‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 36 sur 47 · L ASCENSION. I · texte numérisé non relu

L ASCENSION. I

« Béni soit le nom de Dieu, dit Anselme en entrant.

— Béni soit le nom de Dieu, répéta l'habitant du cachot.

— Le Seigneur délivre le captif.

■ — Et ressuscite-t-il les morts? ajouta Main-de-Fer en pensant à son fils.

— N'en doutez pas, mon frère, le Dieu au nom duquel je viens vous ôcer vos chaînes, délivre du cercueil comme de la geôle.

— Ainsi donc, je puis espérer que Maclou sera pardonné, pardonné de [a vie que je lui avais enseignée...; car lui, le pauvre enfant, n'aurait jamais voulu être un voleur; mais, moi, je lui avais dit qu'il y avait un honneur à nous, un honneur qui consistait tout entier dans le courage Aussi, mon

brave garçon n'avait peur de rien , et, tout jeune encore, il pouvait

ie vanter de faits éclatants d'adresse et de bravoure; son corps, tout frêle it blanc comme celui d'une femme, endurait la fatigue presque aussi bien que le mien... Souvent, dans nos courses, nous n'avions pour nous cacher que les bois et les cavernes, et dans le plus rude de l'hiver, nous avons cous les deux dormi ensemble sur la neige, et je n'avais point de manteau pour nous couvrir; et pour le réchauffer je le pressais contre mon cœur d'assassin, contre mon corps taché de sang... Vous le voyez bien, seigneur chanoine, élevé ainsi, Maclou n'a pu être vertueux...; mais à moi la faute s'il a été criminel!... C'est moi seul que Dieu devrait punir; et, cependant, c'est moi qu'il récompense, qu'il arrache à la prison et à la mort... Et mon fils, mon brave Maclou, a été horriblement tué, lâchement assassiné sous mes yeux!... Oh! malédiction! malédiction!

— Que faites-vous, mon frère? vous maudissez!...

— Oui, ceux qui ont tué mon fils.

— Mais n'avez-vous jamais, dans vos jours de sang, donné la mort aux enfants des autres? et voulez-vous que les parents de vos victimes vous maudissent?

— Si l'on pouvait me rendre mon fils, ce me serait bien égal! Tenez, seigneur chanoine, c'est bien mal, je le sens...; mais je ne puis m'en défendre; aujourd'hui plus que jamais, je doute de la justice de Dieu!

— Comment, dans ce jour de grâce pour vous?

— Ah! je vous dis encore, la grâce n'aurait pas dû être pour moi.

— Mais votre fils en a peut-être obtenu une plus entière que celle que vous allez recevoir; vous n'allez quitter la prison que pour marcher libre sur la terre; lui a peut-être -eu une part meilleure que la vôtre; peut-être des profondeurs de son cachot est-il monté jusqu'aux hauteurs du ciel.

— Vous croyez ?

— Je l'espère...

- — Qui vous donne cet espoir?

— Sa jeunesse.

— Oh! oui, il était si jeune!

— Et la miséricorde divine?

— Oh! oui, elle est si grande!

— Le Seigneur aura eu pitié de lui.

— Ah! vous avez raison!... Il disait quelquefois des prières que sa mère lui avait apprises... Je me souviens qu'un jour nos camarades avaient pillé

l5o FÊTES CHRÉTIENNES.

une église... Maclou était de l'expédition, et il avait pris pour sa part un beau saint-ciboire tout rempli d'hosties consacrées. Quand il tint ce butin dans ses mains, il se mit à trembler, et sans rien dire il alla chez le curé, s'introduisit adroitement dans sa demeure, y déposa le vase du tabernacle, et il revint dire cela à sa mère, qui l'embrassa en pleurant de joie.

— Bien, bien, mon frère; appelez dans votre cœur des pensées pareilles, elles y ramèneront la paix et la consolation...; et aujourd'hui livrez-vous à la joie...

— Oh! il y a des cœurs qui ont été tellement noircis de crimes, tellement desséchés, que la joie n'y peut venir...

— Vous vous trompez, mon frère : aujourd'hui mon cœur nage dans le bonheur, et cependant, moi aussi, j'ai bien souffert, bien cruellement souffert.

— Vous n'avez pas vu tuer un fils.

— Non, mais j'ai vu massacrer ma mère!

— Votre mère?

— Hélas! oui, et comme vous, qui n'avez pu défendre votre enfant, moi je n'ai pu secourir ma vieille mère; ses meurtriers m'avaient attaché, garrotté à la colonne de son lit!...

— O Ciel!...

- — Vous frémissez?

— Je me souviens. . .

— De quoi?

— D'un meurtre!...

— Commis en quel lieu ?

— Au hameau de Sainte-Barbe; là, une nuit, pour avoir beaucoup d'or, une bonne charitable dame a été assassinée.

— Cette femme, c'était ma mère.

— Son meurtrier, c'était moi,

— Vous?

— Oui, moi..., moi que vous voulez sauver... Le voulez-vous encore? » A ces mots, le meurtrier était tombé aux pieds du prêtre qui sentait

les bras de l'assassin de sa mère embrasser ses genoux... Son premier mouvement fut de vouloir fuir... Mais il regarda le ciel, y puisa de la force, et dit d'une voix bien émue :

(( Je vous pardonne, comme je veux être pardonné de Dieu.

