‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 11 sur 46 · SUR LA POSTÉRITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA POSTÉRITÉ

AVEC DKS OBSBaVATIONS SUR LES LETTRES ET LES BEAUX-ARTS.

DE tnSS A 1767.

Db tous les hommes célèbres de son temps, Diderot est peut-être celui qui a le plus perdu au. jugement de notre âge. Son talent, ses opinions, sesiécrits ont été séTèrement appréciés. La critique lui a reproché de n'avoir pas* su faire un livrer la morale a rougi souvent du cynisme de sési tableaux ; et les attaques de son audacieuse incrédulité n'ont pas moins affligé la saine philosophie que la religion.

Il faut^ convenons -en, souvent blâmer le philosophe ;^ il faut choisir dans l'écrivain. Toutefois, les gens de goût, en condamnant les ' écarts de son. imagination, avouent aussi que cette originalité piquante , ces momens d'enthousiasme , ces inspirations soudaines qui donnaient tant d'attrait à sa conversation , ont passé bien souvent, de ses discours, dans ses écrits. Ses contemporains ont rendu justice à son caractère. Son esprit 'ne rêvait, disent-ils, que projets

loo LETTRES INÉDITES

d'améliorations sociales-, son cœur était rempli des passions les plus bienveillantes. Enfin , Marmontel a dit de lui : « Cet homme , l'un des plus « éclairés du siècle, était encore l'un des plus « aimables; et sur ce qui touchait à la bonté <( morale , lorsqu'il en parlait d'abondance , je (( ne puis exprimer quel charme avait en lui (( l'éloquence du sentiment. Toute son âme était « dans ses yeux , sur ses lèvres ] jamais physio- « nomie n'a mieux peint la bonté du cœur.»

Malgré ses erreurs ou se3 torts , on peut désirer de connaître celui qui méritait cet éloge. ^

Une femme de beaucoup de mérite, la fille de Diderot, madame de Vandeuil, aussi remarquable par son caractère que par son esprit, a laissé, sur la vie de son père, des manuscrits précieux. L'ami qui les avait entre les mains a bien voulu me les confier. Ces manuscrits renferment un assez bon nombre d'anecdotes. Quelques unes ont été recueillies par Naigeon, et quoiqu'elles aient perdu leur couleur dans la diffusion de son style et Uaus l'apprêt de ses déclamations, je ne les citerai point ici. Heu*

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reusement celles qui peignaient le plus naïvement Diderot, ses goûts, ses penchansi, son humeur, ont échappé à la dédaigneuse emphase de Naigeon. Je vais les extraire, avec réserve, des manuscrits de madame de Yandeuil. Quelquefois je la laisserai parler elle-même, avec cette ajBTection qui ne lui permettait d'apporter aucun art dans ce qu'elle écrivait sur son père ^ mais quelquefois aussi je prendrai la parole à mon tour, pour mettre plus d'ordre ou plus de variété dans le récit.

Que la vie du même homme offre souvent de singuliers contrastes ! Diderot , qui le croirait! fut dévot dans sa jeunesse. Élève des jésuites, séduit par leurs promesses, peut-être aussi par les hasards d'une carrière consacrée aux missions lointaines , il fut sur le point de fîiir la maison paternelle pour entrer dans leur société. Son imagination naissante excitant alors sa ferveur, il priait, il jeûnait, il portait un cilice. Ce grand zèle ànrtk fort peu : le scepticisme le |Jus hardi ne tarda point à remplacer 'Ces élans d'une foi passagère, et Diderot , d'au^

tant plu& coupable à. ses yeUK qu'il avait été plus fervent, se hâta, si l'on peut Vexprimev ain», d'expier ses austérités.

