‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 2 sur 47 · MON AMI SCHNETZ · texte numérisé non relu

MON AMI SCHNETZ

C'est à vous, moa ami, que j'aime à dédier cet ouvrage. Nous devons à vos pinceaux le Pâtre enfant , à qui l'on prédit la tiare ; le Pèlerin fatigué, dont la vue de saint Pierre ne peut ranimer les forces, et la Pauvre mère , qui , les yeux humides de larmes , vient prier pour sa fille expirante ; nous devons à vos pinceaux sainte Geneviève secourant Paris, Condé victorieux à Senef , Boëce captif et Mazarin mourant : à quel autre que vous pourrais-je ofiFrir des tableaux de genre et d* histoire ?

Mais i^e vous trompez pas, mon ami, sur le style et sur le caractère de ces tableaux. Ils ne sauraient avoir la grandeur et la majesté de ceux que pressentent sans cesse à l'esprit ^ cette antique cité, cette Rome silencieuse et

. ^ solennelle , dont nous avons si souvent en-

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semble parcouru les moaumens et visité les ruines. Oui , je le sais , je l'ai vu, tout à chaugé dans ces lieux jd'aspeet et de destination. J'ai vu de jeunes filles suspendre, en chantant, leurs vêtemens humides aux colonnes du temple de Jupiter tonnant. Les religieux de Saint-Bruno célèbrent paisiblement leur office dans les Thermes, bâtis avec magnificence par le dernier perséeoteur des chrétiens. Des marchands de marée vettdent Um poisson sous les portiques d'Octavie ; de's bateleurs se sont emparés du tombeau d'An^ste. On adore "^ aujourd'hui ta Vierge dans te temfple que Tul- Kus avait élevé jadis à la Fortune virile , et des troupeaux de chèrres font seuls soulever la poussière, en passant sons l'arc dé Titus , qne traversaient les légions triomphantes, à leirr retour de la Judée.

Les rob, les consuls, les empereurs, le»

héros, ont passé tour à tour. Que reste*t-fl aujourd'hui des temples, des statues, des pa^ lais, des pmtiqties, dont ils avaient décoré cette enceinte? Partout te temps a repris ses

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droits; et comme au tîèele fitbuleax d'Évaadr^, avant la fondation de Rome , les voyageurs qni parcourent ces lieux peuvent se dire encore , 9£yec Virgile :

« » • . P^uslmque armenta vidcbani,

liomanoque Jbro et lautis mugire Carinis.

a Ik voyaient çà et là des troujpeaia qui « mugissaient dans k Forum et dans le Inril^ « lant quartier des Carènes. » •

'■ Mais^ dans ces lient mêmes, ravages par la main du temps , et pHis encore par la main dbs hommcfS , la n/iémoire fidèle s'attache aux moindres débris. L'imagi»af ion s'aide des plus légers vestiges pour rélever ces monumens diétruits et les repeupler de grands hommes.

. Je vois HMatius Goclès dd^out sur ks raines du pont Sublidua. Je cherche le dktamp de Cineinnatus au--delà de la porte du Peuple.

Monte suF le rempart qui regarde v^ns Tivoli^ je vois , en frémissant , flotter les étendards d'Aniiibal nux bord» dn Teftsron'e^ ou bien au pied du M<mi>-Saerév j'enteiidsl \é peuple.

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sorti de Rome, répondre aux Patricieos qui ropprimaient : Tout pays oh l'on vivra libre deviendra pour nous la patrie !

Dans les murs, hors des murs de Rome, tout parle des vertus de ses citoyens ou nous retrace les faits de son histoire. Voilà ce Capitole • où des Gaulois, plus heureux que Brennus, vinrent, si long-temps après lui, planter leurs drapeaux de diverses couleurs. Voici les jardins de Néron , je détourne les yeux; voici le tomb^U* des. Scipions, et je, m'incline avec mespect. J'arrête sur le pont Milvius les aiçbassadeurs, des AUobrogçs , au moment où , menacée par Catilina , Rome fut sauvée p^* Cicéron. J'entends, dans. le .Forum, la liberté expirant sous . le génie de César ; mais je cours I au palais Spada pour, admirer cette . belle statue de Pompée^ au pied de laquelle yibt à son tour, expirer César sous le poignard de Brutus. Je te salue avec respect , terre antique et sacrée,. où .de grands souvenirs font naitre.de piy>fi>nds sentimeus, et prêtent aux beavis-fC^rts lews plus riches inspirations !

