LA PURIFICATION
vieillard inspiré tenait dans ses bras l'enfant de Marie, lorsqu'il le bénissait, lorsqu'il l'appelait la gloire, le salut d'Israël, lame de la vierge-mère devait être remplie de délices ! Mais cette joie maternelle ne durera pas longtemps ; écoutez le prophète, il parle bientôt du glaive qui transpercera le cœur de la mère, et de tous les traits qui seront dirigés contre son fils.
Soumis à la volonté du Seigneur, Joseph et Marie, après la cérémonie de la purification et de la présentation au temple, reprirent le chemin de Nazareth, où ils demeuraient, ainsi que nous l'apprend saint Luc.
La fête qui rappelle et la Purification de la mère et la Présentation de l'enfant au temple, date de loin; c'est sous Justinien qu'elle fut instituée. On dit que ce fut l'accomplissement d'un vœu que cet empereur avait fait à Dieu pour obtenir la cessation d'une maladie qui dépeuplait Constantinople, en l'année 542.
Alors cette fête était nommée Hypapanie, mot grec qui signifie aller au-devant ou à la rencontre de quelqu'un. Siméon et Anne la prophétesse étaient venus au devant, à la rencontre de Jésus-Christ dans le temple : c'était ce souvenir-là que l'Eglise voulait perpétuer.
« Mais, dit l'auteur de l'Histoire des Fêtes chrétiennes, quoique cette fête fixée au 2 soit du nombre de celles dont nous nous croyons redevables à l'Eglise grecque, il semble que Rome ait quelque raison de prétendre qu'elle a prévenu Constantinople. Le pape Gélase, qui gouvernait l'Eglise plus de trente ans avant que Justinien fût parvenu à l'empire, paraît avoir introduit cette fête au mois de février, lorsqu'il détruisit les restes honteux de l'abominable fête des Lupercales... Fêtes infâmes, dans lesquelles les habitants de Rome, dans le délire du vin et de la débauche, parcouraient tout nus, des torches à la main, les rues et les places de cette ville si fière de sa civilisation ! »
La fête chrétienne de la Purification s'est aussi appelée Chandeleur, parce qu'anciennement, à l'office de ce jour, les prêtres et les fidèles tenaient tous à la main un cierge ou une chandelle de cire. Quelques-uns veulent voir là un ressouvenir des flambeaux et des torches que les débauchés de Rome agitaient dans les fêtes des Lupercales ; j'aime mieux y trouver une réminiscence de ces paroles du cantique de Siméon : Cet enfant sera la lumière d'Israël.
Dans nos églises, aux vêpres et au salut, le jour de la Chandeleur, c'est bien beau de voir sous les ombres des arceaux et des voûtes, à l'heure où l'obscurité du soir arrive, c'est bien beau de voir toutes ces lumières se mouvoir, briller et escorter la croix; on dirait de petites étoiles descendues du ciel pour louer Dieu avec nous!
Les cierges de la Chandeleur me font penser à une terrible histoire qui m'a été racontée dans la cathédrale d'York, peu de temps après son incendie, la voici : elle reposera peut-être un peu mes lecteurs.
Vous savez combien. j'aime les histoires racontées sur les lieu^
mêmes où elles se sont passées : or, arrivé à York, je voulus savoir tout ce qui se rattachait à l'incendie de la cathédrale; j'allai donc m'asseoir parmi les ruines, et là, mon guide me menant auprès d'un vieux tombeau, celui de John Haxby, ancien trésorier de l'archevêché, me dit :
C'est là sous cette pierre, que le misérable (the wretched) s'était caché le 2 Janvier 1828, jour de la Chandeleur. Or, il faut que vous sachiez, me dit le protestant, qu'avant la réforme c'était une grande fête à York, que la Chandeleur. Du temps du papisme, le diocèse était sous la protection de la Vierge Marie; et alors il se faisait des réjouissances et des cérémonies qui attiraient la foule de bien loin. Toutes ces colonnes que vous voyez étaient alors ornées de festons et de guirlandes, et, à l'office du soir, il y avait plus de mille cierges qui brillaient dans ce sanctuaire que vous voyez si triste et si désolé; car c'est par là que l'incendie a commencé; c'est là que ce monstre Josiah Martyns a mis le feu d'abord.
— Et ce Josiah Martyns, demandai-je, c'était donc un fou?
— Oh! non; il savait ce qu'il faisait... Il n'était pas fou,- mais on l'a fait passer pour tel : il est à Bedlam pour le reste de ses jours; il a eu des amis puissants...., et cependant celui qui brûle le temple du Seigneur n'en mérite guère.
C'était sous cette figure de John Haxby, que vous voyez là, étendue sur la pierre, et que le sculpteur a représentée mangée par les vers et décomposée par la corruption, que Martyns s'était caché.
Après l'office du soir, quand j'ai fait ma ronde, avant de fermer les portes, je n'ai vu personne; je suis rentré chez moi à la nuit tombante... J'ai déposé les clefs à leur place accoutumée, et rien ne m'a averti, aucun sentiment ne m'a dit que je venais de renfermer le criminel dans le monument même qu'il avait juré de détruire.
Ce Josiah Martyns est un de ces sectaires qui êvent la réforme de notre religion, déjà réformée, et qui voudraient la réduire à rien en la privant de ses temples et de ses cérémonies. Déjà plusieurs fois cet énergumène avait écrit à l'archevêque d'York et à l'évêque de Durham, « qu'ils étaient les adorateurs de Baal, que leur ventre était dieu, que leur coupable mollesse ramenait dans le culte purifié toutes les abominations de l'Eglise romaine. »
Non-seulement l'enthousiaste Josiah criait cela dans les rues et sur les places publiques, mais il l'affichait dans l'église et jusque sur le siège archiépiscopal.
Un jour, il parvint dans la chambre de l'évêque de Durham, et, tirant une arme de dessous son habit, il menaça le prélat de mort, en l'appelant papiste, idolâtre, adorateur de Baal. Cette fois, son zèle fut trouvé coupable, et Martyns fut arrêté, jugé et condamné à six mois de prison. Sa captivité ne fit qu'exalter son esprit : après sa demi-année de réclusion, profitant de la liberté qui lui était rendue, il se mit à parcourir les campagnes.
Prédicateur fanatique, il ameutait quelques misérables vagabonds, et leur apprenait à répéter, comme lui, des passages des saintes Ecritures ; mais ses disciples en haillons ne le suivirent pas longtemps, car il ne pouvait faire des miracles pour les nourir. Se trouvant isolé, il revint à York. Il se rappelait que, malgré la réforme, le clergé de cette ville, par un ressouvenir des anciennes cérémonies catholiques, allumait encore, le jour de la Chandeleur, un grand nombre de bougies dans le sanctuaire de la cathédrale. Aux yeux de l'enthousiaste protestant, c'était une bien coupable superstition.... Et il se dit : la superstition se punira elle-même.