‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 27 sur 47 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Paris, i5 mars 1781.

Comment, en bonne conscience, avezvous pu penser cpie je resterais paisiblement un mois entier san$ vous écrire , mon cher prince? Je n'étais pas à Paris. Deux jours après le départ du. comte Louis, j'ai reçu la nouvelle du danger où se trouvait madame la douairière de Deux-Ponts , iittaquée d'une fièvre putride. N'ayant, par l'éloignement de ses enfans qui sont en Âmédque , p^r^ sotine en qui placer sa confiance, et dési-* rant me voir, j'fti fait le chemin, courant jour et nuit, avec l'incpiiétude de la trouver morte. Je n'ai su de ses nouvelles qu'à Saint- Avold : elles étaient, grâces à Dieu, tranquillisantes, et se sont confirmées chaque jour depuis mon arrivée. J'ai passé auprès d'elle environ trois semaines; je suis de retour avant-hier, et j'ai trouvé deux

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lettres de vous^ mon cher prince; l'une apportée par le petit Grispin ', que j'ai vu, l'autre venue par la poste. Oui , assurément, la Reine est grosse. Cette fois-ci la Reine ne doute pas que ce ne soit un dauphin. Dieu le veuille ! On la saignera mardi. Les couches seront vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre , justement quand la comtesse Jules sera relevée des siennes, qui se feront dans le mois d'août , dans la maison de Pàssy qu^avait madame de Valentinois, et que M. Roy de Ghamnoht, possesseur actuel, lui loue pour un an '. Elle se porte à faire plaisir; elle est plus jolie qu'un ange. On ne se lasSait pas de la re-

* On a{^elait ainsi le comédien Dazincourt. Après avoir été secrétaire du maréchal de Richelieu, Dazinqourt avait débuté sur le théâtre de Bruxelles : le prince de Ligne le protégeait et Taimait beaiicoup.

* Franklin habita cette même maison pendant le séjour qu'il fit à Paris. M. Roy de Chaumont était intendant des finances.

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garder hier au soir; mêmç entré madame de Simiane et la vicomtesse de Dttffort, à une très jolie et très agréable fête que nous ayons eue chez M. de Guëmenéd : M. le comte d'Artois y est venu. Je lui ai reparlé de notre petite édition : je crois que now l'aurons , je l'espère. On y va placer le poëme dm Jardins de- l'abbé Delille, que notre prince a payé d'une abbaye. Blondin * s'en est venu t^ut courant^ me complimen-^ ter sur ce que monseigneur m'avait donné une abbaye. J'ai eu beau dire que non , il a tOT:goiu*s cru que je faisais le boutoniié. A propos de boutonné^ on ta inoculer M. le duc d'Angouléme , ce qui donnera , je crois , un croc-en-jambe à notre voyage de Belœil * ;

je dis notrey et non pas mon , car il faudrait

' C'était le nom d*un coureur de M« le comte d'Artois.

* La terre de Belœil appartenait au prince de Ligne. Les jardins , embellis par lui , réunissaient tout ee que le genre anglais peut offrir de plus pittoresque.

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<pi^ le grand diable âî* enfer s* en mêlât ^ si je ti'allaU paf à Bruxelles, pour mon compte, tftmnd nos délestes autrichiennes Tembellirorit dit leur présence. Je leur écrirai dimanche par M. Barthélémy, qui retourne à Viinuie', Ce maudit vicomte de Polignac mi*, garde, depuis deux mois, a Soleure, trois boites de pastel cpie je lui ai*fait adres- M*r de Lausanne, et que je veux envoyer .

aux Christine , Thérèse et Hoyos ' ; j'enrage. Le petit Crisphi ma remis, avec votre lettre , les Commentaires, dont je vous remercie mille et mille fois. Avez-vous lu le Comp(0^rendu de M. Necker? Le voulez-

^ Mt» finrtkéleoiy était alors secrétaire de légation i^ Vifiuu>i ttùnistt^ eu Suisse du temps de la Conyenliou^ }>ui» meuiki^ du Directoire , il a figuré parmi I^A )u>miiu'$ l«v^ p)us diï^rin^ués de la Gliambre des PAirîH>

* C^Hstin^^ prtnce^e d<^ Clary^ était fille aînée du printp^ d« Li^^ne : $a belle-^etir, madame la comtesse «W lU^T^vji^ 9aif« «ommait Thérèse.