A Mdïr AMI. Y

L'Italie du moyen âge offre moins de sujets au peintre d'histoire. Déjà tout a changé. Un autre empire que celui des armes, prélude, à la conquête du monde : Rome, qui a vu si longtemps les roi« fléchir devant ses consub , les voit s'humilier devait un pontife. Je dirai au j eune artiste : « Prends tes pinceaux , et mon tre- « nous le superbe Grégoire VII ,' contemplant « du haut des remparts de Canossa Tempereur ce Henri lY , qui, dépouillé des habits royaux, « affaibli par le jeûne, et les pieds nus pence dant un hiver rigoureux , se prosterne les ce bras en croix, sur la terre glacée, pour obtece nir un pardon qu'on lui fit attendre long*^ ce temps. »

Mais si le jeune amant des arts , indigné de tant d'abaissement , préfère consacrer à la mémoire, des exemples de dévoûment ou de pa* triotisme, qu'il peigne, sur les rives de TAmo^ une faible- femme ; Chinztca, sauvant par son courage les murs et la cité de Pise^ quand tous les h^bitans effrayés fuyaient devant les Sarrasins; ou bien qu'il nous transporte au milieu

des hor^vurs du siège d'Aaooiie. EiriBt (feos les murs de la ville qua raragent la famine et k guerre^ «ne linmiie d'une nojyle naissance^ jeune, belle, ^^ste épouse et tendre mère, reucoatre au pied des remparts un soldat expit rantde besoin. uJe suia bien faible^ lui dit^ <c «lie ^ et le lait eommenoe à madoquec à mon « 6ii&nt; mais approdbe tes lèvres, et si man « sein ea contient encore quelques gouttes 9 «ci«preiids des forces, et va combattre pour «ton pays» 9^ Fenlme jdua héroïque ^oicora qiie Gfaitxzîea y puisque Tune n'etpoaait que sa rie, et qise l'autiis aacri^t les deux, seb«<^ timens ks.pluschero à.so^ soce^ l'an^urioa^ temel et la pudeur! ^ ^

Si de nos jours , i^on ami , l'Italie â'affre plus d'aussi beaux sujets à la peinture^ k la poésie^à rjatistKHne^ il faut l'eft plaindre j et non pas Ten accuser. Un puissant génie , l'aasocîûjit au sort de la f rance ^ lui présageait de grandes destin* nées ; mai» cett(3 espénance d'union^ de force et de pro^rité s'est évanouie pour elle ctuame une vapeur brillait et fugitive, La Lombaiv

A MON AMI. ^ Tij

die gémit, à présent, soiis uq scepitve de plomb.

ïlame a trop oviAié ce qu'elle dut de: sfléadew

aux fiièdes d'Auguste et de Léon .X. Sous le

beau ciel de Naples^ le» lauriers ne grandiesent

plus <}tt'aiq>rà& du toynbeau de Virgile : le sac*i

cesseur fioli de& Médicis ssmble seul prendre

plaisir à faire fleurir, eu liberté^ les lettres et

les beaux*airts dans les riches ^lées Ar TAmcK

L'Italie, moderne . a'ioHve à l'écrivain ooimne &

l'artiste que des tableaux de geare :^. trous, mon eher Sebxiiètz^ qiïW lieaH ttdenl appelle aia preitiier rang de iios peintres d!hisAi)iri9>^ îi vous a fidlû mnlonter vers des sîèdes éloîgoës M tourner vos vegank du coté de la France pour nous montrer^ soit un illustre consul , Boeœ duKS la tour de P|ivie , soit un prince de rÉglise, Mazarin mourant À Yincennes , entre un grand homme >et un grand Roi , entre Louk XIV et Ckiibert.

