HYMNE A LA VIERGE
Oleum effusum nomen tuum.
Cant. cantic.
Ses traits mystérieux sont couverts de longs voiles,
Un cercle lumineux d'étoiles Brille autour de son front, comme au sein d'un ciel pur ;
Sa robe flottante d'azur Se déroule à longs plis sur d'éclatants nuages, Et la Vierge sacrée, aux genoux de son fils, Vers le Christ élevant ses regards attendris.
Dépose à ses pieds les hommages
Du juste et du simple de cœur, La prière du soir, les douleurs matinales
Avec les larmes du pécheur.
Ecoutez quelles voix célèbrent ses louanges! Les martyrs ont saisi leur luth harmonieux. Et des jeunes enfants le chœur mélodieux Entoure la Reine des anges.
Salut! trois fois salut à ta sainte beauté! Le ciel s'émeut de joie au son de ta parole, Ton souris est de miel, et ton regard console Le pécheur attristé.
Tu fus, blanche colombe, enlevée à la terre Où tu vis sur la croix ton Fils et ton Sauveur, Où dès lors sur ton front s'empreignit d'une mère L'immortelle douleur.
Un souvenir pensif semble attrister encore Tes yeux brillant des feux de l'immortalité, Coaame l'humide fleur que la lune décore D'un rayon argenté
Tu souffris et tu plains les souffrances humaines : L'enfance au cœur joyeux, et l'homme aux jours flétris, N'ont jamais répandu Di vœux ni larmes vaines A tes genoux bénis.
Regarde ces élus dont le cœur t'environne Tous sont sauvés par toi, tous célèbrent ton nom ; Les vierges à tes pieds déposent la couronne Que tu mis sur leur front.
Les mères, de pudeur et d'amour rayonnantes, A la Mère du Christ présentent leurs enfants; Le martyr tend vers toi ses palmes verdoyantes Et ses bras triomphants !
Salut I trois fois salut ! Vierge, reine des anges ! Porte du paradis, recours des malheureux ! Le ciel ne saurait dire, en ses douces louanges, Tes noms délicieux !
Poètes du monde, voyez comme la religion inspire! Ces vers ne sont- ils pas comme un parfum répandu, okum effusum,. Voici maintenant l'hymne de l'Eglise :
« Vierge dont nul tache n'a terni la pureté, Vierge toute belle et pleine de grâce, rose sans épines, vous rayonnez de toutes les vertus.
« Mille dons vous embellissent; radieuse aurore, vous annoncez le soleil à la terre, vous venez mettre un terme à notre deuil.
« Digne rejeton de Jessé, fontaine scellée d'un sceau divin; jardin d'Eden, fermé à l'homme et au serpent, et ouvert à Dieu seul; vous êtes la Vierge qui devez enfanter la vie.
« Nouvelle Eve, vous réparez le mal que nous a fait la compagne d'Adam; vous tuez le serpent perfide, et vous concevrez en vous l'auteur même de la vie.
« Au créateur de l'univers vous donnerez un corps, au Dieu qui vous nourrit vous donnerez, ô Marie! votre lait virginal.
« O Vierge, conçue pour nous! ô Mère ornée de tant de dons, ne nous refusez pas votre appui tutélaire. »
Dieu se plaît à choisir parmi les faibles des âmes pures pour accomplir ses desseins; le cèdre est à lui, et il prend le roseau C'est ainsi qu'il confond les orgueilleux : il les laisse dans la superbe opinion qu'ils ont d'euxmêmes, et prend par la main une femme ou un enfant pour accomplir les grandes choses.
Cest ainsi que le Très-Haut, déploya, comme nous dit l'Ecriture, la force de son bras. En choisissant la. femme pour opérer d'éclatants prodiges, Débora, Judith, Esther, pour sauver les Juifs opprimés, Marie bienheureuse entre toutes les femmes, pour coopérer au salut du genre humain, et dans notre propre histoire, la bergère de Nanterre et la Vierge de Domremy pour faire reculer et chasser du pays les Huns, les Vandales et les Anglais.
C'est une pieuse religieuse de la ville de Liège qui a fait établir la plus belle, la plus poétique, la plus sainte de nos fêtes, celle de la FÊTE-DiEU.
l'immaculée-conception. 245
Eh bien! de nos jours, une autre fille de la solitude, une humble sœur de charité a aussi contribué à rétablir parmi nous, dans tout son lustre, la fête de l'Immaculée Conception.
C'était vers la fin de l'année i83o, année fatale dont trois jours avaient chassé du sol de France trois générations de rois. Le trône antique de Charlemagne et de saint Louis et de Henri IV venait encore une fois de crouler sous la royauté... L'autel avait tremblé, les temples avaient senti des oscillations menaçantes ; on parlait, il nous en souvient, de prédictions sinistres. Le glaive de la vengeance divine paraissait • plusieurs levé sur nos coupables tètes, et la hache des hommes semblait prête à briser encore les tabernacles sacrés.
L'impiété croyait son jour venu et battait des mains. Déjà plusieurs fêtes chères à la dévotion des populations catholiques de France avaient cessé d'être ostensiblement célébrées ; les fêtes de la Vierge surtout, son Immaculée Conception, sa Nativité, sa Purification et l'Annonciation étaient rentrées parmi les jours obscurs de l'année.
Un de ces jours de fêtes supprimées par la loi du 8 décembre, une fille de Saint- Vincent-de-Paul, fatiguée comme Tobie des œuvres de la charité, était venue se reposer, par la prière, du poids qui pesait sur son âme. Agenouillée dans la chapelle de la maison-mère de la Congrégation, rue du Bac, elle implorait Dieu et la Sainte Vierge, et versait devant l'autel les tristesses et les amertumes de son âme.
Voir rayer des jours solennels ceux que la piété de nos pères avait consacrés à la Mère de Dieu, était pour la pieuse sœur de Saint-Vincent-de- Paul une source de larmes. « Ah! disait elle, si Marie n'est plus la patronne de la France, que deviendra notre malheureuse patrie? »
Tout à coup, je ne sais quoi d'inconnu se passe dans la chapelle; un frémissement, un bruit vague comme celui que feraient les ailes des anges et des archanges, est entendu de la sœur Sainte-Anne; ses yeux sont subitement frappés d'une lumière plus vive et en même temps plus douce que celle du plus beau jour. Des parfums comme la terre n'en a pas dans la saison des fleurs, semblent descendre du ciel ; d'ineffables délices inondent l'âme de la fervente chrétienne, et à travers des larmes comme elle n'en a jamais connu, elle voit des rayons éclatants briller sur le côté gauche de l'autel. Ils y annonçaient une miraculeuse apparition de la bienheureuse Mère de Dieu.
Dans cette vision, la sœur de charité reconnut la Vierge telle que les peintres l'ont souvent représentée, debout, les pieds posés sur un globe entouré de nuages, les bras tombant vers la terre, les mains ouvertes ; de ses mains partent des jets de lumière céleste; sa tète, un peu penchée en avant semble écouter les prières des hommes ; une couronne d'étoiles brille sur son front virginal.
« Tu reconnais, dit la voix d'un ange à la fille de saint Vincent-de-Paul, tu reconnais la Reine du ciel ; les rayons qui partent de ses mains sont le symbole des grâces qu'elle obtient aux hommes. »
Puis la sœur de charité voit écrits en caractères brillants : « O Marie,