Il faut pourtant le dire à sa louange , cet homme, qui depuis professa constamment d autres doctri' nés j ne prétendit jamais les imposer à ceux dont il était entouré. Dans sa maison , sous ses yeux , au sein de sa famille , il permit que sa femme, dont la piété fut toujours respectable, parce qu'elle était douce et sincère , élevât ses enfans dans les principes les plus religieux. Il souffrit même que la tendresse maternelle cherchât des consohtions, des espérances, presque des ga<ranties dans la bonté céleste. <( Mon père, «dit madame de Vandeuil , avait ^u trois enfans , i^ lés avait perdus. Le premier mourut en nouprice; son second fils périt à cinq ans,' emporté par une fièvre aiguë \ le troisième tomba des mains de la femme qui le portait, sur les marches mêmes de l'église où l'on allait le baptiser. Ma mère , qui avail beaucoup de religion , fit vœu d'habiller de blanc et de consacrer à la Vierge le premier enfant qu'elle mettrait au

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mande'; eet enfant y ce fut moi) et ma mère ^ii^rva ' toujéinss la "peniée ^ue je devais l'bxiâieiice à ce vœu. a Kderot h-y nit aucun obstacle ; un pariBil trait n'e&t point d^un philo* sophe intolérant. u i

Le ' 'ssft^erdbce , t lorsque! unissait des vertus bienfaisantes au caractère sacré qui le rend téÎM^Fable>, obtenait ses ë^rds et méinë se^ éloges : seulement alors il louait encore à -sa^ manière. J'en vaiscitçruii ex€«iple< Didei^ot voulait obtenir une bourse pour le fils de M. Da*mUaville, son meilleur ami. La bourse dépendait de Mv rarchevé(}ue de Paris. Ce siège se tr«>uvait. alors occupé par Ijg célèbre Christophe de Beaumoni , dont le zèle était quelquefois" trop ardent, mais dont la charité fut toujours sans bornes. Diderot, pour arriver jusqu'à ràrcbevéque, traversa la foule des pauvres qui remplissaient ses antichambres :- il se nomma , reçut un accueil poli , fit sa demande , et quelques jours après obtint la bourse. Didèrcft écrivit à rarcheyéque pour le remercier, mais toujours d'accord ^vec ses principes, « Non, Monseigneur,

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lui disait-il , non , ce n'est pas pour Dieu que TOUS faites le. bien; vous Toyez les malheureux avant tout, et fussiez- vous mufti à Constanti-f nople , votre habit n'en serait pas moins percé par le coude. »

« Tous les goûts de mon père étaient %imples, dit madame de Vandeuil; il était sans luxe j sans dettes, sans affaires, sans ambition. Le plus grand bi^n que Von puisse faire aux. hommes y disait-il souvent, est d* étendre leurs connais^ sances. Les siennes appartenaient à tout le monde. Il a beaucoup travaillé ; cependant les trois quarts de sa vie ont été employés à secourir tous ceux qui avaient besoin de sa bourse , de ses talens , de ses démarches. Il était souvent mal payé de sa facilité.

u Un jeune homme vint le voir un matin :

(t Lisez, je vous prie, ce manuscrit, monsieur^ « dit-il à mon père , et mettez vos observations (( à la marge. » Il sort, mon père prend le cahier : c'était une satire amère de sa personne et de ses écrits, a Monsieur, dit mon père à f( l'auteur quand il revint deux jours après , je

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t( lie vous connais points je n ai jamais pu tous « blesser en rien, apprenes-moi donc les motife « d'une pareille conduite. — le n'ai peint de « pain; j'ai fait cet ouvrage , et j'ai pensé que « TOUS me donneriez quelques écus si je le sup- « primais. ' — Vous ne seriez pas le premier dont « on paierait Tolpntiers le silence. Mais tous « pouTCz tirer meilleur parti de ce libelle. « M. le duc d'Orléans , qui est retiré à Sainte* « GeneTÎèTe , me hait depuis long^temps : il est « déTot, dédiez<»lui TOtre satire; qu'on la relie tt aTCc ses armes; portez-lui l'ouTrage un matin, a TOUS en obtiendrez quelques secours. — Mais « je ne connais point ce prince , et l'épitte dén dicatoire m'embarrasse. — Asseyez-Tous*là ; «je Tais TOUS la faire. » Mon père écrit Tépitre dédicatoire, l'auteur l'emporte, Ta chez le prince, en reçoit TÎngt-cinq louis, et reVient quelques jours après remercier mon père , qui lui conseilla doucement de choisir un genre de yie moins honteux. » *

C'était pour Diderot un plaisir que de raconter différentes aTentures de sa Tie. On s'est plu

