conflit législatif, — La Compagnie insolvable.* — Les marchands devenus rois. — Conquête du Bengale.
Par tjuels moyens. — Le chef indien' mourant à son fils. -r-Politique atroce de lord CUvc^-Lettrc de Shujah Dowla au gouverneur. — Exécutions Jbarbares. Les Indiens à la bouche des canons, -r— Lettre de lord Clive. — Budget de la trahison.
— Les trônes adjugés au plus haut enchérisseur.
— Enquête parlementaire. Accusation - de lord Clive. Motion du général Burgoine. Discours de sir Williams Meredith à cette occasion.
La première idée qui se présente au seul nom de rinde , est celle d*un pays qui abonde en richesses; (( Les trésors de l'Orient, les richesses des « Indes, )) sont des formules qui se retrouvent sur toutes les lèvres, dans tous les écrits; tout ce que nous connaissons de Flnde, d'après les plus anciens documens, confirme et fortifie cette pre-
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mière impression.. Dès la plus haute antiquité, db pays a attiré sur ses bords les conquéraus et les ravageurs de tous les coins de Tunivers ; et quelque immenses que fassent les pertes que lui infligèrent tapt d'ittvasions successivts , il lui resta encore àsse^ de richesses pour devenir la source principale de Topùlence de Salomon, dans le commerce qu'il établit par Ezion Geber et Fadmor, par le golfe Persîque et la mer Rouge; pour rendre TEgypte florissante, embellir Alexandrie, et enrichir Athènes et Rome de ses produits.
Plus tard les Vénitiens et les Génois durent l^r grandeur et leur puissance au commerce qu ils ouvrirent avec l'Inde par Suez, Aden^ et là mer d* Arabie; et même quand le passage par le cap de Bonne-Espérance entremis la clef de ce vaste et riche entrepôt aux Portugais, la première puissance maritime de l'époque , les richesses qui restaient à Tlnde lui permirent de porter assez haut l'opulence A&^ premiers qui trafiquèrent sur ses' côtes pour que leurs magnifiques succès at^ tirassent TaHeiition et excitassent Tenvie et la cupidité de toutes les nations de rEurope.
En conséquence de la prétention^ élevée par les Portugais à la possession exclusive de ce pa6-
9age inâridme ; fondée sur ce qu'ils en avaient iait la dëcouvene, possession qu41s conservèrent pendant nn siècle, la ]M*emière apparition de vaisseaux anglais dans les mers de Tlnde eut Iteu lors du vojTûge que fit autour du mùnde sir Francis Drake, de 1577 à i58o, passant par le détroit de Magellan et revenant par TOcéan pacifique et les m^s de Tlnde. La réception que fit Elisabedi à ce célèbre navigateur , les honneurs dont cette reine patriote récompensa ses succès , suffirent pour enflammer des centaines d^autres aventuriers; et Ton vit, en conséquence, des hommes des.premières familles du royaume préparer et conduire dans TOrient des escadres de commerce et dé guerre.
L^un des principaux fut Cavendisfa, homme riche et d^une haute naissance, qui^ suivant les traces de Drake , pénétra dans TOcéan pacifique par la route de FOccident , visita les îles Philippines et celles des Larrons, le^ Moluques et presque toutes les^ parties des mers orientales et méridionales. On peut juger de l'impression qu'il rapporta de ce voyage par Textrait suivant d'une, letlre qu'il adressa h son retour au chambellan Ab la reine Elisabeth :
a62 TABLEAU DE l'mDS;
(( Je naviguai aux îles Philippines et m^ap^ « prockai des côtes de la Chine , d*où j^ai rap- « porté àe% détails inconnus encore parmi nous. « Si }e disais ce que )*ài vu de la grandeur et de « la richesse de ce pays, on n^ajouterait point foi « à mes récits. Je côtoyai les Moluques dont les (( habitans idolâtres me traitèrent fort bien ^ et a où nos compatriotes peuvent trafiquer , s'ils H le veident, aussi-bien que les PorMgais. »
Yol. I, p.. i5.
Ge fut k cette époque que la compagnie du Levant fut formée ( en 1 588 ) , dans le but de commercer avec la Turquie , la Perse çt Tlndc^ par la route de terre de Constantinople , Alep, Bagdad , Bessarah, et même Ispafaan et Ormuz» Quelques-uns des membres de cette compagnie exécutèrent un voyage commercial , dans lequel ils atteignirent la côte de Malabar^ Delà s*avaiiçant sur Agra et Lahore^ ^t enfin gagnant le Bengale 9 Pégu et Malacca, ils revinrent par terre a Alep. Pendant toute cette période , les Portugais s^étaient enrichis par la possession presque exclusive du commerce maritime de rinde, et les Espllgnols par le monopole de Manille et de l'archipel des Philippines. Les
oHÀPivRE y. a6?
