CHAPITRE Tl
rignorance dans les masses^ au profit d'un petit nombre de privilégiés. La religion et la littérature de l'Inde, étant peu propres k élever l'esprit, même dans les classes éclairées ,- il est difficile de s'attendreatrouvèr aucun progrès dansles masses, l'objet du mépris des hautes classes. L'Indien n'a ni histoire, ni philosophie qui puisse élever l'âme, ou donner de l'énergie a la pensée ; ni grands exemples à étudier, ni règles certaines k suivre , rien qui l'excite à franchir les obstacles apportés k la diffusion des lumières.
Mais tout cela accuse seulement les vices du système ; il n'en résulte la preuve d'aucune incapacité naturelle. C'est la l'un des fruits amers de l'oppression, qu'elle fait- perdre aux opprimes leurs facultés et leurs vertus ; en sorte que les voyant abrutis parce qu'ils sont opprimés, on en conclut qu'ils doivent être opprimés parce qu'ils sont abrutis. Une fois enfermé dans ce cercle fatal d'une destinée ennemie , il est difficile k un peuple d'en sortir par ses propres forces . On fait un crime aux Indiens d'avoir succombé sous des conquérans étrangers; on s'en prévaut pour accuser leur faiblesse , et on les déclare tout d'abord incapables de la liberté et de l'indépen-
3a6 TABLEAU DE l'iMDE.
dance.Ououi>li6 que le mêmeraisonnements^apT plrque aux Italiens, aux Espagnols et aux Portugais modernes. Quels peuples se sont vus plus honteusement 9 plus fréquemment soumis à la puissance du glaive? Et cependant, pour ne parler ici que des Italiens modernes ^ de tous ceux qui ont été k même de connaître cette belle race d'hommes, quel est celui qui s*a visa jamais de les accuser d'abrutissement naturel , et de les regarder individuellement comme indignes des Romains, leurs ancêtres? La faiblesse et la désunion de leurs gouvernemens , la superstition, le bigotîsme et l'ignorance , l'absence de toute institution libre , expliquent suffisamment leur fréquente soumission a des maîtres étrangers, et rétat d'abaissement où ils gémissent aujourd'hui. C'est à rinyention de l'imprimerie que l'Europe actuelle doit sa civilisation et sa supériorité intellectuelle. Les avantages qui sont résultés de cette invention sont immenses. Les productions du génieetdusavoir sontde venues impérissables. On ne peut plus éteindre le flambeau de la science. Sa lumière est accessible à tous , comme l'jair que nous respirons. L'histoire à venir ofirira long-temps sans doute encore le tableau des mal-
CHAPITAB YI. ilk*]
hears et des ci^imes ; mais on ne verra plus se renouveler ces éclipses totales de la civilisation, telles que l'histoire du passé nous eu présente plusieurs.
L'Inde a été privée de tous ces avantages. Ce n'est que depuis la fin du dernier siècle que Timprimerie a été introduite dans les diverses présidences. C'est alors seulement que les livres Européens et Indiens ont commencé h. se répandre dans ces contrées.
Depuis cette époque, les progrès des Indiens à qui leur position sociale a permis de se livrer aux travaux intellectuels • ont excité Tadmiration même de leurs dominateurs. On a vu s'établir dans toutes les présidences des écoles et des associations littéraires, qui ont mis l'instruction et l'étude à la portée de toutes les castes. Ce qui n'est pas moins surprenant, c'est que l'Inde compte aujourd'hui parmi ses enfans des écrivains Anglais d'une grande élégaoce et d'un rare mérite. A leur tête, nous citerons le brahmiue Ram-Mabun^Roy , dont les écrits sont celèbres en Angleterre. Sa Pétition au roi pour obtenir à VInde la liberté de la presse; ses- Préceptes de Jésus , ses Appels au public chré-
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tien^ sa déjensç, du déisme Indùu; ses traductions des Repanishades et autres poëmes Indiens^ lui ont valu à juste titre une honorable réputation. Ces faits parlent haut. Que ceux-là comprennent qui ont intérêt à comprendre !
Dominateurs de l'Inde , vous qui tremblez que votre sceptre despotique ne vous échappe, vous avez raison de trembler, car le jour viendra, et ce jour n'est pas éloigné peut-être , où les Indiens se lèveront et prendront leur place au banquet des nations. Ne Toubliez pas, « savoir^ c'est pouvoir. » Vous avez je lé les semences du savoir chez des peuples prompts et intelligens. La semence germera. Ce résultat est inévitable. De nos jours, Tinstrument principal des révolutions, c'est le maître d'école. Il a paru dans rinde ce conquérant nouveau, et nul pouvoir humain ne peut plus arrêter sa marche. Un nouvel astre se lève maintenant à l'Orient. Il atteindra son méridien et répandra partout le jour et la lumière. Au moyen des écoles, des réunions littéraires qui se fprment de toutes parts, des livres imprimés qui circulent d'un bout à l'autre de l'Inde, l'instruction va se faire jour dans toutes les parties de cet immense ter-
CHÀPITBE VI. 3^9
ritoire. w Sawir, c^estpouwir. » L'arbre de la
SCIENCE EST ENFIN PLANTÉ DANS l'InDE* El si Sa Cul-
tureest soigneusement dirigée, il produira un jour des fruits pour la gloire et la prospérité de ces contrées, si long-temps opprimées, si long-temps malheureuses. Maîtres de Tlnde, gardez-vous de Terreur j et surtout gardez-vous de Tinjustice. La moindre déviation de ce cours irrésistible imprimé au développement intellectuel d'un grand peuple , peut vous être fatale , et ébranler dans sa base la domination britannique. Voilà plus d'un demi-siècle que Tlnde est soumise à vos lois; mais, quelque bonnes qu'aient pu être vos intentions, vous avez persévéré dans un système qui ne peut se concilier avec la raison , la justice et Fhumanité; c'est le système que vous ont légué vos barbares prédécesseurs , et c'est Ik votre seule justification. Vos institutions appellent une immédiate réforme. Les Indiens connaîtront bientôt , s'ils ne connaissent déjà , toutes les erreurs , toutes les absurdités iniques de votre système. Ils ont long-temps gémi sous son poids accablant. Us ne tarderont pas à savoir que les droits et les devoirs sont réciproques; que si vous prétendez au droit de les gouverner, le devoir
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exige que vous les gouverniez d^abord dans leur intérêt, ensuite seulement dans le vôtre.
Si, au contraire , toute votre politique k venir consiste à détrôner et à pensionner certains mo-' narques indépendans ; h contrôler les autres par la volonté tyrannique de vps résidens , et par la présence d'armées à votre solde j h conclure des traités et à les rompre , selon les exigences de votre intérêt privé ; k obliger tous les pouvoirs de rinde k s'abaisser devant yous, et k subir votre loi; si Tinstabilité préside k tous vos moyens de gouvernement, et si le résultat de tous ces changemens est,^ en définitive , V accrois semerU perpétuel du tribut annuel y Favenir vous montrera, ou je me trompe fort, une population intelligente , peu disposée à vous croire sur pa-* rôle , et ne vous jugeant que sur les faits. Voos
AVEZ A ACQUITTER UNE mMENSE DETTE DE JUSTICE. Lc
paiement vous en sera demandé ; et vous allez avoir bientôt l'occasion de vous libérer honorablement, k Tantière satisfaction de vos créanciers, et avec gloire pour vons-méme. Mais si vous laissez passer cette occasion , si vous vous décidez k persévérer dans votre système d'erreur et d^oppression , je vous le répète: ^ prenez