— Voudrez-vous encore me donner, à moi, le privilège de la fierté?

— Vous le retirer serait une vengeance.

— Mais j'ai tué votre mère!

— Mon frère, ne répétez plus cette parole... vous vous êtes repenti... et moi j'ai pardonné... Adieu, on va vous apporter des vêtements pour la fête de votre délivrance; revêtez-les en bénissant le Seigneur qui a délivré les trois enfants d'Israël de la fournaise ardente; le Seigneur qui a sauvé Daniel de la fosse aux lions; le Seigneur qui brise aujourd'hui vos fers. Moi, je retourne au chapitre brûler votre confession.

— Et vous ne direz pas...

— Je ne sais rien... Ainsi, voici que l'on sonne le Venï Creator ', il faut que je vous quitte : je vous reverrai à la vieille Tour...

l'ascension. t5i

— O mon sauveur! bénissez-moi!

— Je vous bénis au nom de Celui qui m'a envoyé vers vous... » Et en prononçant ces dernières paroles, Anselme, le cœur battant de l'émotion si forte qu'il venait d'éprouver, les yeux humides de larmes et brillants d'exaltation, sortit de la Tour aux Normands, et éprouva un grand bien quand il sentit la brise du matin passer sur son visage animé et brûlant, quand il n'entendit plus la voix de l'habitant du cachot.

Après l'invocation au Saint-Esprit, les vénérables chanoines de Notre-Dame se rendirent dans la grande chambre du chapitre, où, selon l'usage, on fit lecture des confessions des prisonniers; et puis on envoya au Parlement le nom du criminel auquel on avait décidé d 'octroyer le privilège de lever la fierté. Ce nom fut porté, comme de coutume, par un chapelain de l'église, dans un cartel, au Parlement assemblé en corps au Palais, et en robes rouges.

La grâce étant tout à fait admise, le chapitre fit publiquement brûler dans le lieu capitulaire les confessions des autres prisonniers, pour qu'il n'en fût jamais mention.

Il n'était pas encore midi, et tout ce qu'il y avait de cloche dans la cathédrale était en joyeux branle; Guillaume d'Etouteville, pesant 3, 5oo livres de métal, et la fameuse Rigault, et la Romaine, donnée par saint Romain; et Thibault et Nicolas, offertes par deux frères; et la Petite-Marie, et le Grand-Saint-Benoît, et Jean de Lux, et Louise de Graville, et le Saint mortuaire..., toutes ces voix d'airain sortaient de la tour Saint-Romain, tandis que de la Tour de Beurre s'élevaient, graves, imposants et solennels, comme une basse à tous les autres carillons, les sons de Georges d'Amboise, cloche si admirable, que Jehan le Machou, qui l'avait faite, mourut de joie en l'entendant sonner sa première volée...

Et répondant à ces magnifiques sonneries, toutes les sonneries des autres églises, de Saint-Lô, de Saint-Clément, de Saint-Maclou, de Saint-Godard, de Saint-Herbland, de Saint-Nicolas, de Sainte-Croix-Saint-Ouen, de Saint-Nicaise, de Saint-Amand, de Saint- Martin-sur- Renelle, de Saint- Etienne, la grande église de Saint-Sever, de Saint-Pierre-du-Chàtel, de Saint-André-de-la-Porte-aux-Febvres, de Saint-Gervais, de Saint-Etiennedes-Tonneliers, de Saint-Paul, de Saint-Laurent, de Saint- Viviers, de Saint-Patrice, de Sainte-Marie-la-Petite, de Saint-Pierre-le-Portier, et de bien d'autres tours et clochers qu'il serait trop long d'énumérer. Mais à entendre ces salves, ces volées, ces carillons, ces sons graves et ces sons argentins, on eût dit que la terre élevait toutes ses voix pour convier les saints et les anges du Paradis à descendre sur terre pour assister à la grande fête du Pardon de saint Romain, et, en toute vérité, on peut dire que cette solennité était digne d'être regardée par les bienheureux habitants du ciel.

Que l'on se figure la grande cité toute parée de tapis, de fleurs, de tentures, de voiles jetés d'une maison à l'autre, et formant, aux environs, des reposoirs au-dessus du peuple, comme une voûte pour le garantir du soleil, et répandant ainsi sur la voie publique un peu de cette mystérieuse sombreur des églises.

l52 FÊTES CHRÉTIENNES.

Pourquoi donc cette foule s'incline-t-elle ainsi ? On dirait d'un champ de blé mêlé de coquelicots et de bluets que la brise agite et courbe devant son souffle ; c'est que la procession s'avance. Voyez au-dessus de ces milliers de têtes découvertes, et les croix de vermeil de l'archevêque, et les croix d'argent des paroisses et des communautés, et les croix de bois des ordres mendiants, et les bannières de velours rouge, et les gonfanons blancs de la Sainte Vierge, et les insignes des confréries, et les attributs des maîtrises et des différents métiers, et les hallebardes des hommes d'armes, et les bâtons fleuris des pèlerins, et la flamme des torches, et les châsses dorées, et les encensoirs s'élevant et retombant en cadence, et enfin, la terrible gargouille, s'agitant, se tordant, s'allongeant, se recourbant, et excitant partout les acclamations de la multitude; et puis enfin, la fierté! la fierté du grand saint Romain, la ûerte qui délivre et qui fait passer du cachot à la liberté, de la mort à la vie !