HoUaûdais vinrent ensuite, et, en.iSoS, envoyérent troi$ vaisseaux dans l'Inde par le passage de Bonne-Espérance; mais ce ixe fut qu'en 1600 que les Anglais 9 après plusieurs tentatives inutiles, établirent des rapports véritables avec l'Inde. . Ce fut dans cette même atmée que la première charte fut octroyée k la compagnie, formée en corporation sous le titr« de : ^c Le gouverneur et n la compagnie des : marchands de Londres « commerçant avec les Indes orientales.' n II importe de repiarquer leis termes dans lesqueU cette concession primitivç est conçue, afin de se faire une idée, juste des motifs qui dirigèrent 1^ législature' dans l'allocation temporaire de tels privilèges; et pour mettre^lus d'exactitude dans notre situation , nous la prenons textuellement dans l'histoire de l'Inde Britannique par M. Mill. (( Conformément aux principes de ce temps , c( la charte était exdusive. Elle interdisait au a resté du royaumede commercer dans les limites (c assignées à 1 a compagnie ; mais elle l'autorisait à « accorder des permissions pour cet ob j et, quand (( elle le jugerait convenable. La charte était ac^ (ç cordée pour un espace de quinze ansj mais sous tt la condition de pouvoir être annulée dans les
1l64 TABLEAU nn L*1VDE.
« deux ao6, k quelque époqtie que ce fiât, si son a établissement n^etaitpas jugëntile au pay$.Daiis (( le cas contraire , sur la demande de la compa^ (( gnie, le privilège devait être renouvelé p(mr (( quinze autr^ années. » YoK t, p« ^3.
Nous n'avons pas toujours à admirer consciencieusement la sagesse des vieux temps ; cepen-* danty il le faut avouer, les conseils d,*Elisabeth ont montré plus de respect pour les droits de la Hlition que n*en ont montré ses successeurs.
Quand il s^agit de conférer des privilèges com^ merciaux exclusifs à une corporation quelconque pour un temps déterminé, quinze années valent mieux que vingt. Au dernier renouvellement de la charte de la compagnie , M. Canning avait demandé que les vingt ans fussent réduits à dix. U soutenait, et il était difficile de répondre k de tels argumens, que des privilèges exclusifs' ne peuvent se justifier que sur le motif d'intérêt pu« blic; <me si c'était là le motif sur lequel la com^ pagnie des Indes fondaiii on droit au renouvellement de sa charte, ce motif poutait être prouvé au hout de dix ans comme au bout de vingt ; si , au contraire, il n'était pas possible d'en établir la preuve, alors dix années étaient un espace en-
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core tfô|) tong. Cet ameudetnent fut ëcartë à une très - MïAt ttïti]ùtixé ; cette cif constaiicc est à'nn fiineste présage pour la discussion qui va s*ôuvrir au parlement anglais et dans laquelle les faits et les argumens concourront unanimettient h demander Fabolition d*ttn funeste monopole. D'ailleurs , les conditions de la première concession de ce privilège sont évidentes; ce n'est que tant qu'il sera reconnu avantageux au pays, que ce privilège devra être maintenu ; mais dans le cas où le pays pourrait abandonner au» particuliers le commerce de l'Inde, sans préjudice pour ses intérêts, la législature ne devrait pas hésiter a abolir* un monopole qui ne serait fondé sur aucune utilité réelle.
On peut se former une idée des sentimens qui dirigèrent les premières opérations de la compagnie, par l'homme dont elle fit choix pour commander la première escadre qu'elle envoya dans rinde. C'était un certain capitaine Lancasire, qui, l'année précédente, était reventî d'une expédition de piraterie.
Le premier voyage eut des résultats pécuniaires avantageux. Les marchands voyageurs visitèrent Sumatra, et obtinrent du souverain de
366 TABLEAU DE L^IUDE.
cette île un traiti^ de commerce -portaûit permission {^ériger une Jactorerie; et comme pour annoncer aux trop conjlîans Indiens le destin qui leur était réservé de la part des hommes auxquels ce premier privilège était accordé^ le capitaine Lancastre s^empara , dans le détroit de Malacca,' d*un vaisseau portugais de 900 tonneaux , chargé de calicots et d^épices , qui suffirent au chargement de toute la flotte : c'était , il faut Tavouer, un moyen commode d'ouvrir un commerce naissant» Apcès avoir laissé k Java trente-six facteurs ou subrécargues , premier noyau des établisse^ mens de la compagnie dans Tlnde^ il revint en Angleterre aumois de septembre dePapnée 1 663, après avoir réalisé , grâce au pillage du vaisseau portugais, de^ bénéfices considérables au profit de ses patrons.
Ce succès fut le signal d'autres expéditions qui suivirent immédiatement; et dans les dix années suivantes huit vojçages successifs furent entrerpris.^ Les capitaux de ces expéditions étaient néanmoins fort peu considérables^ et il n'y a pas aujourd'hui de si petite maison commerciale qui ne fit, pour son compte particulier, des opérations plus imports^ntes. Et cependant la compa-