‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, description géographique, statistiqueChapitre 62 sur 74 · LETTRE DE LORD CLIVE A M. ROUX · texte numérisé non relu

LETTRE DE LORD CLIVE A M. ROUX

Madras^ 17 avril 1765.

a Nous sommes arrivés ici le io de ce mois, ^ et samedi je pars pour le Bengale. Je dois. a vous entretenir des affaires politiques de (( l'Inde. Avant que cette lettre vous parvienne, (( vous aurez lu d'amples détailç sur nos succès (c et sur rétat florissant des affaires de la compact gnie dans l'Inde. Nous sommes enfin arrivés « au point critique que j'avais depuis long-temps (( prévu ^ où il faut que nous décidions enfin si <c nous avons le pouvoir et la volonté de

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« prendre directement possession de tout le (( pays. Shujah Dowla est chassé de ses domai* (f nés ; nous nous en souuues emparés; et ce n^est « pas trop dire que d'affirmer que bientôt Tem* <c pire Mogol tout entier sera en notre puisce sance* Une armée nombreuse d'Européens (( maintiendra d'une manière solide notre sou- (c veraineté. Vous avouerez avec moi qu'après (( ce que nous avons fait, les princes Indiens ne « peuvent plus assigner de limites k nos projets; {( ils ont vu tant d'exemples de notre ambition, « qu^il est impossible qu'ils nous croient capa- (( bles de modération. Les nababs mêmes , aux- (c quels nous prêterions notre appui , convoite- « raient nos possessions ou jçilouseraient notre (c pouvoir; Tambition, la crainte, l'avarice, se- « raient au guet pour nous anéantir; une victoire « ne nous apporterait qu'une sécurité momen- « tanée, si le détrônement d'un nabab était suivi « de l'installation d'un autre. 11 faut que nous « soyons nababs nous-mêmes , sinon de nom , « du moins de fait, peut-être même aux deux « titres a la fois , et' sans plus de déguisement, ce Cependant je ne puis décider ce dernier point (( qu'après mon arrivée au Bengale. Complétons

CHAPitKfi V. tlC^S

(( sans délai nos trois régimens européens ; éle^ « vons-les ^ mille hommes chacnn. En y joi^ (( gnantcinq cents hommes de cavalerie légère^ (( trois ou quatre régimens d'artillerie, et nos (( forces indigènes, nous serons certainement « invincibles. En un mot, si la richesse et la (t ^ec2^n;te' sont les deux grands objets que se proa pose la compagnie, voila le seul moyen de se (c les assurer. » P. aSy.

La ruse vint au secours de la force, et la compagnie atteignit ainsi Je but quVUe avait invariablement poursuivi. Un nabab détrôné, sou successeur subissant le même sort! Un si vaste empire devenant la propriété de quelques marchands avides , vbilk quels furent le résultat de tant d*iftitrigues, de tant de sang versé. Les dépouîUes de ce brigandage sur une vaste échelle furent immenses, si on en juge par le document suivant extrait des registres parlementaires. Il est impossible de le parcourir sans éprouver une |>rofonde commisération pour les malheureux Indiens ainsi dépouillés de sommes aussi énormes, et sans appeler de tous ses vœux le jour où un gouvernement juste et économe indemnisera ce peuple opprimé de Tavidité de ses oppres-

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seurs. « Outre les prësens faits à divers individa5>

(c il y eut des concessions dHmmefises revenus

a territoriaux; en voici Tétat succinct :

Reçu par les représentans de la compagnie, comme présens personnels* . » 2,169^65 liv. st.

Comme compensation des pertes et dépenses supportées par les mêmes. . 5^20,833

Pour les frais de la guerre. 5,4^2,333

Revenus concédés , clairs

de toutes charges. . . . i8,49^>^3^

Total, en livres sterl . 29,482,9 1 3

Ainsi , voilai en quatorze ans près de trente millions sterling d^arrachcs par la violence aux malheureux Indiens, c'est-k-dire k peu près deux millions cent mille livres sterling par an. Hâtonsnous de conclure : nous citerons les termes^d'un historien consciencieux^ M.^Parker : « Les Ance glais, « dit cet historien,, c^ furent d'abordfre- (c çus dans Tlnde par la'faveur des princes du w pays, comme des étrangers auxquels on^per- « mil d'élever des comptoirs et d'établir des

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