La voilà! la voilà! elle arrive au bas de l'escalier de la vieille Tour... Là, un homme tenant à la main des chaînes, un carcan et des menottes brisées, attend... : son visage peint toute l'émotion de son âme; il y a des traces de tristesse et de soucis sur son front; la joie du jour n'a pu les effacer toutes : ainsi sur le coteau qui a été frappé par l'orage, un beau soleil ne suffit pas pour faire disparaître les dégâts que la tempête a faits. Dans la longue file des prêtres, Anselme marche auprès de la fierté; il tient à la main une couronne de roses blanches. A qui est destiné ce diadème d'innocence ? sur quelle tête devra-t-fi. poser ?

La religion lui ordonne de couronner l'homme qui a... Il chasse cette pensée qui lui revient, et il se répète : Je couronnerai celui qui s'est repenti, celui à qui Dieu a pardonné...

Et il en fut ainsi.

Quand la fierté fut arrivée en face du grand escalier de l'antique palais des ducs de Normandie, les prêtres qui la portaient la posèrent un instant sur la pierre recouverte de riches tapis, et le prisonnier avec ses fers brisés, et recouvert d'une dalmatique sans tache, se courba, plaça un des montants du brancard sur ses larges épaules, et, soulevant le poids sacré, devint tout à coup libre et pur, libre et pur aux yeux du Ciel et des hommes !... aux yeux même d'Anselme : car il posa la couronne de roses blanches sur la tête de l'homme qui avait tué sa mère.

Certes, c'était là un beau privilège, et la ville qui l'a perdu a raison de le regretter; alors qu'elle en jouissait, on voyait des rois de France écrire à des échevins de Rouen pour recommander des criminels que le droit royal de faire grâce n'avait pu délivrer. Quand leur clémence était à bout, ils recouraient à celle de Dieu.

Au temps d'Eusèbe, qui vivait vers le commencement du quatrième siècle, on croyait savoir, par tradition, l'endroit d'où Notre-Seigneur était monté au ciel; on montrait dès ce temps, sur le point le plus élevé du mont des Oliviers, sur une pierre, les marques ou l'empreinte des pieds du Sauveur, traces que rien n'avait pu effacer ; et cependant la piété des fidèles faisait que bien souvent ils grattaient cette pierre pour emporter chez eux un peu de cette poussière sacrée.

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Et ce qui est encore plus merveilleux, dit un vieil auteur, « c'est que Titus, quand il vint faire le siège de Jérusalem, avait planté ses tentes sur le mont des Oliviers, comme sur les autres hauteurs, pour enceindre la ville déicide, et que les pas de tant de soldats, que le roulement de tant de machines de guerre, n'aient pas fait disparaître la marque des pieds du Dieu de paix et d'amour. »

Saint Paulin de Noie et Sulpice-Sévère, qui étaient contemporains de saint Jérôme, nous apprennent aussi la même chose; saint Augustin avait la même opinion ; il le prouvait lorsqu'il disait : « On allait en Judée adorer les vestiges de Jésus-Christ, qui se voyaient au lieu d'où il était monté au ciel. » Cette merveille subsistait encore au huitième siècle, selon le témoignage du vénérable Bède, et sur la foi d'un évèque d'Occident qui avait fait le voyage de Terre-Sainte.

L'auteur que j'ai cité tout à l'heure dit encore : « Dieu fit un autre miracle de grand éclat au sujet de ces vestiges du Seigneur, lorsque l'impératrice Hélène fit bâtir l'église de l'Ascension sur la place du mont des Oliviers, d'où l'on savait que le divin Sauveur était monté au ciel. On voulut paver, comme le reste de l'église, l'endroit où était la trace de ses pieds, et le couvrir de marbre précieux; mais on avait beau le cimenter et vouloir retenir cette dalle avec de longs clous d'or rivés en terre, une puissance, sortant du lieu même que Jésus-Christ avait touché de ses pieds sacrés, soulevait et jetait toujours à l'écart ce que l'architecte voulait fixer sur l'empreinte miraculeuse.

Il en fut de même lorsque l'on chercha à fermer la voûte; jamais on ne put parvenir à la clore, et pendant bien des siècles le dôme resta avec une ouverture, qui indiquait que Dieu avait passé là pour retourner dans son royaume céleste.

La Pentecôte

La Pentecôte des Juifs, qu'ils appelaient la fête des Semaines, la fête de la Loi, la solennité des Moissons, le jour des premiers fruits, avait été instituée par Moïse, pour qu'Israël gardât à jamais le souvenir descommandements que le Seigneur lui avait donnés au milieu des foudres et des éclairs, sur le mont Sinaï.

L'obéissance à ces divins commandements, l'observance de cette loi dictée par Dieu, la sagesse même, devaient faire du peuple qui y serait resté fidèle, le peuple le plus heureux du globe.

La Pentecôte des chrétiens est la commémoration d'une autre grande journée, de celle où le Saint-Esprit, sous la forme visible de langues de feu, descendit sur les apôtres, pour embraser ceux qui devaient éclairer le monde.

