‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 19 sur 47 · EN · texte numérisé non relu

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Lies Mémoires de Lauzun caractérisent uti changement qui s'opéra dans les mœurs D'ers les premières années du règne de Louis XVI, Du temps du Régent il y avait peut-être , avec autant de libertinage ^ moins d'immoralité que sous Louis XY. Le Régent s'enfermait du moins aveo se^ roués et quelques femmes perdîtes pour s'abandonner à, ses débauches ^ le mptère dont II s'entourait était encore une sorte d'hommage qu'il rendait à l'opinion.

La corruption, du temps de Louis XV, fut plus hautaneut érigée en principes : elle se glissa jusqu'au fond des cœurs, et gagna presque toutes les conditions. L'hymen était sans foi , la galanterie sans voile et sans délicatesse : on rougissait de Thonnéte, comme en d'autres temps on rougit du vice. On se prenait sans goût , on se quittait sans contrainte» Les choses allèrent au point qu'on ne trouva plus rien de neuf dans la licence , ni rien de piquant dans lo scandale. On revint à des mœurs plus décentes par amour du changement.

ao4 CONVERSATION

Les doux penchans d'un« tendresse innocente, les combats que le devoir livre aux passions dans un cœur vertueux , étaient vraiment alors des nouveautés. La bonne compagnie , qui n'arriva pas là d'abord, parut comprendre du moins qu'on pouvait prêter aux désordres l'excuse des sentimens. La Nouvelle Héloïse , publiée vers le même temps , rendit le charme des illusions les plus vives à des cœurs long-temps engourdis dans la mollesse ou flétris par la débauche. Tout le monde voulut avoir une passion profonde. Il n'y eut point de femme galante qui ne se crût une Julie; point de libertin qui n'affectât le ton , le langage , les sentimens impétueux , ardens , exaltés , qui consumaient Saint-Preux. La femme qui avait successivement vingt amans, cédait, pour chacun d'eux, à l'empire d'un amour irrésistible^ et l'on affectait la sensibilité , comme on avait , quinze ou vingt ans plus tôt , affecté la corruption. A l'époque d'un libertinage effronté, Richelieu servait de modèle-, Lauzun fut à son tour le héros des passions violentes et des aventures romanesques.

Nous n'avons pas ses Mémoires tels que Tau-

DU DUC DE CHOISEUL. ao5

teur lesavatt écrits. On en a retranché plusieurs passages, et, quel que so^t ce sacrifice, il fut fait à des considérations qu'on doit respecter ^ mais on regrettait surtout de n'y pas trouver joint un morceau que les bibliophiles cachaient depuis long-temps au fond de leurs portefeuilles : c'est la conversation de M. le duc de Choiseul avec la princesse de Guémenée. *

Il faut , pour mieux sentir le prix de ce morceau , se reporter aux détails que donne Lauzun dans ses Mémoires*. Il avait trouvé moyen de dévorer, en dix ans, les revenus et le capital d'une fortune qui s'élevait à quatre millions. Madame de Lauzun vit dans ce désordre un prétexte de rompre avec lui. S*il faut en croire Lauzun , elle était fausse , prude et méchante.

' Un écrivain enlevé trop tôt à la littérature et an théâtre, l'auteur de la comédie de Louis XI, M. Mély- Janin, inséra cette conversation dans les Lettres chani' penoises; mais outre que ce recueil était peu répanda, nous croyons, en imprimant cette conversation, en donner une version plus exacte et plus complète , puisque nous la pu;blions sur le manuscrit original.

* Première édition, page ajS.

'ioS CONVERSATION , etc.

Madame de Lauzun reprochait, avec bien plu^ de raison, au jeune duc, ses galanteries, ses pro* digalitës, et la ruine dont elle était menacée. Dans ces querelles de ménage , dont on prit le public pour confident et pour juge , on outra de part et d'autre un peu les choses. Madame de Guémi^née , dont le mari avait acheté en viager tout ce que le duc de Lauzun pouvait posséder encore , prit naturellement son parti. Elle hasarda quelques mots imprudens sur la conduite de madame de Lauzun, quoiqu'elle fut irréprochable. Le duc de Choiseul embrassa la défense de sa jeune parente, et ce débat fit naître la conversation qu'on vu lire.

Il faut bien ajouter que la princesse de Guémenée n'y eut point l'avantage. Les malignes insinuations de M. le duc de Choiseul laissent à penser qu'elle n'avait pas adopté, jusqu'alors, la réforme si récemment opérée en faveur des grands sentimens. On pourrait croire qu'il lui reprochait même de compter plusieurs amans à la fois. Calomnie ! méchanceté pure ! C'étaît respect pour les anciens usages.

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