‹ Tableaux de genre et d'histoire, peints par différens maitres: ou, Morceaux inédits sur laChapitre 35 sur 47 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

Paris, 8 septembre 1782.

Vous demandez, mon bon prince^ ce que c'est que cela? Je m'en vais vous le dire : c'est un pauvre homme , malheureux et triste y qui y trouvant injuste de vous importuner de son malheur et de sa tristesse, pour cela même ne vous écrit pas. Nous avions ramené madame Dillon dans un état inquiétant sans doute, mais qui laissait pourtant espérer la ressource du voyage de Naples : elle nous est entièrement ôtée. La faiblesse, la maigreur, la destruction, sont, en moins de huit jours , parvenues au dernier période. Cette afireuse maladie est celle que les Anglais nomment galoping consomption. C'est, en effet, avec une incroyable rapidité qu'elle mène à la mort ; mais elle a, du moins, l'avantage de si bien dérober au mourant la connaissance du dan-

gër et la proximité du terme y que madame Dillon y de qui nous attendons y d'un instant à l'autre, le dernier soupir, s'occupe, à l'instant même où je vous parle , des préparatifs de son voyage d'Italie, des ressorts de sa voiture, de la façon de placer les malles, et de l'habillement qu'elle adoptera comme plus conunode. Elle a demandé à la R^ne , qui est venue passer une demijournèe avec elle , la permission de ne point feire sa première semaine. La Reine , en la lui accordant , n'a pu retenir ses larmes , qu'heureusement elle a cachées bien vite en abaissant son chapeau, car elles eussent peut-être retiré madame Dillon de l'heureuse ignorance dans laquelle nous espérons qu'elle finira. M. de Guémenée fait la plus grande pitié. Sa douleur est si profonde et si vraie qu'elle m'inspirerait un sensible intérêt si je. le voyais pour la première fois. Je le connais, et je l'aime depuis vingt ans. Vous jugez combien mon affliction person-

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nelle s'accroît encore de la sienne. Je ne le rois pas bien décidé sur le parti qu'il va prendre; mais, quelque part qu'il aille, je le quitterai d'autant moins , qu'il ne peut , dans ce moment-ci , compter que sur moi seul. Votre pauvre petite Dillon va mourir ' ' aussi; autre femime vraiment regrettable, et dont la perte affligera particulièrement madame de Coigny, qui, tout en arrivant de Cirey, m'a demandé si j'en savais des nouvelles. Je lui ai, dit celles que je rece^ vais poiu* vous, à l'instant même , et chacun de nous a pleuré sa Dillon. Je né vous ai pas écrit de Spa , mon cher prince, parce que j'ai long-temps espéré de vmis y voir ; qu'ensuite j 'ai compté m'arrêter a Bruxelles, même à Belœil, et que j'avais supplié madame la princesse Charles, qui dit bien mieux que je ne pourrais écrire , de vous parler de moi dans quelques uns 4^ sqs momens perdus. Elle n'en a point : tant mieux pour elle et pour vous ; tant pis pour moi

SUR LA GOUR DE FRANCE. ayS

seul* Mais j'ai bien eu moh tour à Spa ; vingt fois j'ai voulu vous écrire, uniquement pour vous dire combien cette belle-fille-là était aimable, et puis je pensais que vous n'étiez pas homme à ne le point savoir, et que, quand on n'avait rien de nouveau à dire, il fallait se taire. C'est pour cela que je ne vous dirai pas que la Reine revient aujourd'hui, que La Muette commence le 9 et Marly le 4 d'octobre , car vous le savez.

Vous savez aussi que Monsieur et Madame passent le temps de La Muette, c'est-à-dire quatre semaines, au Luxembourg, et madame la comtesse d'Artois à Bagatelle. Madame de Guiche accouche incessamment. Tous les Polignac sont à Paris , à demeure , pour cet événement-là. Nous avons, chaque semaine, des nouvelles de M. le comte d'Artois, à qui, chaque semaine , nous en donnons des nôtres. Adieu, cher prince.

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