Le Dieu descendant au cénacle est le même que l'Eternel descendant sur le Sinaï : sous l'ancienne loi, les tonnerres l'annoncent; sous la loi nouvelle, c'est un bruit semblable à un vent impétueux venant du ciel, qui le précède et remplit la maison où les apôtres étaient rassemblés.

A cette grande voix d'en haut, les hommes pleins de foi, qui attendaient le Consolateur que Jésus avait promis de leur envoyer, ne doutent plus que ce ne soit l'accomplissement de la parole divine, et, saisis de crainte et de

respect, ils se mettent à prier O prodige! tout à coup des langues de

feu se divisent et vont s'arrêter sur chacun d'eux.

Feu du Ciel, vraiment! car à l'instant même ces hommes faibles et timides se sentent entièrement changés ; sous la flamme divine, leurs âmes se sont soudainement agrandies ! A présent ils conçoivent les pensées élevées, les généreux dévouements et les nobles sacrifices : à présent l'Esprit-Saint est en eux !

Aussi, entendez-les louer et confesser Dieu dans toutes les langues! A peine savaient-ils l'hébreu, et les voilà parlant, ces douze Galiléens, de manière à être entendus et compris par les Parthes, les Mèdes, les Élamites, et par ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l'Asie, la Phrygie et la Pamphilie, l'Egypte et la Lybie cyrénaïque, et par ceux qui sont venus de Rome, de l'île de Crète et de l'Arabie !

Comment se fait-il que les disciples nous parlent ainsi à chacun notre langue? Comment se fait-il que tout à coup tant de savoir leur ait été donné? Voilà ce qu'avec épouvante se demandaient les témoins du prodige.

Mais ceux qui avaient reçu le Saint-Esprit, eux, ne ressentaient plus d'épouvante : car un de ses dons, c'est le courage... Oh! à présent pas un d'entre eux ne renierait le Christ ; dans leur soudaine inspiration, ils voient

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l'avenir : cet avenir sera sanglant pour eux; n'importe, ils s'élanceront au-devant du glaive et des bûchers, de la roue et de la croix; ils ne trembleront plus, le Saint-Esprit est en eux!

Certes, la commémoration du jour où l'Esprit- Saint répandit sur l'Eglise la richesse de ses dons devait être une des grandes fêtes chrétiennes ; aussi la Pentecôte n'en compte que deux avant elle : Noël et Pâques.

Dès les premiers siècles, cette solennité fut célébrée avec toutes les pompes du sanctuaire, et avant que la religion eût élevé ses magnifiques cathédrales, la fête du Saint-Esprit, la fête de celui qui avait donné la fortitude aux premiers martyrs, avait été chômée dans les catacombes! et les saintes paroles qui se chantaient sous leurs voûtes, nous les redisons encore aujourd'hui.

« Seigneur, tu es vraiment grand, et ta puissance éclate de toutes parts !... Toutes les créatures t'obéissent; tu as dit, et tout a été fait; tu as envoyé ton Esprit, et l'univers a été créé Alléluia! alléluia!

« Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face ! »

Les prêtres ont pris la couleur rouge pour cette solennité, et c'est revêtu d'une dalmatique couleur de feu et rehaussée d'or, que le diacre, entre deux acolytes portant des cierges allumés, et en face de la croix de vermeil, chante cet évangile au milieu de la fumée des encensoirs qu'on balance près de lui.

« En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure.

« Celui qui ne m'aime pas ne garde point mes paroles.

« La parole que vous avez entendue n'est pas ma parole, mais celle de mon Père, qui m'a envoyé... Je vous ai dit ceci, demeurant encore avec vous; mais le Consolateur, qui est le Saint-Esprit et que mon Père vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera souvenir de toutes mes paroles.

«Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s'épouvante : vous avez ouï ce que je vous ai dit; je m'en vais, et je reviens à vous : si vous m'aimez, vous vous réjouirez de ce que je vous ai dit. Je m'en vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi; et je vous le dis maintenant, avant que cela arrive, afin que vous le croyiez lorsqu'il sera arrivé. Désormais je ne vous parlerai plus guère, car le prince du monde va venir, et il n'y a rien en moi qui lui appartienne ; mais afin que le monde connaisse que j'aime mon Père, je fais ce que mon Père m'a ordonné. »

L'hymne Veni Creator Spiritus commence les offices de cette journée solennelle.

Cette belle prière est connue et répétée par toutes les nations chrétiennes : Les rois la disent à leur sacre.

Les magistrats, avant de monter à leur siège de justice ; Les évêques et les archevêques, avant de répandre sur le front des lévites l'onction des autels ;

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Les peuples, avant d'ouvrir leurs grandes assemblées :

« Viens, Esprit créateur, viens visiter les âmes de ceux qui sont à toi.

« Viens et remplis de ta grâce les cœurs que tu as créés.

« C'est toi que les saintes Ecritures ont appelé le Consolateur.

« C'est toi quelles ont nommé le don du Très-Haut, la source d'eau vive, l'onction spirituelle, la charité et le feu sacré.

« C'est toi qui répands sur nous les sept dons de la grâce, la rosée du ciel.

« Tu es le doigt de Dieu qui enseigne la route; tu es la science des apôtres; c'est toi qui a rendu leurs langues éloquentes.

