‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 30 sur 47 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Satan, vaincu dans sa révolte contre le Très-Haut, a la conscience de son éternelle défaite; précipité des hauteurs du ciel dans les régions de feu, il sait qu'il ne pourra jamais remonter au delà des nuées, là où, par-dessus tous les cieux, la majesté de Dieu réside; mais, malgré cette conviction, il s'agite toujours dans l'abîme; n'en pouvant sortir, il veut y attirer une grande joie de celui qui a dit : « Mal, sois mon unique bien, » c'est de compter, du haut de son infernal trône, les nombreuses âmes auxquelles il a ravi le bonheur céleste! Après cette hideuse joie, il en aune autre encore; c'est quand, sur la terre, on insulte à la Croix : un sacrilège commis par les hommes, c'est un sujet de triomphe, une cause d'allégresse pour les démons et les damnés; ils savent que, sous les bras étendus de la Croix, il y a du salut pour tous les enfants d'Adam; et quand ce victorieux, ce glorieux étendard est abaissé ou renversé par les impies, il y a dans le lac de soufre et de bitume comme un moment de répit aux éternelles tortures.

Aussi voilà longtemps que l'implacable Satan pousse les hommes au sacrilège, à la destruction des choses saintes. Quand la race du fratricide Caïn, méconnaissant les enseignements que le Très-Haut avait donnés à Adam et à Eve et par lui-même et par ses anges, voulut se livrer au délire de toutes leurs passions, à l'instigation de Satan, ils détruisirent les autels de gazon qu'ils avaient, dans leurs jours d'innocence, élevés au Seigneur.

Plus tard, quand le Fils de Dieu, s'étant incarné pour racheter les hommes, eut été sacrifié pour le salut de tous, sur le mont Golgotha, l'archange rebelle redoubla de haine contre le Ciel, et jura par lui-même que l'emplacement du grand et sanglant sacrifice disparaîtrait et serait enlevé à la vénération des disciples du Christ ressuscité. L'orgueilleux vaincu ne pouvait se résoudre à laisser debout l'étendard du vainqueur de la mort et de l'enfer. La Croix fut abattue, et sur le lieu même où le Dieu de toute pureté, la victime sans tache, avait été immolé, Satan inspira aux conquérants de la Judée, aux maîtres de Jérusalem, l'abominable pensée d'élever un temple à l'impudique Vénus.

Depuis l'empereur Adrien, les adorateurs des faux dieux n'avaient rien négligé pour profaner la sainteté du Calvaire; ils avaient vu avec quel respect les premiers chrétiens s'approchaient de la montagne sainte, avec quelle pieuse vénération ils baisaient la terre arrosée du sang de Jésus et

la pierre brisée de son sépulcre; et pour que le peuple ne reconnût plus l'endroit où la Croix avait été dressée, ils avaient fait du Golgotha un lieu d'idolâtrie, un temple de prostitution. « Ils avaient, dit un vieil écrivain (i) dont j'ai le livre sous les yeux, pour abolir la mémoire de la résurrection de Jésus-Christ, ils avaient bouché le trou dans lequel l'arbre du salut avait été planté; ils avaient comblé la grotte du saint sépulcre, élevé une grande terrasse au-dessus, pavé de pierres le haut, et construit là un temple à Vénus, afin qu'il parût que les chrétiens allaient adorer cette fausse divinité lorsqu'ils y venaient rendre leur culte à Jésus-Christ. »

Quand le miraculeux Labarum eut apparu à l'empereur Constantin, quand l'image de la Croix eut été placée au diadème des Césars, un des premiers soins du nouveau chrétien couronné fut de rendre le Calvaire à la vénération du monde; il ordonna donc que le temple impur fut détruit, qu'il n'en restât pas pierre sur pierre, et que toute souillure fût éloignée de la montagne sacrée. Saint Macaire, évèque de Jérusalem, reçut de l'empereur l'ordre d'y bâtir une magnifique église, le proconsul romain ayant commandement de fournir pour cette construction tout ce qui était nécessaire, tout ce qui pouvait contribuer à la grandeur, à la beauté de ce temple chrétien.

Malgré ces ordres donnés par le maître du monde, l'impératrice Hélène, mère de Constantin, se hâta d'arriver à Jérusalem. Elle-même, dans son pieux zèle, voulait surveiller les travaux de ce monument; elle les fit commencer vers l'an 326, après avoir interrogé les descendants de ceux qui avaient été témoins de la passion et de la mort du divin Sauveur. Le peuple a sa mémoire, et il se souvient bien des événements qui ont remué son cœur; il raconte les faits qu'il a vus, ses enfants se les rappellent et les redisent, et cette tradition vaut bien des livres. Hélène écouta cette voix, et, à son aide, elle retrouva, elle reconnut tous les lieux illustrés par les souffrances du Fils de l'homme.

La petite montagne du Golgotha est fort près de Jérusalem (2), et c'était apparemment là que l'on exécutait les criminels. Après que la ville de Jérusalem eut été détruite par les Romains sous l'empire de Tite, elle se rétablit peu à peu, et les Juifs y étaient en assez grand nombre lorsque Barcoquebas se révolta contre les Romains. Adrien ou ses généraux furent obligés de l'assiéger, et, l'ayant prise, la ruinèrent de fond en comble. Après cela, Turanus Rufus, ou Tinnius Ruffus, qui était alors gouverneur de Judée, fit passer la charrue sur l'endroit où avait été le temple, pour montrer qu'en cet endroit nul édifice ne pouvait jamais être reconstruit, sans un arrêt exprès du sénat. Après la guerre, Adrien défendit aux Juifs de mettre le pied dans Jérusalem, sous peine de la vie. Il y établit une colonne romaine, et appela la ville, JElia Capitoliua. Cette nouvelle ville ne fut pas bâtie sur les ruines de l'ancienne, mais plus au septentrion; en sorte que le mont du Calvaire, qui auparavant se trouvait hors de la ville, fut presque au centre d'/Elia Capitolina. On n'enferma dans cette ville qu'une assez petite partie de l'ancienne Jérusalem. Le mont de

(1) Deshayes, envoyé par Louis XIII en Judée.

(2) Dom Calmet.

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