‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 15 sur 47 · JÉSUS, JETANT UN GRAND CRI, RENDIT L'AME · texte numérisé non relu

JÉSUS, JETANT UN GRAND CRI, RENDIT L'AME

Chacun, avec son rameau, s'en retourne à son logis, et attache à son chevet la branche verdoyante que le prêtre à bénite.

Le rameau séché de l'année précédente doit être jeté au feu.

Dans quelques églises, c'est la cendre de ces rameaux brûlés que Ton répand sur le front des chrétiens, le mercredi des Cendres : ainsi ce qui reste des palmes du triomphe sert à nous montrer la vanité de toute la gloire !

Des idées que je me garderai bien de nommer superstitieuses sont attachées en divers pays, à la garde de ces rameaux : en Bretagne, la mère qui ne verrait plus la branche bénite à la couche de sa fille, tremblerait pour elle.

Quant un enfant vient à naître, on prend quelques feuilles du rameau qui a été placé près du lit de la mère et du père de famille, pour les attacher au berceau du nouveau-né.

Et quand nos derniers instants seront arrivés, quand nous serons couchés sur le lit d'où nous ne nous lèverons plus, le rameau qui a veillé sur nos nuits tranquilles sera ôté de la muraille ou du rideau, et la sœur de charité qui soignera nos souffrances et qui pensera au salut de notre âme, l'aura mis dans l'eau bénite, pour en asperger de temps en temps notre couche et nous-mêmes.

En Espagne, dans quelques provinces, les morts sont enterrés avec leurs rameaux entre leurs mains jointes ; et la tradition dit que les rameaux des prédestinés ne pourrissent point dans le cercueil.

Dans plusieurs églises de Rouen, les prêtres, au lieu d'aller à la procession des Rameaux avec des branches de buis, portent à la main de belles branches de palmier.

Ces nobles rameaux sont venus directement de l'Idumée, et les

LE DIMANCHE DES RAMEAUX. 6l

premiers peut-être qui auront été envoyés en France, l'auront été par quelques chevaliers conquérants de Jérusalem.

Figurez-vous la joie des chrétiens restés en France, du temps des glorieuses croisades, quand ils recevaient de leurs fils, de leurs frères, de leurs amis, ces palmes de conquête. Oh! il faut l'avouer, c'étaient là de beaux rameaux pour célébrer l'entrée de Jésus à Jérusalem!

Ces branches de palmier sont aujourd'hui jaunes et desséchées; mais je les trouvais encore belles : l'imagination et les souvenirs les reverdissaient pour moi.

La semaine Sainte

La dernière semaine de Carême, la semaine qui précède la solennité de Pâques, a reçu des chrétiens différentes appellations qui prouvent combien elle était placée haut dans leur esprit.

Tantôt ils la nomment : semaine sainte, grande semaine, semaine pénale et semaine d'indulgence.

Dans la primitive Eglise, les jeûnes étaient plus longs et plus austères que dans le reste du Carême; je lis dans Y Histoire des Fêtes de l Eglise : « Parmi les fidèles il y en avait qui passaient la semaine entière sans manger. Les autres étaient quatre jours de suite; les autres, trois; d'autres, deux seulement. »

Comparons nos austérités à celles des premiers chrétiens, et puis, si nous l'osons, plaignons-nous.

Après la belle cérémonie des palmes, le lundi et le mardi saints paraissent froids : rien ne les distingue des autres jours; seulement, dès qu'on fait quelques pas dans les églises, on voit plus de monde que de coutume près des confessionnaux; et puis les lévites qui sont chargés d'orner et de parer les autels commencent déjà les apprêts du tombeau, ou reposoir, où l'hostie consacrée le jeudi doit être déposée sous un voile de drap d'or, en mémoire de l'ensevelissement du Sauveur, et de son repos de trois jours dans le sépulcre.

Mais avant les magnificences du Jeudi et le deuil du Vendredi saint, dès le Mercedi, les offices appelés Ténèbres commencent a être chantés.

Ce nom de Ténèbres vient de ce que, dans les premiers siècles, ces prières étaient dites pendant la nuit; car alors, aux austérités du jeûne on joignait la privation du sommeil, et les veillées saintes étaient longues et fréquentes.

D'autres disent que c'est en mémoire de l'obscurité qui s'est étendue sur toute la nature au moment où Jésus-Christ, expirant sur la croix, a fait trembler la terre de ces mots :

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