GoDsert et Louis XIV ! noms efaers à la France, checs aux lettres comme kux beanxr arts! Lés belles et les héros , les écrivains et les artistes , se pnessaiei^ alors eu foule aotoot

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du trône. Colbert, avare des trésors de FÉtat, ' quand on les prodiguait à de vaines conquêtes, s'en montrait généreux envers les talens que la paix favorise. Louis XIV sut les encourager avec magnificence*: il mettait sa gloire à réunir à la fois Bossuet et Condé, Vendôme et Fénelon, Racine et Catinat, dans ce pompeux séjour, élevé par Mansard, embelli par Le Nôtre, et décoré des tableaux de Le Brun et des chefs-d'œuvre du Puget.

Les exploits des capitaines étaient alors reproduits sur le marbre , animés sur la toile , célébrés sur la lyre. Ce ne fut pendant long-temps que victoires et que fêtes , que grandeur et magnificence ; mais la nation paya chèrement ces jours d'une splendeur trop tôt éclipsée.

Ce règne, qui avait brillé d'un si vif éclat, s'éteignit dans un couchant triste et sombre. « Louis XIV, a dit Montescpieu, fut dupe de tout ce qui trompe les princes,* c'est-à-dire les ministres, les femmes et les dévots». Vers la fin de sacanrière, en effet, il consulta trop ses scrupules et trop peu . sa gloire. Toutes les

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circonstances de, sa vie n'eurent pas, dans la dernière partie de son règne , le caractère de noblesse et d'élévation qui convient aux tableaux d'histoire , et ce serait peut-être un tableau de genre assez piquant que celui qui représenterait Louis XIV entre le père La Chaise son confesseur, et Bontemps son valet de chambre, épousant, en secret, la veuve de Scarron , dans le palais des Rois.

Le père La Chaise ne s'était point aperçu qu'en rassurant la conscience de l'homme , il rabaissait trop le monarque. Ce prince avait eu long-temps de plus aimables faiblesses sans rencontrer des censeurs aussi rigoureux. Laissez-moi , mon ami , vous en donner une preuve. Elle est assurément peu connue, puisqu'on vient d'exhumer, pour moi, du fond d'une bibliothéque, le manuscrit d'où j'ai tiré cette anecdote.

L'abbé Le Camus, depuis évéque de Grenoble et cardinal, se trouvait à Versailles avec le père Ferrier, jésuite, qui était confesseur du Roi avant le père La Chaise. C'était le

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temps où Louis XIV, époux de Marte-ThéT rèse, et parjure eaver$ La ValUère, aimait madame de, Monte^Q. L'abbé Le Gamua et le confesseur visitèréht ensemble le château» Il y eut uae chambre qu'on ne put leur ouvrir sans peine : on en vint à bout cependant. En y entrant ^ un tableau d'assex grande dimen* aion attirait les yeux« Il représentait Loiua XIV. Marchant à la tête de son année, dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa puissance , ce prince regardait tendrement uae femme qu'on apercevait couchée sur des fleurs, dans le fond du tableau. « Voilà qui yous regarde ! dit « l'abbé Le Camus au confesseur. -*-r<)ui ? moi ! « je n'ai rien vu »» , répondit vivement le Jésuite en baissant tout à coup les yeux! '

L'homme qui baissait ainsi les yeux du temps de. Louis XIV, les eut sans doute tenus fermés sous le Régent. J>es désordi^es du ne* veu eurent tout un autre caractère que les Êûblesses de Toacle; et si le duc d'Orléans fut

* Kanascrit ùtédit d*un contemporain de Louis XIV.

