LA CARAVANE
Du balcon branlant où je me suis risqué, j'observais tout à l'heure la place dans un moment où le trop-plein des familles indigènes se déversait au dehors pour respirer.
Chacun recherchait, suivant le caprice d'une température variable, tantôt l'ombre des arcades des trois ou quatre constructions qui représentent l'Europe civilisée, tantôt le soleil qui chauffait les façades des habitations juives et arabes.
Des essaims de petites filles, vêtues de couleurs voyantes, jouaient paisiblement sur le sable avec des cailloux en guise d'osselets, ou bien elles en formaient des pyramides qu'elles s'amusaient ensuite à démolir pour avoir le plaisir de les refaire.
Le centre de la place, où le jet limpide d'un abreuvoir accrochait le soleil comme les facettes d'un diamant, restait vide.
De temps à autre seulement, une femme, arrivant l'outre sur l'épaule ou quelque poterie à la main, s'y arrêtait le temps de l'emplir.
Les Bou-Saadines s'y rencontraient parfois, jasaient une
minute ensemble, tout en s'entr'aidant pour replacer commodément sur leurs reins les peaux de bouc et les amphores pleines.
Alors, par la route de Djelfa,une troupe de dromadaires vint faire irruption sur la place, qui changea aussitôt de physionomie.
Ils avançaient nombreux, avec leur démarche fière et résignée. Tous tendaient le cou vers l'eau où leurs conducteurs les faisaient boire tour à tour dans les auges.