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kXes reçttèîUiri «à lea cUèr. Je ne .' rappopterais poiût celle qu'on va lire si les^maaiiscnttde ma^ dkm de Vandêuil-ne termiiiaietit ce^te aVen-* ture par un Irait qui n'est pdint connu. Diderot avait êaii retiéotitfe d'un M. Rivière, beau, jeune, ék^uent , ayant le masque de là sensi-^ bUité , d'ailleurs pauvre et 'malheureux; Il en tallaif bien moins pour exciter son intérêt. Il aida ee jeune homme dans quelques ouvrages^ et plusieurs fois lui donna. quelques louis» Un jour, dans le désir de rendre son sort plus doux , Diderot lui fit des questions sur sa famille. («J'ai <c un frère ecclésiastique et' fort riche, lui ré-^ H [londit Rivière^ il pourrait me secourir , mais a il* me hait; dans ma jeunesse je lui ai fait « quelques espiègleries , et dans l'âge mûr je tt l'ai empé^ié d^étre évéque. --^ Mais comment a diable empéehe-tM>n quelqu'un d'hêtre ëvé- «que? — Rien n'est plus simple. Mon frère tL prêcha un carême devant le Roi : ses sermob^i (( étaient éloquens , la cour en Ail fort satisfaite/ a On devait le nommer au premier évéehé va- « cant ; je fis cent plaisanteries sur ses talens, et

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(1 dÎ5 à tout lei monde que ses seiinon^ étaient « dé «oL — Vrainent , celte eondûite esrt fort K rîdicale. Cependant, votre frère peut être ft indulgent; je Tetix 'essayer de vous raccom>*- « moâer. Je le verrai demain : peut-être enob^ « tielidrons-'nôus quelque chose^ »

Dider<^l s'haibille, va chez Tahbé y se fait an^ noiM^efr. On le reçéit jstvec.politlsss^. A peiiiè a-i-il dit quelques mots suit le sujet qui l'amène ^ que Fabbé p^lit çjt s'agite, ses yeux s'allument: ti Monsieur ! monsieur ! ^écria-t-il , connaissez* « vous tnon frère ? . — Je' crois le connaître :.il « ne m'a point caché le^ motifs qUe vous aviez K de vous plaindre de lui. — Il est impossible , « monsie^r, qu'il vousait dit ce que je vais vous <( raconter. » Alors il déroule un. tissu de bas* sesses et :de.noireeurs.plus odieuses les unes que les autres. Pendant ce récit, Diderot, ctmfiits^ accablé du poids de tant d'infamies , cherchait du coin de l'cfeil sa caniie et son (diapieau. Heu^reusement l'abbé parla long-temps : Diderot , reprenant courage , attendit avec plus de calme la fin d'une sortie si violente. Enfin , l'abbé s'ar-

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réta. ic Je savais tout eela , reprit Diderot avec « sang-froid, et vous ne m'avez pas encore tout «dit. -—Juste ciel! monsieur, et que pouvez- « vous donc savoir de plus ? -— Vous ne m'avez « peis dit qu'un soir, lorsque vous reveniez de <i matines , vous l'aviez rencontré tout près de n votre porte , et que tirant un poignard , il avait « voulu vous l'enfoncer dans le sein. — Si je ne « vous l'aiças dit, monsieur, ^'estque cela n'est « pas vrai. » Diderot se lève alors, s'approche de l'abbé , lui prend le bras vivement , et s'écrie : a Hé bien ! monsieur, quand cette horrible c( action serait vraie , il n'en faudrait pas moins « donner du pain à voti'e frère ! ...» Un mot imprévu suffit souvent pour ébranler l'âme la plus ferme. Cet homme, interdit, ému, se laissa convaincre , et promit d'assurer 600 livres ^e rentes à son frère.

