‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 28 sur 47 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Paris y 3o mars 1 78 1 .

Je n^ savais ce que je disais y mon cher prince ; M. de Castries a vu notre escadre k la voile, au moment même où. il allait partir avec le regret de la laisser dans la rade : le vent, de contraire qu'il avait été jusqu'alors, est devenu favorable, et tout s'est mis en mouvement. Le duc de Guignes ' et le chevalier de Goigny disent qu'oB n'a vu de la vie un plus superbe spectacle :

viiigt-six vaisseaux de guerre, onze fré-* gâtes, ou grosses (lûtes, et deux cents voiles marchandes. Dieu veuille conduire et protéger, tout cela! M. de Castries.^ avec un^ porte-voix , a crié à M. de Grasse : « Je

^ Ambassadeur de France en Angleterre : rrop cotmii par son procès avec Tort, son sectiéfaire. Madaine Canqsan parie de li» dans ses J\liéma»eB4 1. h.-

{< VOUS recommande l'amiral Rodnej. » Ce sont les derniers mots du rivage que la flotte ait entendus : elle se les rappellera sans doute dans l'occasion. Croyez-vous , comme on le dit, que l'escadre anglaise attendra la nôtre au cap Lézard ? U me semible que l'emploi d'une escadre qui mène un gros convoi sous sa garde n'est guère de chercher à se battre , et les Anglais en conduisent un presque aussi considérable que le nôtre. M. de La Mothe- Piquet va prendre le commandement de six gros vaisseaux, avec lesquels il joindra les Espagnols , qui nous ont demandé ce renfort. Voilà bien assez parlé de mer. Revenons au continent. C'est demain qu'on va s^établir à Choisy. , Nous préparons pour ce séjour-là des amusemens et des facéties de toute espèce : si le temps reste comme il est, nous serons heureux.

Vous ne m'aviez pas dit que votre livre était imprimé : devinez où je l'ai trouvé hier, pour la première fois ? sur la chemi-

née de madame de Coigny ' , cpii me le prêtera, dit-relle , quand elle l'aura lu ; ce sera Wehtôt, car je la vois le lire avec autaut d'avidité qu'une autre femme de son, âge lit Acajou. J'ai reparlé à M. le comte d'Artois de la petite édition pomr vous , et je compte lui en parler encore à Choisy \ Le prince tient la dragée haute ; mais je ne me rebuterai pas , et nous l'aurons. Le libraire en a , pour lui , un exemplaire qu'il avait cédé à je ne sais qui; ce je ne sais qui est mort, et l'exemplaire vient d'être vendu, à son inventaire , cent louis. C'est un Espagnol qui l'a acheté. M. le comte d'Artois , très honnêtement , a promis de lui donner la suite ; nous en avoQs déjà trente - sept

' Madame la mai:quise de Coigny, riine des femmes les plus spirituelles de cette époque.

* Un des premiers chefs-d'œuvre des presses de Didot fut la jolie collection qui porta le nom de monseigneur le comte d'Artois. Ce prince y fit recueillir les meilleurs ouvracjes de la langue française avec un soin qui rhonorait lui-même autant qu'il honorait les lettres.

volumes. Si M. le comte d'Artois ne se laisse pas toucher par mes prières y je tous promets de vous léguer le mien à tosl mort y et vous ne sauriez l'attendre long-temps; car j'ai un terrible rhume de cerveau , qui ne manquera pas de tomber sur la poitrine ; elle s'emplira , je serai étouffé : Hïc jacet. Quand vous recevrez le legs ,

Débita sparges lacryma.

Vous connaissiez siH*ement le marquis de NÀlonchelles ; il est mort hier subitement en chassant le cerf à Chantilly. Voici comment on m'a conté le fait : Le ceif tenait aux chiens ; Nédonchelles a mis pied à terre, et s'est approché de l'animal , à qui il a voulu couper le jarret; son couteau de chasse étant fortement engagé dans les nerfs du jarret , il n'a pu le retirer que par un violent effort qui l'a fait tomber à la renverse , en disant : Je me meurs. Effectivement il est mort dans la minute. C'était un bon et honnête homme , très regretté chez nous.

SUR LA COUR DE FRANCE. a49

OÙ l'on n'a guère le temps de regretter.

Madame de Montesson vient de donner sur son théâtre la Réduction de Paris en opéra comique. C'est s<m neveu Ducrest qui est l'auteur de la {âèce y la plus mauvaise qui se soit donné depuis Thespis ' . Henri IV a fait son entrée par la place des Victoires j où se voyait la statue de Louis XJV, et ce n'était pas ce qu'il y avait de plus ridicule. Est>*il vrai que l'Empereur vous arrive à Pâques ? La ville Jules est à Parié ; tout- le corps municipal vous salue et vom aime^ La Reine se porte à merveille^ Chinon lest hors de danger, Dieu merci ' . Vous ai-je parlé de l'accident de madame de Dillon , qui a vomi du sang? Elle est bien, très bien. Adieu, mon cher prince; adieu mon bon prince Charles. Venez ici, ou, j'irai là.

' Le chevalier de Lille se trompait : cette espèce d'opéra-comique était de Sedaine.

* M. le duc de Richelieu , ministre de .Sa Majesté liOuis XVIII , a long-tem[)s porté le nom de Chinon.

a5o LETTRES INÉDITES

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