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VOUS? Je le trouve suUime. On l'aoeufie d'orgueil : il me semble que le noble senti'ment de des forces et de sa vertu n'est pas 4e l'orgu^l. On dit du lion qu'il est fier, et non qu'il est orgueilleux. Au nom de Dieu , ne laissez pas venir ici votre Charles ' : avec son penchant irrésistible à la profession de banquier, il sei'ait amendé ^ emprisonné, et puis aifin pendu^ Je ne saurais vous dire combien je suis ravi qu'on ait détrôné ce roi d'Egypte^ cet; usurpateur qui régnait aux .dépens des gr&ces et de la .galanterie , sans lesquelles nous courrions le risque d'être bien plats. Qui n'est pas pkte? c'est madame de Mazarin : on dit qu'elle n'en re^ doit de guère , en grosseur , au foudre de Heidelberg : il y a trente-deux jours qu'elle n'a pissé ; si elle vient à pisser, garre l'eau! sauve qui peut ' ! Mais elle mourra ce soir

* Fils aine du prince de Ligne. U fut tué dans une affaire.

* C'est malgré moi , et seulement pour ne rien

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OU demain ; et, le malheur, c'est qu'elle rebute sur les sacremens. mon Dieu! pour me rehausser dans l'estime de M. Le Gros , contez-lui donc ma pointe au dernier pharaon qui se tenait à un magnifique bal chez madame Duchâtelet '. Il vint six doublets de suite : « Par exemple , dit M. le duc de Choiseul , je voudrais voir ce que le Parlement ferait sur ce coup-là. ' — Monsiem*, lui dis-je , il faudrait que le Parlement pliât. » Tâchez, je vous en prie, de couler dans vos lettres le moins 'de gaités qu'il vous sera possible; la Reine les Ut toutes, et mém.e elle a Tavant-dernière dans sa poche. Celle-ci prendra le même chemin , car je m'en re-

chajQger à ce qui est écrit , que j'ai laissé subsister ijne plaisanterie aussi remplie de goût et surtout de convenance y à Tégard d'une femme malade dont on annonce la fin jprochaine.

' Madame la duchesse Duchâtelet , femme du dernier colonel aux gardes françaises : elle a péri sur Téchafaud en 1 798, '

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tourne ce soir à Versailles avec toute la ville Jules y qui vous salue y vous aime et vous prie de ne point trop vous acoquiner là-*has. Mille tendresses à mon excellent prince Charles ; mille hommages et respects à nos princesses ; mille baise-mains à ma cousine ; à vous mille^ reproches d'avoir cru que je pouvais vous oublier.

J'ai écrit au prince Potemkin , de Varsovie , de Vienne , de Paris ; c'est tout comme si j'eusse adressé ma lettre à la statue de Pierre-le-Grand : je n'ai pas eu plus réponse que de M. de Gobenzl. Est-ce ma faute ?

J'ai reçu hier huit pages du baron de Breteuil , ^t quatre , devinez de qui ? fort bien écrites , fort bien dites : devinez ? Je

vous le donne en cent, en mille du

prince de Paar. *

' Le prince de Paar a çii pour fille madame la comtesse de Mercy.

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La princesse dharlotte ' liefift de partir poor TVuriii^ menant un médecin 'et un chi* raarfffm à Madame de Garignan y xfoi esft bien maiade.

■ La princesse Charlotte de Lorraine , fille de maclame de Brionne, et sœur de MM. de Lambesc et de VàudeAiont.

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