« Eclaire aussi nos esprits, embrase aussi nos âmes, fais-y brûler ton amour.

« Donne de la force à notre faiblesse, rends-nous forts par ta vertu.

« Repousse loin de nous l'ennemi; oh! rends-nous vite la paix, la paix que tu sais donner.

« Sois notre guide, pour que nous ne marchions que dans la bonne voie.

« Sois notre appui, pour que nous ne trébuchions pas dans les pièges des méchants.

.« Garde-nous de tout mal.

« Fais vivre en nous une foi ardente, et qu'à notre dernier jour nous confessions encore un Dieu en trois personnes : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. »

Il faut l'avouer, c'était une salutaire pensée que celle qui avait fait adopter cette prière par les puissants du monde. Les peuples devaient se reposer plus tranquilles quand ils voyaient les rois qui les gouvernaient et les juges qui prononçaient sur leurs fortunes et leurs vies,, implorer les lumières d'en haut.

Aujourd'hui, il y a dans les nations une sourde inquiétude : et le moyen de la faire cesser, est-ce de ne leur montrer que des hommes avec leurs faiblesses et leurs passions à la tête des gouvernements? Si Dieu y apparaissait pour donner une garantie de justice, croyez-vous qu'il n'y aurait pas plus de repos, plus de confiance dans le monde?

Nous voyons les hommes politiques se fatiguer à faire des lois ; nous les voyons chaque jour grossir leurs codes et donner à leurs polices de nouveaux yeux et de nouveaux bras ; nous les voyons assemblant leurs conseils et ordonnant des enquêtes pour découvrir où est le mal qui tourmente la société.

Insensés qu'ils sont! ils ont chassé Dieu de leurs lois, et ils veulent que leurs lois soient puissantes!

Dans leur superbe, ils ont dit : Nous avons tout, nos lumières nous suffisent, et nous n'invoquerons pas ce que nos pères appelaient TEsprit-Saint! ,

Alors ils se sont assemblés; alors ils se sont mis à l'œuvre, et avant leurs délibérations ils n'ont pas fléchi le genou, ils n'ont pas regardé le ciel, ils n'ont pas crié :

Esprit-Saint, viens éclairer !

LA PENTECOTE. \Sj

Aussi, regardez ce qu'ils ont fait !

Ils avaient dit : ordre, il y a eu désordre. Ils avait dit : économie, il y a eu dilapidation.

Ils avaient dit : Nous allons donner la PAIX au monde, et le monde a été troublé jusque dans ses entrailles.

Ils avaient dit : Nous allons régénérer la terre, et ils l'on couverte de sang.

Ils avaient dit : liberté, et les prisons n'ont plus été assez vastes ni assez nombreuses pour les captifs qu'ils ont faits.

Ils avaient dit : égalité, et ils se sont élevés plus haut que tous les autres, en montant sur les cadavres de leurs victimes, comme sur un trône. • Ils avaient dit : justice, et ils se sont enrichis du champ de la veuve et de l'orphelin.

Ils avaient dit : fraternité, et les frères se sont fait la guerre, et les pères ont dénoncé leurs fils, et des fils ont demandé le prix de la tête de leurs pères.

Ils avaient dit : humanité, et les échafauds se sont dressés de toutes parts, et les bourreaux ont crié à ceux qui s'étaient faits juges : Nous sommes fatigués, accordez-nous du repos.

Ils avaient dit : la mort, et cette fois ils ont tenu parole, car alors que, les hommes veulent se passer de Dieu, ils ne peuvent donner que cela.

Espérons que les temps de délire et de vertige passeront. Déjà on a l'air de s'apercevoir que Dieu manque aux affaires humaines, et qu'il laut l'y rappeler. Lorsque le terrible choléra est venu s'abattre sur Paris, comme un immense oiseau de proie pour manger des morts, des hommes qui se croyaient habiles et qui étaient écoutés dans les conseils, furent d'avis de ne pas faire demander officiellement des prières publiques; et alors on parla aux populations alarmées de sachets de camphre, d'ablutions et de chlorure de chaux; mais de Dieu, pas un mot!

Aujourd'hui, il y a progrès, et nous n'avons montré le mal que pour faire voir que de meilleures pensées commencent à poindre ; aujourd'hui, on ose de temps en temps prononcer le mot de Providence, et parfois même demander des Te Deum.

Nous, chrétiens, qui n'avons pas la main aux affaires publiques, nous n'en avons pas moins une sainte mission à remplir ; nous écrivons pour la gloire de Dieu et la paix du monde.

Mais pour atteindre ce but, il faut qu'un Esprit-Saint nous anime, il faut que nos cœurs brûlent de l'amour du bien. Il faut que la langue de feu ait brillé sur nos tètes, et que nous ayons resssenti quelque souffle nous venir du ciel; sans cela, nos efforts seraient vains, et nos paroles ne seraient pas comprises.

Mais si le père des pauvres (pater pauperum) est avec nous, ceux qui souffrent et qui pleurent, en nous lisant ressentiront quelque soulagement (in fletu solatium), et trouveront comme une main amie pour essuyer leurs larmes.

