‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 32 sur 47 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Versaiites, %o avril 1782. -

Je vous ai dit, mon prince, que le voyage de Marly Dommencerait le 21 , et peut-être vous êtes-vous arrangé pour cette époque-là , qui , dans le momatit où je vous écrivais, était certaine, c'est-à-dire fixée ; mais on n'avait pas compté sur l'érysipèle qui s'est établi , depuis vingt-quatre heures, sur une des deux belles joues de la Reine.

Il s'est joint à cet accident, que l'on croit provenir d'un reste d'humeur laiteuse , un peu de fièvre ; et nous ne pensons pas que tous ces petits bobos , venus à la suite d'un gros 'catarrhe , permettent à la Reine de songer à s'établir de sitôt dans la demeure humide de Marly. Partant, mon cher prince, ne fondez rien sur ce voyage ; et si vous aviez formé le projet d'y violer madame de Simiane ou madame de Coigny , tenez - vous pour

SLR LA COUR DE FRANCE. a6S

averti qu'il fiiut chercher un autre théâtre à vos emportemois. Madame de Polignac a mal k r^tottiAc ^ son mari à la gorge ^ Ynadame de Guîche au cœost^ la ooutesëe DiâCie au foiei moi 5 partout , quand je toi^ ces misérahlei âantés^là«... CIofUiÂÔsieiK-^VôUs le petit DuroUre^ un des pltfô jolis ^ des plu»

aimables, des mieux në$ de ia génération?

Par respect pour la stupàde déTOtioti de sa mère, qui regarde l'itioculation oôviïàie utie impiété, ce bon jeune homme n'ai^it osé se faire inoculer $ la petite-^role lui est Tenue. U ne savait pas qtié oe fait elle ; sa mère , après l'avoir fui dès le pr^ttie*» indice , lui a écrit que sa maladie était la pétite^vérole , et qu'il eût à se confesseï' au plus vite. U pouvait bien , au plus (un de la suppuration , être saisi par k leoture d^Uiie pareille lettre , et tout de suite en mourir, comme de fait il n'y a pas manqué. Toute la société, se déchaîne , avec raisucm , contre son imbécile de mère , qui l'a tué ; contre son

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vilain père, qui Ta planté là pour suivre sa sotte femme; et contre sa sœur, madame de Saisseval, cpii, recousue, criblée de petitevérole, a dit qu'on pouvait lavoir deux fois, et , là-dessus , s'est opiniâtrement refusée à mettre les pieds dans sa chambre. En vérité, je crois que cette famille-là descend des Atrides. On croit que le grand-duc arrivera ici du lo au i4^ Paris est plein de Russes qui l'attendent : j'ai distingué l'autre jour, dans leur foule, ce prince Gagarin qiii vous doit cent roubles. Il voulait m'aborder, je me suis esquivé; il a couru après moi, j'ai couru plus vite que lui, et m'en voilà quitte jusqu'à la première occasion. M. de Liancourt ne m'a rien dit encore au sujet de M. Le Gros ; mais il a , dans ce moment-ci , de bien plus grandes affaires. Il ne projette pas moins que d'aller en personne au siège de Gibraltar ; et, pour cela , je crois qu'il

' Le grand-duc de Russie ^^ qui fut depuis Paul 1% voyageait alors sous ie nom de comte du Nord.

va prendre un régiment d'infanterie d'un honune qui prendra son régiment de dragons y et puis qui le lui rendra quand Gibraltar sera rendu. Je voudrais , par curiosité y voir proposer un de ces micmacs à l'Empereur ou bien au roi de Prusse, pour voir un peu ce qu'ils en diraient.

J'ai reçu hier, par un courrier de M. le baron de Breteuil , le plus joli des^n du monde , encadré dans une boite de bois pétrifié blanc , et puis un étui de bois pétrifié aussi, monté mieux que Drais n'eût pu faire* Or, la boite était de madame d'Hoyos et l'étui de madame de Glary. Je ne sais comment reconnaître de si charmans témoignages de souvenir; j'ai envie, pour faire quelque chose de bien extraordinaire, de leur r^K>ndre en vers grecs. Adieu , mon. cher prince , mettez-moi aux petits pieds de la princesse Gharies, et recevez le fidèle honmiage de tous mes tendres sentimens pour vous. L'hô^ pital Jules vous dit mille jolies choses.

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