‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 31 sur 47 · LETTRE VII · texte numérisé non relu

LETTRE VII

Versailles, i3 avril 178s.

Je ne yeux pas, mon bon prince, que vous appreniez la nouvelle de Tindisposition de la Reine par quelques uns de ces sots bulletins qui s'en vont exagérant tout, et contant les choses de travers. La Reine , en revenant, mardi dernier, de la Comédie- Française, où l'on a fait l'inauguration de la salle , s'est senti du frisson , du mal de tête , en un mot ^ la fièvre , à laquelle s'est jointe , le lendemain , une violente douleur d'oreille , dont la Reine a été véritablement tourmentée pendant vingt-quatre heures ; mais il ne subsiste plus aujourd'hui ni fièvre ni douleur ; et , si ce n'était un léger mal de gorge, qui sera dissipé très promptement, on pourrait dire que la Reine est en parfaite santé. Le seul inconvénient qui résultera de son indisposition sera le retard

du spectacle de Trianon , où la troupe, dans laquelle Sa Majesté même est actrice, doit jouer la Veillée villageoise^ le Sage étourdi^ et je ne sais plus quoi ' . C'est la Reine qui joue Babet ; madame la ûcuntesse Diane , la mère Thomas; B^esdunes de Guicke, de Polignac y de Polaslroo , les jeunes filles ; le comte d'Esterhazy, le bailli ; et puis tcmtes los.yieîUes sont, le baron de Bezenva), le comte de Coigny, etc. Vous voyez que je suis bien ^^ de l'entière convalescence de la Reine ^ puisque je passe si rapidement de sa maladie a son rôle de Biabet , qu'elle joue a ravir. M. le^ comte**** serait un CoKn fiu&^i parfait qu'il est joli , si la voix était toujours }'organe fidèle de l'àme, car vous $avez que l'âme du jeune comte *** n^est pas Élusse; et si je prétendais lui faire un crime de ce que sa voix l'est , ee ne serait pas à

' MM. Charles Pîis et Barré sont les auteurs de la Veillée vHlageoise. Le Sage étourdi doit être compté paxaai lcS'pkid.îolks piécea <ie Fagair.

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votre tribunal que je porterais cette accusation.

Vous faites dans votre lettre, bien insensée d'ailleurs , une réflexion qui ne Test assurément pas : c'est qu'en effet Louis XIV, aux plus beaux jours de sa gloire , n'a pas vu l'Angleterre humiliée comme elle l'est aujourd'hui ; mais souvenons-nous aussi que ce fat dans l'orgueil des triomphes qu'il trouva la source des revers ( très bien dit ), et ne rendons pas aux Anglais , par notre insolence, les alliés qu'ils se sont ôtés par la leiu*. Us vont , à ce que l'on peut prévoir, changer leur système de guerre ; et , laissant respirer les Américains , porter toutes leurs forces contre nos possessions. Ain^i , M. de Bouille sera toujours le véritâl^le et {Mrincipal acteur de ce théâtre-là. Je m'attends qu'il aura lieu de déployer, dans le genre défensif , d'aussi grands talens qu'il en a feit éclater dans le genre offensif; et qu'après uile ou deux campagnes, la paix , honorablement

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conclue, il nous reviendra doctor in utroque jure. Pourquoi ne voulez -vous pas que M. N dise qu'il va voir l'Angleterre, quand M. de Senecterre, revenant de ses forges de Hombourg, nous disait :

Tai été bien aise de voir cela par moimême? C'est toujoiu*s de la chose dont on est le plus incapable qu'on tire le plus de vanité : le prince de Ligne, par exemple, en fait de guerre, vous le trouverez toujours modeste ; en fait de vigueur,,*toujours fat. Avez-vous entendu parler de ce malheureux Lucrian, capitaine corsaire français , né en Irlande ? Après avoir enlevé aux Anglais deux cents bàtimens , il a été pris ; les Anglais vont le pendre. Nous en somm.es désolés^ non seulement pour lui, mais pour Arthur Dillon, né comme un autre en Irlande, et que l'on peut faire prisonnier quelque beau matin. Le marquis de Coigny, battu par une horrible tempête qui l'a mis en grand danger pendant qua-

SUR LA COUR DE FRANCE. !»6i

torze jours , vient de relâcher à Paimbœuf , où l'on radoube son bâtiment; sa jeune femme vous remercie, et la princesse Charles aussi , de votre bon souvenir, et vous prie de le lui conserver jusqu'au mois de juin , qu'elle-même se chargera de s'y renouveler à Belœil , en allant à Spa. Marly comm.ence le 21 de ce mois ; il diu'era jusqu'à l'arrivée de M. le comte du Nord, qui s'annonce pour le i5 ou le 20 de mai. M. Verre de Bièvre ne m'a rien dit encore de positif à l'égard de M. Le Gros; je serais fâché que vous le perdissiez, parce qu'il est garçon d'esprit et d'honneur ; mais s'il a la maladie du pays, rien ne l'en guérira. La nouvelle salle est fort belle , et de chaque loge on entend tout' ce qui se dit. . . . dans la rue ; quant à ce qui se dit sur le théâtre , pas un mot. Adieu , mon cher prince.

Toute la ville Jules, à commencer par le comte ***, vous dit mille et mille ten-^ dresses.

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