‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 29 sur 47 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Versailles I si mars 179a.

a Ce n'est rien , dit mamselle Zirzabelle ; c'est mon cher père qui rentre des Grandes- Indes. » Ce n'est rien, mon prince; c'est moi qui rentre de Bretagne. Le marquis de Coigny demandait , depuis deux ans, sans que personne le sût, la permission d'aller en Amérique. L'autre jour, M. de Ségur lui a dit : « Voilà une place qui vaque , celle de colonel en second du régiment de l'Auxerrois; mais il faut partir après-demain pour vous rendre à Lorient, parce que le bâtiment qui doit porter ce colonel quelconque met à la voile le 16. — Après demain , soit », a l'épondu le marquis de Coigny; et comme de fait il est parti le surlendemain , sa jeune femme avec lui , moi avec eux deux. Nous l'avons mené un train d'enfer jusqu'au lieu de son embar-

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quement, et nous voilà revenus. Gommé je mettais pied à terre , on m'a présenté , parmi beaucoup de lettres, celle de mon bon prince, que j'ai décachetée la première. Je me suis rendu tout de suite chez la bichette Pôlastron , qui venait , à l'instant même , d'apprendre que son mari allait aussi en Amérique : elk pleurait , et ses joues ressemblaient à des fleurs couvertes de rosée.

Je lui ai lu votre lettre ; elle a ri , pleurant toujours , et j'ai cru voir alors un de ces beaux jours d'été où , quelquefois , un petit nuage tombe en pluie légère sans que l'éclat du soleil en soit obscurci, tant je suis fertile en comparaisons toujours prises dans la na-r ture. Nous sommes convenus, bichette et moi, que? je lirais tantôt votre lettre à la Reine ; que même je îa lui laisserais , et que Sa Majesté pourrait, en la lisant au Roi , savoir tout naturellement ce que le Roi pense de la demande qu'elle renferme , et jusqu'à quel point il veut s'intéresser au

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sort de mademoiselle de Mérode , de qui la bichette et moi appuierions d'ailleurs la cause y elle de tous ses charmes, moi de toute ma raison. Le Pape a très certaine* ment perdu la sienne. Je n'aurais jamais cru que cet étrange voyage pût avoir lieu. Je ae sais ce que je ne donnerais pas pour être actuellemwt à Vienne. Noos voilà bien loin du temps où les Papes Élisaient venir à Rome les Empereurs soumis et pénitens. Mais nous renouvelons celui des croisades , en ^ changeant seulement le lieu et l'objet : c'était l'Asie , c'est l'Amérique ; c'était la religion , c'est la philoscH phie; car il me semble qu'on est convenu d'appeler particulièrement de ce beau nom l'amour de la liberté ou de son ombre. Nous avons eu quelques momens d'inquiétiule pom^ six mille de nos apôtres qui prêchent cette liberté dans Saint - Christophe , sous la direction du grand missionnaire Bouille \

» Fraiiçoi&-Claude Amour, marquis de fiouilké, né

Il me semble qu'on e^ pluB tranquille sur leur sort ; j'imagine qu'on ne se rassure pas ainsi sans motifs y et je le souhaite d'autant plus, qu'au nombre des iHlsqués se trouvait Arthur Dillon.

Je votis dirai , dans une autre lettre , ce que M* le comte d'Artois aura décide s«Er le voyage de Bdœil ; moi , je <lemeare dans la ferme résolution de l'entreprendiie pour mon compte aussitôt que vos arbres auront repris leur verdure. Vous ne me dites rien du ^pied de la princesse Charles ; j'aime à croire que c'est tant mieux. Je vous en prie, mes tendres et respectueux hommages à ce pied-là et à l'autre. Madame de Coigny, qui est ici pour voir saigner sa sœur M onbazon , qui entre dans son neuvième mois de grossesse , me charge de mille tendresses pour

en Auvergne , au château du Cluzel , le 1 9 novembre 1739. Il était gouverneur-général de la Martinique et des îles du Levant , pendant la guerre de l'indépendance. F'fjyez la lettre suivante.

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sa mouchette y qu'elle se réjouit d'embrasser yers le mois de juin en allant à Spa ^ où rien y dit-€lle , ne pourra l'empêcher d'aller, cette année y passer deux mois ' . Adieu y mon bon prince; adieu, mon prince Charles.

J'arrive; je suis pressé : je ne sais comment j'ai eu le temps de remplir quatre pages.

Tous les Jules imaginables tous embrassent.

On dit que la Reine se porte à meireille ; je ne l'ai pas encore vue.

* Mesdames de Coigny et de Monbazon étaient filles de M. le comte de Conflans.

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