‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 47 sur 47 · CONÇUE SANS PÉCHÉ, PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS A VOUS · texte numérisé non relu

CONÇUE SANS PÉCHÉ, PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS A VOUS

Révéler ce que la sœur Sainte-Anne ressentit dans ce moment, c'est ce qu'éprouva Paul sur le chemin de Damas et ce qu'éprouva depuis, un autre enfant d'Abraham, Marie- Alphonse Ratisbonne, dans la chapelle de Ara Cœli; c'est ce que nulle langue humaine ne peut redire.

La voix qui avait déjà parlé continua ainsi :

« Servante de Dieu et des pauvres, fille aimée de Marie, ta charité, ta piété t'ont fait trouver grâce à ses yeux; elle te commande de faire frapper une médaille qui représente fidèlement la vision qui t'a été accordée.

« Cette médaille, indulgenciée et bénite, sera comme un bouclier pour ceux qui la porteront et qui prieront comme tu viens de prier, qui diront comme toi : « O "Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »

Après ces mots, la voix fit silence et tout disparut.

Quelques heures après la vision, Sœur Sainte-Anne alla tout révéler à son confesseur, qui lui conseilla l'humilité, lui disant : « Ma fille, craignez de prendre l'ombre pour la vérité. Vous êtes le jouet de vos propres pensées. Qui ètes-vous, pauvre pécheresse, pour vous croire favorisée de grâces extraordinaires, pour vous croire l'organe des volontés du Ciel? L'orgueil est bien près de semblables illusions, et l'orgueil c'est la chute et l'abîme. Ma fille, soyez humble. »

Sœur Sainte-Anne s'humilia profondément et suivit les conseils prudents du prêtre qui dirigeait sa conscience; mais malgré tous ses efforts, elle ne put se défendre de la grâce qui lui descendait du ciel. Six mois après la première vision, elle en eut une seconde, puis une troisième. A chacune des apparitions, la pieuse et scrupuleuse fille allait tout de suite révéler à son confesseur ce que ses yeux avaient vu, ce que son oreille avait entendu, ce que son cœur avait ressenti, et toujours le saint prêtre lui recommandait l'humilité et la défiance d'elle-même.

A la troisième vision, Sœur Sainte-Anne avait entendu la voix d'en haut lui dire ces paroles :

« Fille de Saint Vincent-de-Paul, va de nouveau trouver ton confesseur. Je te l'annonce, il n'ajoutera pas encore à ta révélation une foi pleine et entière; mais, à la fin, il craindra d'offenser celle qu'il honore aussi. Dans ses scrupules et ses craintes, il ira consulter son chef, le chef de l'Eglise de Paris, dont la dévotion à la Sainte Vierge est connue de toute la France. Le prélat, éclairé d'en haut et inspiré d'ailleurs par sa piété filiale pour Marie conçue sans péché, donnera son approbation; la médaille sera frappée, et une multitude d'âmes lui devront des grâces signalées et même leur entrée au ciel. •>

Ainsi parla l'esprit céleste, et tout disparut encore. Mais comme la voix l'avait prédit, le pieux archevêque approuva la médaille en l'honneur de rimmaculée Conception suivant le modèle indiqué par la fille de Saint Vincent-de-Paul.

Et aujourd'hui elle est répandue par millions sur toutes les parties du globe. Elle s'est multipliée comme les feuilles dans la forêt, comme la poussière dans nos champs ; elle traverse les mers sur le cœur du matelot, sur celui du vieux capitaine comme sur la poitrine brûlante du jeune enseigne

L'iMMACULÉE-CONCEPTION. 247

de vaisseau ; elle est même devenue un ornement de luxe pour les femmes des infidèles, et on voit les musulmans s'en faire des pendants d'oreilles. En Europe et surtout en France, les mères l'attachent au cou de la jeune villageoise que ses travaux appellent dans les champs, dans les prés, dans les bois, et au cou du conscrit qui part incertain de revoir son père, sa mère, ses frères, ses sœurs et le clocher de son hameau ; les épouses l'appendent au cou de leurs maris lorsqu'ils prennent en main le bâton de voyage, et l'on a vu plus d'une mère la presser avec toute l'ardeur de la joie la plus vive sur les lèvres d'un fils mourant.

Dieu seul sait combien cette médaille en a sauvé et en sauvera et sur terre et sur mer. Que de grâces temporelles lui auront été dues ! Mais les grâces spirituelles dont elle aura été la source seront incalculables : le malade, l'agonisant, la femme en travail, le pèlerin, le nautonnier, le soldat, le prince, le roi, le berger, auront éprouvé la puissance, nous dirions de ce divin talisman, si ce mot n'était pas profane.

Oui, et dans cette rapide et prodigieuse multiplication, je vois l'intervention d'un pouvoir surnaturel. Oui, aussi bien dans l'ancien que dans le nouveau monde, sous le soleil de France, d'Espagne et d'Italie, par delà la grande muraille de la Chine comme sous la tente de l'Arabe et dans la cabane du Lapon, depuis les îles d'Hyères jusqu'aux ' îles Marquises, Sandwich et Gambier, partout on lit et on répète en levant les yeux vers le ciel : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous! »

Page 1