Vous croyez l'histoire achevée , vraiment non. Ceux qui l'ont racontée jusqu'à présent n'ont dit que la moitié de l'aventure. Laissons madame de Vandeuil elle-même en terminer le»récil. « Le lendemain , Rivière arrive pour savoir le succès

de la négociation. « Monsieur, lui dit mon père , « TOUS m'avez trompé, vousavez fait cent vilaines a aetiohs , mais je n'en ai pas moins réussi. Votre « frère vous donnera de quoi vivre *, renoncez s'il « vous est posdble à ce caractère odieux qui ferait « le-malheur de votre vie , le tourment de votre « famille et la honte de vos amis.... » Rivière, fort content du succès, remercie mon père et de se» services et de ses conseils, cause encore un quart d'heure , et prend congé de lui. Mon père le reconduit : quand ils sont sur l'escalier, Rivière s'arrête, et dit à mon père : « Monsieur « Diderot , savez-vous IHiistoire naturelle ? — 4t Mais un peu ^ je distingue un aloês d'une laitue, « et un pigeon d'un colibri. — Savez-vous l'his- « toire du formica-leo ?— Non. — C'est un petit i( insecte fort industrieux. Il creuse dtins la terre i( un trou en forme d'entonnoir, il en couvre la (( surface d'un sable fin et léger ^ les insectes <c étourdis s'y laissent tomber ; il les prend , il les a suce , puis il leur dit : monsieur Diderot^ j'ai a bien F honneur de vous saluer. » Mon» père rit comme un fou de cette impudente saillie. Quel-

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que temple après., il soft : un orage le force à se réfogier dans un eafé^ il y trottine Riyière;: 6e mi^ sQtable ose ral>order et lui parler. « Éloignez* {< 'YQUS^; Inédit mon père ^' voufi èt^ si méehànt , K*^ profondéiàent corrompu , que si vpus mei <i «n père opolcftl ^ je ne 1er crokais pas ea sd^ n rëlé dans la .même chambre que vous, -rr^ Hélas! « pont mon maSh^ir^ je n'ai point de père opu- (( lenf. -«r- yous:ëte6 ufi abominable'faomrae. ^ a AHqîis donc , philosophe , vous prenez tout au « tragiqtije. ». ' -

Diderot était seu3ible> confiant , ^énéFéu&; souvent il fut Ja vktime de sa générosité^ mais que dé fois' aus» n'en, a-l-'il pas été payé par la plus vive reconnaissance ! et qud^ joie pour lui quand il pouvait soulager un mmlhBUr reux ou défendre ua opprimé ! FaUait-il réparer uti torjt^ venger une injustice ,a.tténdrir un cœur endurpi ^t l'avarice ou par un vil égoîsiàe ?^nt le nom ni le rang ne pouvaient Tarréter' '.

' Son éloauence , naturellement si passionnée , prenait mémle en présence des hommes les plus élevés , tin caractère de forc6 6t d'autorité Véritablement itDpdsaiit. On sait

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Quoa en juge par le fiât suivant. Le duc deL^ VriUiëre airait eu ilong-rtemps de Vatt^cbement pèub \tààe femme que depuis il avait lai98ée dans l'oubli. Elle Tendit, pour vivre, ses diamans, ses bijoux^ ses meubles , puisses véteniens. Réduite à' la dtentièré misère, elle écrivit au duc; dërfnt eh vain. Dans l'espoir (jtt'un style plus U>udkant obtiendi*ait' davantage, elle vint trouver Diderot. Yoî^i le premier billet qu'il :éerivit au nom de cette i infortunée. :

; '«Tant quej-ai'pu viVne , monaéigneur, avec tt'lfis d«kâ de votre teildressé, je n'iii point solk lieitéies sécoîirs 'de votre pitié ; mais d^ toutd

c[ue la plupart des écrits de Diderot , copiés souvent par des mains furtives , se vendaient manuscrits sous le manteau. La police, comme de raison, s*en prenah k lui. On mêles a dérobés, répondait-i! ; et cettè'elE^ciisè éfâit'souvent irèB rédlk. Un jour qu'il étâh obligé d'y rf ooïirir eàcore , à- la suite d'une longue conférence avec le ganje de^scç^ux, ce magistrat lui dit : Hé bien, monsieur, je vous défends d'être volé. On racontait cette anecdote en présence du dernier prince de Condé : « Comment diable , dit-il , le garde des sceaux est bien hardi ! il a osé comparàArk devant Diderot !»