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' gouverné^ ce ne Ait pas, que l'on sache ^ par son confesseur. Nulle voix n'eut jamais ^ sur son e^riti assez d'antoritë pour l'arracher a ses plaisirs, snpfK>sé que l'on pût appeler de ee nom des.dà^lemens^ dont il ^sait gloire^ La ▼aatt^ y avait au moins autant de part que la corruption. Le Régent semblait prendre à tâche de justifier ce mot ingénieux d'un de ses gotfvemçurs , qui avait dit de loi , dès sa jeu*ncflse : Commèài nous jr prendrons-nous pour corriger ce prinœdes défauts qu*il n'a pas! ^ Quand on sut qu'il n'y avait plus , dans son intimité , de festins sans ivresse et de plaisirs san« débauche y les courtisans kes plus temperans s'arrangèrent pour avoir des vices, eomme vers la fin du règne précédent, ils se choisis*-

. saient des vertus. Mais le Régient ne Ait pas la dupe de cette hypooriùe d'un nouveau genre; il ne les en estima pas davantage, malgré leurs désordres, et continua de se livrer aux liens. £n les peigataiU , quelques écrivains ont

* Manuscrit dcjà cité.

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retrace des détails dignes de Suétone avec les couleurs de Tacite; c'était trop de moitié. On aurait dû remarquer, au moins, que ce prince ne compromit jamais le secret de l'État dans ses excès, et qu'il ne fut pas, quoi qu'on ait pu dire de son libertinage, sans délicatesse et sans galanterie dans ses amours.

Peut-être en serez- vous mieux convaincu, mon ami, lorsque vous aurez lu sa Rupture avec madame de Pqrabère. C'est le premier des tableaux qui vont passer sous vos yeux.

Cette petite collection , mon cher Schnetz , né vous rappellera point celle de la tribune à Florence ou du palais Borghèse à RooieJ Vousn'y trouverez point de sujets saints; ellor n'abonde pas en sujets historiques : le temps en était passé. Vous y remarquerez des scènes d'intérieur : vous y verrez des fîimaciers auprès des femmes du grand monde; vous y verrez figurer des gens de cour dans la con^ i^ersatîon ii\i duc de Choiseul, des gens de lettres dans la correspondance de Diderot. La peinture d'un siècle serait incomplète, si l'on

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ne joignait s^u tableau de ses mœurs , un aperçu de ses opinions. Diderot eut une grande inûuence sur celles de son siècle. L'auteur des Salons^ écrivant, avec son originalité véhémente, sur le sentiment le plus vif qui puisse animer le poète et l'artiste, avait, d'avance marqué sa place, dans ce cabinet de peinture.

De. ces tableaux, mon cher Schnetz, les uns sont de maîtres conmis, et même de leur meilleur temps; les autres , .quoique j'aie le$ originaux dans les mains, paraîtront sans nom d'auteur.. Qu'importe la main qui les a tracés, si le costume est exact, si la couleur est vive, si la touche est légère ! Que pourrait-on demander de plus? Qu'ils soient peints par des personnes qui virent la société dont elles parlent, Qt qui vécurent avec leui^s modèles? Je puis l'afBrmer et le prouver. . En t«te de chaque . opuscule j'ai placé de petits morceaux que vous appellerez Préfaces, Notices, Avant "P ropos , tout comme il vous plaira; car ils ne portent point de titre, pour que

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von» leur en {misiez donner un. Peul-étre y tro«nrera-t^n des particularités singulières et des fait» qu'on ignore : ils font connaître du moins ou Fauteur ou le sujet du tableau , et le prëBenteat mieux dans son cadre. J'y ai même joint des noteis , et j'ai grand s)etn de TOUS l'apprendre ^ un éditeur n'a rien à perdre de sa gloire. ,

Là vôtre, mon ami, est un peu plus réelle :

VOUS la trouvesB danlVos ouvrages; mais vous lacherefaet trop loin de nous. Si le beau ciel de l'Italie vous charme, et tous retient encore; revenez, du moins en idée, vers cette patrie qui possède vos affections, et qui est si fière de vo» succès; quittez un moment les loges du Vatican pour les appartemens de Versailles ^ et les fraîches nymphées de la villa Pampkilt pour les bosquets de IVianon; E&àoez sur<tout de votre esprit les souvenirs de Rome antique; et quand on vous ouTrira les cabinets du Régent , le salon de madame de Tallaffd ou la salU de bain de la princesse de Guémenée , ne croyez pas y retronveir , comme auprès du

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