‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 34 sur 47 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Paris, i6 mai 178a.

Il n'y a Toiirnay qui tienne. Je crois que vous ne laisserez pas le grand-duc errer dans Paris sans vous, mon cher prince, ni que vous n'ôterêz point à madame la grande-duchesse la ressource de vous demander deux fois par jour comment va la belle humeur? Ce tendre couple n'a prévenu de son arrivée qu'un seul personnage considérable, qui est mademoiselle Bertin ' ; mais nous savons par elle que, très positivement , leurs altesses impériales seront ici demain au soir, apparemment pour se trouver dimanche à la cérémonie des Cordons-bleus, et la Reine se propose de mettre tout de suite la main à la pâte , en leur donnant dès lundi un grand concert, où

' Marchande de modes célèbre à cette époque.

SUR LA COUR DE FRANCE. ^6g

toutes les klames seront, comme dit madame de Luynes, le feu au cul (Fioco). Vous aurez la bonté , mon cher prince , de vous munir de trois habits magnifiques pour les trois jours de solennité ; l'un , le bal paré ; l'autre, la représentation â! Iphxgénie ; le troisième , celle àiAthalie avec les chœurs.

Le Roi prétend que chacim s'y montre dans tout l'éclat possible, ou n'y paraisse pas.

C'est pour vous une affaire de ^ ou 8,opo francs, par conséquent une niaiserie. J'ai envie de les commander pour vous chez Le Normand, afin qu'ils soient tout prêts à votre débotté. Savez-vous que M. Grenn ville est ici depuis cinq à six jours? Savez-vous qu'il voit en cachette M. de Vergennes, M. d'Aranda, M. Franklin?

Savez-vous que c'est pour parler de paix?

Savez-vous que Paris , qui est expéditif , dit qu'elle est feite? Savez-vous que non? Mais je crois que , très réellement , les Anglais en ont envie , et qu'en effet M. Grennville n'est

pas venu pour autre cho^. Moi, je suis venu, et je reste pour garder, oonjointement avec madame de Coigny^ sa petite

soeurette, qui nous a mis au monde une fiUe, sans cris , sans douleurs , comme la Vierge Marie : elle s'en porte si bien , que vous la croiriez dans son lit uniquement pour s'y reposer. Elle et sa sœur vous font leurs complimeus, et madame de Goîgny em* brasse Mbuchette, qu'elle exhorte à Taiten*dre jusqu'au 1 5 du mois prochain pour aller k Spa. Madame de Montbazon ira , madame Dillon aussi, et aussi madame de Rochechouart ^ madame de Ghinon et madame de Sabran; cela sera très beau en françaises.

Voici la copie d'une petite lettre du roi de Prusse à M. d'Alembert.

(c Braschi vient de prouver que le Pape « n'est point infaillible, en faisant une déu marche aussi inutile que déplacée. Il sem- « blc que la cour de Vienne veuille punir (( le Saint-Siège des excès de Grégoire et

(( d'Innocent IV. Je suis fâché 'que la v^nu geance impériale tombe sur le pontife « modéré qui dessèche les marais Pontins.

(( L'insolence rérolte , et la faiblesse atten- (I drit. Du restfi, je me porte bien > et j'a- « bandonne à leur triste sort le Pape, l'abbé i< Rayna), les fanatiques, les Carmes, la rr Chartreuse , et surtout les Anglais. »

Je ne tous aivoie point la copie de celle de l'Empereur k M. de Crillon^ paroe qu'il m'est impossible de transcrire ce que je n'entends pas. J'imagine que l'Empereur dit , dans ce cas--lk , stjrle impérial fait pour nous. Adieu, mon prince, j'aime mieux le vôtre, et je tous aime encore mieux que tout.

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