LETTRE XIII
Paris, a6 octobre 1789.
Monsieur et^ madame de Guëmenée ont tout penju , mon cher prince ; fortmie , existence^ asile, en un mot^ tout, sans même qu'il leur reste ce que notre François I*' s'applaudissait d'avoir sauvé. La banqueroute est énoime : elle le serait pour le plus riche et le plus grand potentat de l'Eu^ rope ; le nombre des misérables qu'elle fait est immense ; et Fauteur de tant de *pilamités n'a pas tout-k-fait trente-sept ans.
Ce malheureux M. de Guémenée, retiré chez son oncle à Navarre, vient d'y recevoir l'ordre de se défaire de la charge de grandchambellan , et défense de paraître à la cour. Madame de Guémenée a donné sa démission de gouvernante , et vient de s'enfuir à Vigny, terre de M. de Soubise , à neuf lieues d'ici, du côté de Pontoise. Le château est
iuhabité depuis un siècle : quelques vieilles tapisseries , à grandes vilaines figures , en fcmt tout Tomement. C'est là, peut^-être, que la pauvre prinoesse , obligée de regarder à un louis, va passer le reste de sa vie avec daix ou trois* valets. Rappelez-vous, mon prince^ la splendeur où nous l'avons vue le 22 décembre de l'année dernière , à deux heures après midi, portant dans ses brsîs M. le Dauphin aux acclamations du peuple^ et le bas de sa robe soutenu par m^àdame Adélaïde ; songez que c'est à pareil joiu», a pareille heure, qu'elle est sortie de Versailles ^ dans l'abaissement et l'humiliation ^ et voyeée ensuite si vous croyez qu'il faille attacher un gran^ prix aux honneurs de ce monde.
Ce n'est pas que je veuille vous porter à n'estimer que ceux de l'autre ; car je m'en bats l'œil tout comjue des premiers ; mais je crois qu'aucuns ne valent que nous nous en tourmentions. C'est ce qu'a pensé notre bonne petite duchesse de Polignac , que les
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honneurs vont toujours trouver, témoin la charge de gouvernante, qu'assurément
elle ne cherchait pas , et à laquelle poxu*tant elle sera nommée publiquement aprèsdemain. Personne ne le. sait encore que se»
intimes : vous en serez instruit en même temps que Paris y quoique résidant en pro^ innce. Ne dites pas ce mot au prince Charles : il partirait pour me faire battre , et potu^ rien' au monde je ne veux me battre.
M. le comte d'Artois écrit, du 1 5 , que le lord Howe vient, dans la nuit même, de franchir le détroit, de faire entrer dans Gibraltar neuf bâtimens ^ et de passer son chemin avec trente-cinq vaisseaux de ligne.
M. de Gordova , fort de quarante*cinq , s'est mis à sa poursuite. M. le comte d'Artois promet incessamment un nouveau courrier : nous l'attendons. La nuit du 1 2 , un vaisseau espagnol de 74 , poussé par un furieux coup de vent , a échoué au milieu des Anglais , qui l'ont pris. Notre jeune prince
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partait quand tout cela est arrivé. Il veut^ comme de raison , voir l'issue du combat , si combat se trouve , et son annvée à Versailles sera retardée de dix à douze jours.
La Muette finit le 5o. Madame la gouvernante sera installée le 5 1 . Toute la ville Jules y où voilà un grand clocher de plus , vous dit mille choses y et ppncipalement la Guichette. Je ne sais si la comtesse Diane vous écrira. Elle a bien des afiaires avec ses mirliflors. Adieu y cher prince y ne faites pas banqueroute^ et aimez-moi.