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« la passion que tous avez eue pour moi , i{ ne K me reste que votre portrait. Demain , si vous « ne remédiez à ma misère , je serai forcée de le « vendre pour avoir du pain, vt

Cette façon d'écrire parut nouvelle au duc* Le lendemain , un chevalier de Saint-Louis vint trouver cette malheureuse femme , lui remit cinquante louis , et la pria de lui dire le nom de son secrétaire. Elle nomma Diderot, car il ne voulait point se cacher. Un long intervalle de temps s'écoula sans qu'il entendit parler de cette infortunée. H pensait qu'elle avait cessé de vivre, lorsqu'il apprit que, tombée dans le dernier degré de misère et d'infirmité , elle n'avait pu se traîner jusque chez lui. Elle demandait comme une grâce une place aux Incurahles. Diderot écrivit à l'instant au duc de La VrilUère :

« Monsieur le duc , lui disait-il , toujours au nom de cette pauvre femme, la malheureuse que vous avez si long -temps aimée est sur le point d'expirer dans un grenier. Je ne demande point , monseigneur, de prolonger une existence que vous avez rendue si douloureuse, je vous

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ètOBamaàt un Bl aux InGUrsUesi pour y alkr mcrarir. Si ron» ne kn'accordez p«s cette retFaite ^ ^i hOBteme fotf iems éenx ^ je me ferai porter à rhé|ntal; j'y rendrai le dernier soupir, vos lettN» « Ui tnaift j et c'est dé ee lieti qu'elles vous seroffft renvoyées. » Elle ent à l'instant mente nn Ut «ux InettanMes.

C'est êinà qm Diderot einp^é^it ses^ momens : il éermk des épiiré» dédicMoires pour des musidensi, dés plniis de eomiëdie» ipcMir des soi-disant «uteiirs^dtamAliqn^s; {»*^ces, prospeètus, ta- Uet *lpiiabéticfiies>5 il eonttenfait à tout faire, l^n , liomine vint le pitfier un jour d'anMneer sotis )e titre à'Ai4s 4m pubUe une pommade qai fmsak fiMisiser le» obereux : 'A rirt beaucoup , mAϧ i) fit V«tmottce. Il tratïdttait pour ées eorpotations , féiir de» ttiagi^trafs «, if a fail des discours an Am , ^ reménfrances^ en parlemefit , tous morc^anux qui tni étaient payés^, disait*'il, trois fois |4«i» qvt^iXë ne vakîeiit. Eiffin , <)ans sa jeunesse , il avait écrit des sermons. Un missionnaire lui en eôïnmanda six pour les colonies portugaises.

C'est la meillem^ affmrè qné f aie faite en ma

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vie, aijoutait Diderot en racontant cette anecK dote : on me les pcefa cinquante éeus chaque. Assurément il avait plus de mérite qu'un autre à les bien faire.

On sait avec quelle générosité l'impératrice Catherine , en achetant la bibliothëque de Diderot, lui fit assurer une pension de mille francs par an pour qu'il en re^t le bibliodié- Caire. Par une ingénieuse et noble négligence, on laissa le paiement de. la pension s'arriérer. Au bout de deux ans, le prince Galitzin de- «nyuide un jour à Diderot s'il reçoit r^tilière-^ ment sa pension. « Je n'y ai plus songé, répondit-il avec pe désintéressement qui sied si bien aux gens de lettres : je suis trop heureux que Sa Majesté m'ait acheté ma< boutique et laissé mes outils. — L'Impératrice ne l'entekid pas ainsi )> , dit le prince ; et quelque temps après Diderot reçut cinquante mille francs à la fois, afin que de cinquantetons le paiement n'éprouyât de retards.

Il conçut vers ce temps-là le projet d'aller en ' Russie , pour y porter lui-même ses remerci-

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mens à son auguste bienfaitrice. Ambitionnaut tous les genres de célébrité, devenue conque*rante et législatrice, flattant les philosophes, aimaiit les lettres et protégeant les arts, Catherine voulait élever dans ses États , à la gloire de Pierre P', un monument qui fût digne du génie de ce prince. Plusieurs figures exécutées avec une grande vérité d'expression, un MUon de Crotone, un Pjgmaliony un saint Amhroise de MUariy plaçaient alors Falconet au nombre des meilleurs sculpteurs du temps : ce fut sur lui que tomba le choix de Tlmpératrice , et ce fut Diderot qui négocia les conditions du voyiage de Falconet à Saint-Pétersbourg .