Si nous avons puisé à la source des dons célestes (dator munerum), nous pourrons soulager bien des misères.

l58 FÊTES CHRÉTIENNES.

Si la lumière des cœurs (lumen cordium) a dardé sur nous quelques-uns de ses divins rayons, un reflet d'en haut brillera sur nos pages.

Si le consolateur par excellence (consolator optime) a répandu en nous quelques-unes de ses joies ineffables, les infortunés viendront à nous comme à des amis.

Si le doux hôte des âmes (dulcis hospes animas) s'est reposé chez nous, oh! il y aura de la paix et du calme dans nos pages, et nous serons, pour ceux qui arrosent de leurs sueurs les durs chemins de la vie, comme une suave brise rafraîchissante (dulce refrigerium) au milieu des ardeurs de Vête; comme le repos (in labore requies) pour l'ouvrier qui travaille depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher.

Avec l'aide de cet Esprit qui est descendu sur les apôtres au grand jour de la Pentecôte, nous pourrons peut-être laver (lava quod est sordidum) et faire disparaître ces taches et ces souillures que l'impiété a faites au monde : l' aridité (riga quod est aridum) que le scepticisme a étendu sur les sciences, les lettres et les arts, disparaîtra sous nos efforts. Le malaise (sana quod est saucium) qui fait languir les nations cessera, si nous sommes tous animés d'un seul et même esprit, d'un seul et même amour, l'amour du bien; l'amour du bien, c'est l'amour de Dieu.

A l'œuvre ! hommes de bonne volonté, hommes de cœur, de savoir et de talent ; à l'œuvre ! Ce n'est pas pour rien que Dieu a fait descendre sur vos têtes la langue de feu ! Ce n'est pas pour rien qu'il vous a accordé le don des langues, la puissance d'émouvoir et d'élever les cœurs.

Ecoutez ! n'entendez-vous pas comme le bruit d'un vent violent et impétueux? Oh! je l'entends, moi; mais cette fois il ne vient pas du ciel, il

vient de la terre ; ce sont les mauvaises passions déchaînées qui rugissent et qui hurlent... On dirait une tourmente qui approche... Eh bien! dans cette effrayante rumeur il y a de quoi s'inspirer. A l'œuvre donc ! hommes de bonne volonté ; à l'œuvre ! répandons dans la terre vierge qui est devant nous, répandons à pleines mains la bonne semence, les paroles sages et les principes purs, et cultivons si bien le champ qui nous a été confié, que lorsque la tempête et l'ouragan s'élèveront, rugiront, et viendront se ruer contre la terre, il y ait quelque chose qui résiste, que ce soit nos enseignements (i) !

Autrefois c'était une belle et imposante cérémonie qu'une messe solennelle du Saint-Esprit; quand les parlements faisaient leur rentrée, quelque haut dignitaire de l'Eglise était prié, par les premiers présidents, de monter à l'autel, et d'implorer, pour les juges qui allaient reprendre leur place sur les fleurs de lis, les lumières de l' Esprit-Saint.

Alors, il était rassurant, il était majestueux de voir tous ces hommes vieillis dans le sacerdoce de la justice, revêtus de leurs longues robes rouges herminées, venir s'agenouiller humblement devant le Dieu qui juge les juges.

(i) L'œuvre de la Bibliographie caCholique, fondée par M. l'abbé des Billiers, de la paroisse de Saint-Thomas d'Aquin, est un excellent guide pour indiquer aux familles chrétiennes les bonnes lectures.

LA PENTECOTE. ï5o.

Toutes ces lumières des tribunaux venaient implorer les lumières du Ciel; et le peuple, qui voyait ainsi la foi et la piété des juges établis sur lui, prenait de la confiance, et se disait : « Ils prononceront sur nos différends avec conscience; car ils ont invoqué Dieu, qui est bien plus que les rois, source de toute justice. »

Ces messes s'appelaient messes rouges, à cause des ornements des prêtres, qui étaient couleur de feu, et des robes rouges des hauts magistrats qui y assistaient.

Le jour de la Pentecôte a été longtemps, en France, une grande solennité pour nos rois ; car ils avaient appelé les splendeurs du Saint-Esprit en aide aux splendeurs de leur trône, déjà si rayonnant de gloire! Et chaque année, pendant l'octave de la Pentecôte, un chapitre solennel de Y ordre du. Saint-Esprit devait être tenu.

Grande et imposante assemblée de rois, de princes, de chevaliers, de prélats, de grandeurs des cours, d'illustrations des armées, qui se réunissaient pour aviser aux intérêts de l'ordre, et pour chercher de grands mérites à honorer, ou de grands services qui n'eussent pas encore de récompense.

Quoique les évêques donnent la confirmation dans tous les temps de l'année, cependant la fête de la Pentecôte a toujours été regardée comme la plus convenable pour l'administration de ce sacrement.

Les évêques, par l'imposition des mains, renouvellent en quelque sorte le prodige de la descente du Saint-Esprit : ils le font descendre dans les

cœurs purifiés, comme il est descendu dans les âmes des apôtres

L'esprit qu'ils communiquent par le sacrement de la confirmation est le même que celui qui embrasa les disciples ; esprit de foi et d'amour, de constance et de fortitude.

