‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 8 sur 47 · OU LA CHANDELEUR, 2 FÉVRIER · texte numérisé non relu

OU LA CHANDELEUR, 2 FÉVRIER

Jésus-Christ, la sainteté même, avait voulu se soumettre à la loi de Moïse, qui ordonnait la circoncision. Car, n'en doutons pas, ce que faisaient Marie et Joseph, c'était la volonté de l'enfant divin qui leur était confié; comme une toute petite fleur exhale souvent beaucoup de parfum, une grande puissance émanait de cet enfant, ou endormi dans la crèche, ou souriant dans les bras d'une femme; et quand on le portait au temple pour le faire obéir à la loi commune, c'était d'après sa volonté : ceux qui crovaient le conduire marchaient guidés par lui.

Comme le Sauveur aurait pu, à cause de sa sainteté, ne pas se soumettre à la formalité de la circoncision, sa chaste mère, sa mère toujours vierge, n'avait aucun besoin de la purification ordonnée par la loi des Juifs; la pureté ne se purifie pas ; c'est comme la neige tombant du ciel, qui pourrait la blanchir? C'est comme le lis, qui pourra le rendre plus beau, qui pourra lui donner une odeur plus douce que celle qu'il a eue en s'entr'ouvrant le premier jour au soleil ?

Mais Marie était la plus humble des femmes : mère d'un Dieu, elle s'appelait toujours la servante du Seigneur, ancilla Domini. Aussi, quand les quarante jours après la nuit de la naissance miraculeuse furent accomplis, elle se mit en marche pour aller présenter au temple de Jérusalem son enfant et les deux colombes du sacrifice. Le vieillard qui est avec eux, sur la poussière du chemin, c'est Joseph; lui et Marie, son épouse aux yeux des hommes, sont tous les deux de la royale lignée de David. Mais quand les usurpateurs sont sur les trônes, les descendants des vrais rois sont dans la pauvreté.

La loi de purification établie par Moïse ordonnait à la femme qui venait au temple afin d'être purifiée, de présenter un agneau pour être offert en holocauste, et une tourterelle qui devait être immolée pour le péché. La loi ajoutait que si la femme n'avait pas de quoi acheter un agneau pour l'holocauste, elle devait donner deux tourterelles ou deux petits de colombes.

La fille de David, la mère du Messie, ne put offrir que les deux colombes ! Oh ! quand je vois mépriser la pauvreté, je m'irrite et m'indigne : dans la misère il y a si souvent tant de noblesse ; dans le dévouement, tant de vertu! Eh! qui vous dit que sous cet habit si humble il n'y a pas un fils de roi, que sous ce voile usé il n'y a pas une reine! Peut-être qu'un riche orgueilleux de Jérusalem aura regardé avec dédain le couple qui n'apportait au temple que les deux colombes du pauvre; peut-être que,

sous le parvis, près de l'autel des sacrifices, l'homme au manteau de pourpre, aux sandales dorées, aura disputé le pas à Joseph et à Marie!...' Et pourtant, stupide favori de la fortune aveugle, cet homme qui porte les deux colombes, c'est un descendant de vos anciens rois! cette femme si timide, si belle et si humble, c'est une fille de David! cet enfant..., c'est le maître du monde! S'il le voulait, de sa petite main il renverserait les colonnes de vos palais, il briserait les cèdres de vos collines, et ferait périr les moissons de vos champs.

Quand la Vierge-mère eut offert le sacrifice ordonné par la loi, quand elle eut dit au Seigneur : « Je vous offre mon fils, qui est le vôtre, » elle allait redescendre du temple, et prendre le chemin de Nazareth; mais un homme juste et craignant Dieu, Siméon, qui passait ses jours à attendre et à espérer la venue du Messie, la consolation d'Israël; Siméon, sur lequel était l'esprit saint, et qui savait qu'il ne mourrait pas sans avoir vu le Christ, était aussi au temple le jour où Marie y porta son divin enfant.

Et quand le saint vieillard vit Jésus près de l'autel, il le prit des bras de sa mère, le bénit, et, inspiré de l'Esprit d'en haut, s'écria avec une vive allégresse :

« A présent! à présent, Seigneur, vous pouvez renvoyer votre serviteur de la vie; à présent je mourrai en paix, car mes yeux ont vu le salut d'Israël ; selon votre parole, ô Seigneur, j'ai vu le salut que vous avez préparé devant toutes les nations, pour être la lumière et la gloire de votre peuple d'Israël. »

Après ces paroles, Siméon remit l'enfant dans les bras de Marie, la bénit aussi, ainsi que Joseph, et leur dit :

« Cet enfant est venu pour être la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël; il sera comme un signe qui excitera beaucoup de contradictions, un but contre lequel on lancera bien des flèches. Et votre âme, ô Marie! sera transpercée d'un glaive de douleur, afin que les pensées qui sont encore renfermées dans l'âme de plusieurs, soient révélées. »

Après ces prophétiques paroles, le vieillard se tut, et quelques-uns

croient qu'il mourut aussitôt dans le temple même Nous croyons, nous,

que sa mort n'eut pas lieu en présence de Marie, de Joseph, et de l'enfant sauveur; car, s'il en avait été ainsi, l'Evangile, qui redit son cantique, aurait raconté sa mort.

Il y avait aussi alors à Jérusalem une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, et qui était avancée en âge et veuve depuis longtemps, n'ayant vécu que sept ans avec son mari. Cette femme, entièrement vouée au service du Seigneur, passait sa vie dans le temple, priant et jeûnant, et faisant des bonnes œuvres. L'Esprit de Dieu était souvent en elle, et quand elle eut entendu le cantique de Siméon, elle aussi se mit à louer le Seigneur, et à parler de Jésus à tous ceux qui attendaient le salut et la rédemption d'Israël.

Voilà tout ce que les livres saints nous disent de la purification de la sainte Vierge ; et dans le peu de lignes qui sont consacrées à nous redire cette cérémonie, nous voyons encore une fois comme la douleur vient tout de suite se mêler à la joie dans les choses de ce monde. — Certes, quand le

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