Le philosophe aimait les arts; le statuaire cultivait les lettres; les mêmes goûts les unissaient , mais non les mêmes sentimens , comme on le verra bientôt. Ds se voyaient , ils s'écrivaient familièrement.

« Mon père , dit madatme de Yandeuil , admirait Falconet ; mais il ne concevait pas qu'on pût avoir une âme froide et du génie. » L* admiration et le génie étaient , je crois , de trop dans

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loal ceoi ; nais oe qii'il y a de certain > c'ésl que Falconet, ,avae tm grand talent daiia «m art, a firesquë autant tenu la plnaie que le ciseau, f aînarais mîeus cependant , pour lui conme pour lîous, qu'il eâl laiaaé qudqfuea statueade plus et quelqûn rolumei de. moins, Natufdter ment porté vers la oontradiction ^ il, est^ dans quelques uns de ses écrits, subtil et jsyst^matiqus a l'eneès : on en jugera par la discussion aeide qui donna lieu auis, leittrea qu'on va lire*. Il fallait a^oir en effet un eaprit bien amoureua du parado]:e , ou , comme le dît madame de Vaja^ deuil , wie 4m^ kw» froide, pour soutenir qfie l'idée de la postérité apparaissant dans Véloir ynement, ne pouvait «ne devait eD&mmer

' Elles Ibrent écrites pea de temps avant le départ de FalloMiet pou» la lUusîie. Le manuscrit 4fm je po^^èdeMii» ivW9 lps,}fiftTe$ da «oalptenr el ceU9t dit p^ImiBipbe ^ tn/m comme Falconet ne met presque jamais en ayant ^oue dç Iroicls sopkismes , privés de la magie du style , et <]ue Diderot , dans ses réponses , reproduit les argumens de son adyersaire dlsns toute îeur force , pour les attaquer et les détruire, je n'^ai pi^lté que ses lettres , et je su» oerlaio ip'on i^'en saura gréw

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d'aucune inspiration le gééie du poète ou de l'artiste.

n s'eh fklhiit bien que Diderot partè^àt de paralles idées. On admire la ^complaisance qu'il ^ BHel à répondre dans ses lettres, par des ar^U*^ ^ens calmes et niiëthddiques, aux soplù^mes adroits de tM>D adversaire. Il se borne d'abord à .fertifier $es raisons des vives sailUeà de son es* prit : peu à peu l'humeur le gafpoe ^ sa verve s'échauffe , il saisit les cotés passionnés du sujet : tons les sentimens hondétes^ vertueux, t(^ucha»Sy abondent dans son coeur^ et s'épanchent soUs sa plume ^eles plus nobles mouvemens agitent sott amie, et quand il montre, apréà vingt sièdies d'intervalle , vingt peuples différons honorant la mémoire des grands hommes et déposant des> eouronnes sur leurs tombeaux , il attdnt » slms y prétendre , au plus, haut degré d'éloqueaèe^' « Postérité sainte et sacrée ^ s'écrie44l , soutien dès malheureux qu'on opprime ; toi <pii e$ juste, toi qu'on ne corrompt pdbt , qui venges l'homme de bien , qui démasques L'hypocrite ; idée sûre , idée consolante, éclaire -moi, guide -moi, ne m'abandonne jamais !» #

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Chose étrange ! rhomihe de lettres frémissait d'espoir, d'attendrissement ou de respect à la seule idée de l'avenir , tandis que le philosophe accréditait tristement des dogmes tout contraires. Que sa raison parait petite et froide quand on la compare à l'enthousiasme de son esprit ! ou plutdt n'est-ce pas qu'essayant en yain d'étouffer des vérités douces et consolantes, et voulant échapper lui-même à la rigueur de ses principes , il s'efforçait de substituer un monde moral, à l'autre monde des hommes religieux?

En dépit- de ses principes, il sentait le besoin d'être et d'aimer au-delà du tombeau ; iltse plaisait à l'image d'une génération future qui distribuait le blâme ou l'éloge : idée bien moins élevée que celle d'un Dieu qui punit ou récompense, mais bien moins effrayante aussi que les solitudes du néant. N'hésitons point à le dire ici : Diderot , moins dominé par le besoin d'une singularité téméraire, eût été peut-être l'un des plus éloquens panégyristes de la Divinité.

LE POUR ET LE œNTRE,

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