En sortant de leur retraite, les apôtres ne furent retenus par aucune crainte ; leur ancienne pusillanimité s'était changée en courage ; mille morts se seraient présentées à eux, qu'ils n'auraient pas reculé. Les chrétiens qui ont reçu les dons du Saint-Esprit, les chrétiens qui se relèvent de la confirmation, doivent être de même. Ils sont maintenant assez forts pour le combat.

Dans la chevalerie, quand les poursuivants d'armes avaient fait assez de preuves de vaillance, ils étaient reçus chevaliers, on leur chaussait l'éperon, et ils recevaient de leur parrain une brillante armure.

Le néophyte peut être comparé au poursuivant d'armes : dans la confirmation, il a aussi été armé. Un casque, une cuirasse, un bouclier et une lance lui sont tombés du ciel; armes bénites, et que le fer de l'ennemi ne saura ni rompre, ni transpercer.

Un beau génie, un grand caractère, le Démosthènes, le Cicéron du Christianisme, Saint Paul, transporté par le Saint-Esprit, a décrit tous les dons que les apôtres et les disciples reçurent d'en haut, au moment où la langue de feu s'arrêta sur leurs têtes ; dons qui ne se bornaient pas à eux, mais qu'ils transmettaient par 1 imposition des mains, et qui sont restés dans les trésors de l'épiscopat, pour être répandus, par les évêques, sur nous et sur nos enfants.

l6o FÊTES CHRÉTIENNES.

Il y a des munificences que les siècles épuisent (ils dessèchent bien les plus grands fleuves). Mais il y a des sources qui ne peuvent tarir : ce sont celles de la grâce; pour ces eaux vives qui découlent du ciel, il n'y a ni ardeurs, ni sécheresses capables de les arrêter ; la main de Dieu, les blanches ailes des anges s'étendent sur elles, et leur gardent l'abondance et la fraîcheur.

Saint Paul dit « qu'il faut ranger parmi les dons extérieurs que l'Esprit-Saint a répandus sur les apôtres et les disciples :

« Le langage de la sagesse et la science des vérités sublimes de la révélation, avec le talent de les propager;

« La parole de scjence, ou la faculté d'interpréter le sens mystique et voilé des saintes Ecritures;

« La foi, qui donne le courage au milieu des dangers et des tourments;

« Le don de guérir par des moyens surnaturels;

« Le don de chasser les démons et de ressusciter les morts, et de faire, au nom de Dieu, des choses hors du cours de la nature;

« Le don de prophétie;

« Le don de savoir discerner les esprits, ou de juger si ceux qui se disent inspirés sont en effet éclairés des lumières du Saint-Esprit, ou s'ils ne sont que des imposteurs ; une sagacité surnaturelle qui fait démêler les subtilités de Satan d'avec les impulsions divines ; une prudence qui assigne à chacun la place, l'office ou la fonction qu'il peut remplir dans l'Eglise.

« Le don des langues, ou l'aptitude subite à parler différentes langues sans les avoir apprises; et enfin, le don d'interpréter les langues : car les uns pouvaient les parler sans pouvoir les traduire, et les autres pouvaient les entendre sans pouvoir les parler. »

Ces dons si prodigieux, si surnaturels, durent rencontrer plus que de la surprise dans le grand concours des différents peuples que la solennité de la Pentecôte avait attirés à Jérusalem; car il y a eu dans tous les temps et il y aura toujours des hommes orgueilleux qui s'irriteront contre ceux qui sont au-dessus d'eux, qui chercheront à déverser du ridicule sur tout ce que leur esprit ne peut ni comprendre ni expliquer; aussi, dans la multitude qui voyait le saint enthousiasme des apôtres, et qui écoutait leurs paroles inspirées, il y avait des incrédules, des esprits forts du temps, qui disaient : Ces Galiléens sont ivres, c'est le vin qui les fait parler ainsi.

Oh! que de gens encore qui ressemblent à ces sceptiques de la Judée! gens au cœur froid et à l'imagination endormie; gens qui, ne ressentant rien d'élevé, croient que tout végète terre à terre; âmes glacées qui ne veulent pas croire au feu; tristes oiseaux de nuit, qui ne comprennent pas l'amour de l'aigle pour le soleil. Oh! tout homme qui a un peu vieilli doit avoir rencontré sur son chemin bien de ces gens, qui s'en vont en répétant à ceux qui ont de la chaleur et de l'enthousiasme ce que les incrédules de Jérusalem disaient des disciples inspirés : Ils sont ivres!

Depuis dix-huit siècles, bien des races ont péri; mais celle-là n'est pas éteinte; elle subsiste au milieu de nous, pour douter, railler et insulter encore.

Nous lisons dans le Traité des Fêtes mobiles :

LA. PENTECOTE. l6l

« Saint Luc dit que les apôtres se tenaient, en attendant ie Saint-Esprit, dans une chambre haute; et le terme qu'il emploie dans les Actes des apôtres, signifie la partie la plus élevée de la maison. Le toit des édifices, dans la Palestine, étant plat, la chambre la plus haute était la plus grande comme la plus retirée.

« Les juifs avaient leurs oratoires particuliers dans cette partie de leurs demeures, appelée alijoth. Daniel avait son alijoth où il avait coutume de prier et que les Septante traduisent par chambre haute. Telle était celle où saint Paul prêchait à Troas, lorsqu'il ressuscita le jeune Eutychus, qui, accablé de sommeil, était tombé du troisième étage ; et elle était probablement aussi celle où les apôtres s'étaient réunis après l'Ascension. »

Quelques-uns ont pensé que la chambre où se rassemblaient les apôtres était située au-dessus du Temple; il est certain qu'il y avait des appartements dans la partie supérieure de ce vaste édifice. Josèphe nous die qu'Esdras s'assit dans une chambre haute du Temple, avec les pères du peuple.

Maimonides, dans son livre de JEdificiis templi, parle de ces chambres; mais il ajoute qu'elles étaient toutes réservées pour les personnes et pour les choses consacrées au culte. Comment de pauvres pêcheurs, comment des Galiléens, devenus odieux à cause de leur maître, auraient-ils pu occuper une de ces salles? Saint Luc, d'ailleurs, fait assez entendre que leur cénacle n'était pas au temple, puisqu'il dit : « Que Pierre et Jean montèrent au Temple à l'heure de la prière, et que les disciples rompaient le pain de maison en maison. »

Baronius, Jansenius, Canisius, Lorinus, Menochius et autres écrivains érudits, prétendent que c'était dans la maison de Marie, mère de Jean Marc, que se tenaient les premières assemblées.

L'impératrice Hélène fit bâtir une basilique au lieu même où avait été cette maison, qui avait servi d'église aux apôtres, et qui avait été consacrée par les apparitions du Sauveur et par la descente du Saint-Esprit.

Ce temple, élevé par la pieuse mère de Constantin, ayant été détruit par les infidèles, une reine de Sicile l'a fait reconstruire : je ne sais s'il en existe vestige aujourd'hui.

En parlant des hymnes de la solennité de la Pentecôte, j'ai cité le Vcni Sancte Spiritus; un pape Innocent III, selon plusieurs biographes, a composé cette belle prière. D'autres savants prétendent que son auteur est un saint moine nommé Notker ; ils ajoutent qu'ayant envoyé son œuvre à Charles le Gros, il reçut en retour le Veni Creator, que la piété avait inspiré au prince.

En ce temps-là, les rois ne croyaient pas déroger en louant Dieu; Robert le Pieux a écrit plusieurs prières que l'Eglise répète encore aujourd'hui; l'hymne de l'Ascension : Rex omnipotens, die hodierna, est de lui.

Ainsi, des voix s'élevaient du silence des cloîtres et de l'agitation des cours, de l'humble cellule et du somptueux palais, pour rendre hommage au Dieu du cénobite et du puissant monarque, et pour implorer cet Esprit-Saint qui inspirait David dans les splendeurs de Sion, et Elie dans sa grotte du Carmel.

FÊTES CIIR. ll

La Trinité

La sainte Trinité a été invoquée sur nous à notre naissance.

La sainte Trinité sera invoquée sur nous à notre mort.

Aux fonts baptismaux, le prêtre nous a dit : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, allez et marchez dans la vie.

Aux portes de la tombe, quand nous serons étendus défaillants sur notre lit d'agonie, le prêtre nous dira : Partez, âme chrétienne, au nom du Père qui vous a créée, au nom du Fils qui a souffert pour vous, au nom du Saint-Esprit qui vous a sanctifiée!

Ainsi, c'est entre deux invocations à la Trinité que la religion a placé tous les jours de l'homme; et comme ces jours, semblables à des flots qui s'égarent, auraient pu perdre de leur pureté en ne coulant plus sous les yeux de Dieu, le catholicisme a voulu que le souvenir de la Trinité nous revînt, non-seulement dans toutes les circonstances graves de la vie, mais encore souvent dans la même journée.

Les sacrements qui se trouvent entre le baptême et X extrême-onction sont tous administrés au nom de Dieu en trois personnes, et l'Eglise tient tellement à ce que les chrétiens ne perdent pas de vue ce mystère, qu'elle le mêle à ses prières du matin et du soir, à ses prédications, à ses hymnes et à son sacrifice. Sur la terre elle répète : Gloire, au Père, gloire au Fils, gloire au Saint-Esprit ! comme les Séraphins, dans leurs éternelles extases, répètent : Saint! saint! saint! le Dieu des armées! Gloire au plus haut des deux !

Le Gloria patri, c'est l'hosanna des hommes, l'hymne sans fin de ce monde.

Le grand mystère de la Trinité écrase tellement l'esprit, que, pour en parler avec convenance, il faut se servir des paroles que les saints ont dites avant nous; sans cette prudence, vous courez risque de vous égarer. La gloire de Dieu en trois personnes vous éblouit et vous trouble ; aussi nous, profanes, nous bornerons-nous à répéter l'admirable symbole de saint Athanase; le voici dans toute sa sublime simplicité.

« Quiconque veut être sauvé doit, avant toutes choses, embrasser la foi catholique et s'y tenir.

« Et quiconque ne la conservera pas entière, inviolable, périra pour l'éternité.

« Or, la foi catholique consiste à adorer un Dieu en trois personnes, et trois personnes en un seul Dieu ;

« Sans confondre les personnes, sans séparer la substance.'

« Car, autre est la personne du Père, autre est la personne du Fils, autre est la personne du Saint-Esprit.

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